Voir notre Etude sur Innocent III
3. Huillard-BréhoUes, Introduction à thist. diplom. de Frédéric H, p. cDLXxxv et suiv. Paris, Pion, 1859, in-i».
Saint-Siège, les foudres derexcommunication*. Philippe le Bel hérita de ces idées d'indépendance, et il suffit d'observer l'attitude que ce prince et ses conseillers adoptèrent dès les premières difticultés avec Boniface YIII, pour se convaincre que cette attitude résultait d'opinions déjà faites, et que non seulement toute prétention de la cour de Rome sur les gouvernements temporels était alors repoussée par les esprits, mais que, de la part de ces gouvernements, il y avait une visible tendance à subordonner l'Eglise à ^Etat^
Dépouillée de son prestige aux yeux des souverains séculiers, exposée seule à leurs coups par suite de l'avilissement d'un clergé qui aurait dû la soutenir, et déjà attaquée et ébranlée par eux, la papauté était destinée à succomber à la première occasion qui la mettrait aux prises. Le jour où la puissance laïque et la puissance spirituelle allaient être représentées par deux hommes également jaloux de leurs prétentions et portés par caractère à pousser les choses à l'extrême, cette occasion devenait inévitable. Ce fut ce qui arriva, quand Boniface YIII et Philippe le Bel se trouvèrent en présence.
Nous n'avons point à déterminer ici le caractère
1. Bibl. de r École des chm^ tes, année 1870, article de M. P. Viollet.
2. Voir la prétendue lettre de Philippe le Bel : Aniequam clerici essent (Dupuy, p. 21-23 , en 1296. A'oir, pour Tannée 1297, la réponse de Philippe aux légats lui annonçant Tintention du pape de prolonger la trêve entre les rois de France et d'Angleterre (Dupuy, p. 27,.
BONIFACE VIII. 2.'}l
de Philippe le Bel. Mais, sans refuser à ce prince le mérite d'avoir c(3nsomm6, avec autant dliabileté que de persévérance, une séparation de pouvoirs qui était dans les conditions de la civilisation, il faut reconnaître qu'il fut loin de posséder, à l'égal do saint Louis, le sentiment élevé de la mission de la royauté. Il combattit Boniface moins pour maintenir sa propre indépendance que pour briser celle delà papauté, et, tout en couvrant ses attaques de l'apparence du droit et du consentement de l'opinion, il les dirigea en réalité au moyen de la violence, de la calomnie et de la fraude.
Quant à Boniface, sur qui se doit surtout porter notre attention, le serment énergique qu'il prononça au début de son pontificat* prouve qu'il n'était pas plus disposé à céder sur ses prérogatives que Philippe le Bel sur les siennes. Caractère altier et d'humeur violente, s'il fit des concessions, ce fut aux circonstances, non à la force '. Ses ad-
1. Rayn.,IV, p. IG.j. L'authenticité de ce serment a été contestée (voir une note de Pagi, ihUL, p. 167) sur ce que Boniface y est appelé cardinal-diacre, tandis qu'en réalité (voir une lettre de Boniface, iVjiW., p. 1G9-171) il était cardinal-prétre. Mais le P. Tosti, qui a eu entre les mains les registres du Vatican, donne un texte de ce serment, où Boniface s'intitule cardinal-prêtre (Tosti, I, p. 373, Idoles et documents).
2. On lui a reproché (Le Clerc, ///6^^. litt. de /«F;-., t. XXIV, p. 11) de brutales saillies qui convenaient peu à la gravité de son rôle. Il disait en effet de Pierre Flotte que, borgne des yeux du corps, il était tout à fait aveugle de ceux de l'esprit. Faisant allusion, dans une autre circonstance, au surnom du roi do France, il comparait ce prince à l'idole Bel et ses conseillers aux minisires de Bel. A la
versaires lui oui uttribué tous les vices, lui ont impute tous les crimes. Il est delà justice de Thistoire de laver ce pontife des souillures imméritées par lesquelles on a voulu le flétrir, et dont Todieux doit retomber sur ses accusateurs. Chef d'une Eglise dégénérée, il dut sans doute, en plusieurs circonstances, user de cette morale indulgente qui caractérise les âges de décadence. Mais, plus d\me fois, il témoigna d'une grandeur de caractère qu'on ne saurait méconnaître. Un fait, que rien n'excuse, a néanmoins entaché sa mémoire : l'anéantissement de la ville de Palestrine. Pour se venger des Colonne qui lui contestaient son titre de pontife, il punit toute une cité et la détruisit, comme il l'avoue lui-même, avec la colère du Romain qui détruisit Carthage*. Moins prêtre que roi, il laissa l'Église dans son abaissement; il ne chercha point à en corriger les désordres et parut uniquement préoccupé du soin de maintenir les droits de la papauté sur les gouvernements séculiers. La tradition, contestée avec raison", d'après laquelle, prenant le diadème et lépée, il aurait dit aux envoyés d'Albert d'Autriche : « Ne suis-je pas moi-même empereur? )) est un indice de son caractère. Il aimait à
vérité, ses ennemis le lui rendaient bien en le raillant sur son nom de Bonifacius, auquel ils se i)laisaient à substituer celui de Maieficus.