‹ La papauté au Moyen ÂgeChapitre 148 sur 227 · Même bulle · texte numérisé non relu

Même bulle

6. Voy. dans Tosti, t. I, p. 322 et suiv. l'origine de ces ressentiments.

c'est-à-dire plus de huit ans après ravènement du pontife'.

Attaqué sur le principe de son autorité, Bonifacc se vit encore accusé par ses ennemis d'avoir provoqué insidieusement l'abdication de son prédécesseur et de s'être élevé ensuite au Saint-Siège par des moyens coupables. Malgré une évidente partialité pour la mémoire de ce pape, le P. ïosti, dans son Histoire de Boniface VIII, nous paraît avoir réduit ces accusations à leur juste valeur'. Au reste, un argument considérable peut être invoqué, sur l'un et l'autre fait, en faveur de Boniface; c'est que les Colonne se bornèrent, dans leur libelle, à établir les principes qui s'opposaient à la validité de Tabdication de Célestin, sans rien dire des manœuvres qu'aurait employées Boniface pour provoquer cette abdication et en recueillir les fruits ^ Le même libelle peut servir à réfuter une autre accusation, d'après laquelle Boniface aurait fait mourir son prédécesseur en prison \ Lorsque les Colonne rédigèrent leur factum, Célestin n'existait plus. S'il eût été la victime des traitements que lui eût infligés

\. Bulle Nuper ad audientiam. Dupuy, p. 165-168.

2. Voy. Tosti, I, p. 85-93, et les Documents à la fin du volume.

3. Dans ce factum, qui ne remplit pas moins de quatre pages du recueil de Dupuy, il n"y a guère que trois lignes où il soit fait allusion à des fraudes commises ; encore les faits sont-ils énoncés en termes vagues, sans que le nom de Boniface y soit mentionné.

4. Discours de Guillaume de Plasian à rassemblée des 13-14 juin 1303. Dupuy, p. 101-106.

BONIFACK VIII. 237

Boiliface, les Colonne n'eussent pas manqué de révéler des faits qui, avec le renom de sainteté dont était entourée alors la mémoire de Célestin, auraient rendu odieux leur auteur; il est à remarquer, au contraire, que, sur un point si grave, ils gardèrent le silence. On peut dire que Boniface se montra sévère pour son prédécesseur; mais il ne fut pas cruel*.

1. « (Celestinus) tentas in custodia, non quidem libéra, honesta tamen, in Castro Fumonis. » Ptolom. Luc. in Acta sancl. maii IV, p. 42i.

23» LA PArAUTÉ AU MOYEN AGE.

Nous arrivons au célèbre différend dans lequel Boniface YIII devait succomber et la tbéocratie avec lui. On ne saurait trop regretter, pour l'histoire de ce pontilicat, que les registres de Boniface conservés au Vatican n'aient pas été mis au jour, ou qu'à défaut de ces registres, ceux des actes de ce pape qui se trouvent épars dans les collections imprimées n'aient pas fait Tobjet d'une publication particulière*. Du moins possédons-nous , pour les événements dont nous allons tracer l'exposé, le recueil important de Dupuy, dans lequel ont été réunies les pièces principales du débat, tant celles qui proviennent de la cour de Rome que celles qui émanent de Philippe le Bel. Il est vrai que ce recueil a été composé dans des conditions qui ne satisfont que médiocre-

1. Potthast, dans son Reyesta po7itificum, ouvrage composé uniquement, comme on sait, d'après les documents imprimés, ne mentionne que 1263 lettres de Boniface VIII. Il est inutile de faire remarquer que ce chiffre est loin de représenter le nombre total des lettres de ce pape.

ment aux exigences de hi critique. Les textes en sont parfois défectueux, les dates mal établies; en outre, certains actes apocryj)hes ou sur lesquels peuvent s'élever des doutes y sont donnés comme authentiques, tandis que d'autres d'un caractère privé se trouvent confondus avec les pièces qui ont figuré dans le procès. Malgré ses défauts, l'œuvre de Dupuy n'en est pas moins pour l'historien d'un secours considérable, et il ne nous semble pas qu'on ait jusqu'ici tiré de ces documents toutes les ressources qu'ils comportent. Quant aux écrits parus de nos jours sur ce sujet, on pourra consulter, avec le livre du P. Tosti, un savant ouvrage de M. Boutaric, intitulé la France sous Philippe le Bel\ ainsi qu'un travail plus ancien de M. Kervyn de Lettenhove, auquel nous avons déjà eu recours dans les pages précédentes, et qui a pour titre : Recherches sur la part de l'Ordre de Citeaux an procès de Boniface VIII. On doit toutefois prendre garde que M. Boutaric n'a consacré à la question dont il s'agit qu'un chapitre de son ouvrage, laissant ainsi dans l'ombre plus d'un point important. De son côté, M. Kervyn de Lettenhove n'a guère publié qu'une série de documents, se rattachant à certains côtés du débat ^

1. La France sous Philippe le Bel, iii-S", Paris, Pion, 1861.

2. Ce livre se compose en effet presque uniquement de dépêches transmises de Rome au comte de Flandre par des ambassadeurs que ce prince avait envoyés près du Saint-Siège à roccasion des difficultés survenues entre lui et le roi de France.

Le p. Tosti lui-même, malgré Fétendue de son travail, ne donne à cet égard que de faibles éclaircissements. En somme, il n'est aucun ouvrage récent où la matière ait été complètemiînt traitée, et il convient, à l'aide des textes, de la reprendre à nouveau.

On sait que les premières difficultés qui s'élevèrent entre Philippe le Bel et Boniface naquirent de la bulle Clericis laicos, par laquelle, en 1296, le pape défendit, sous peine d'excommunication, à tous laïques, princes, rois ou empereurs, d'exiger ou de recevoir des subsides du clergé, comme à tout ecclésiastique de payer ces subsides, sans l'autorisation du siège apostolique \ Cette bulle ne fut point, comme on l'a dit, un acte d'hostilité dirigé particulièrement contre Philippe le Bel ; car on la publia en même temps en France, en Angleterre et en Allemagne ^ Il est vrai qu'une partie du clergé de France avait adressé des plaintes au Saint-Siège sur les exactions de ce prince ; mais le pape avait reçu d'Angleterre des plaintes analogues contre Edouard P^ Philippe le Bel, qui était alors en guerre avec l'Angleterre et méditait la conquête de la Flandre, vit dans cette bulle un péril pour ses intérêts, et s'op-

1. Le p. Tosti et M. Kervyn se trompent en datant cette bulle du 18 août 1296. Elle n'a pas, il est vrai, de date de mois. Mais, d'une autre bulle datée du 18 août 1296 (Rayn., IV, p. 209), et où il est parlé de la bulle Clericis laicos comme « nuper édita », il résulte que celle-ci est antérieure au 18 août.

Page 1