‹ La papauté au Moyen ÂgeChapitre 181 sur 227 · Arcb. nat., J. 688, no · texte numérisé non relu

Arcb. nat., J. 688, no

homme à s'avilir. Le pacte même qu'au début de son élection il aurait, au dire de Yillani, conclu avec le roi, n'est point une explication suffisante de semblables faiblesses. Clément se sentait menacé. En se montrant sévère, il pouvait craindre le sort de Benoît XI, frappé par ceux-là mêmes qu'il se préparait à punir. D'un autre côté, par le genre d'attaques auxquelles avait été exposé Boniface, il savait de quoi était capable le roi pour briser les résistances que rencontrait sa volonté ; il l'apprit à ses dépens dans TafTaire des Templiers. Comme il ne se prêtait qu'avec lenteur aux mesures exigées de sa complaisance, Philippe rassembla les Etats généraux, fit circuler contre lui des pamphlets injurieux, usa en un mot de moyens analogues à ceux qu'il avait employés dans les premiers temps de sa rupture avec Boniface YIII. Enfin, une autre sorte de péril pesait sur Clément V. Le roi persistait à requérir la réunion d'un concile où Boniface aurait été condamné comme hérétique. Selon les usages suivis en matière d'hérésie, il ne s'agissait de rien moins que d'exhumer et de brûler publiquement le corps du pontife. Clément sentait que c'eût été là le comble des outrages faits à la papauté et à l'Eglise tout entière. Philippe le sentait aussi, et il se servit de cette menace pour faire du pape son esclave.

Toutefois, il faut reconnaître que Clément Y ne montra pas toujours une égale condescendance pour

le maître qui ropprimait. Des documents, mis depuis peu en lumière ', attestent que les Templiers furent arrêtés par Tordre de Philippe sans la participation du pape ; les mômes documents établissent que Clément ne se prêta point au désir que nourrissait Philippe de voir transmettre à Charles de Yalois TEmpire devenu vacant par la mort d'Albert d'Autriche, et qu'il favorisa secrètement l'élévation de Henri de Luxembourg- ^ Ce pape sut aussi arracher des mains de Philippe les biens des Templiers, que ce prince convoitait ardemment; enfin il ne céda point sur la question de Boniface, ou du moins obtint le désistement du roi en supprimant l'ordre du Temple, dont celui-ci demandait l'abolition. Mais qu'étaientce que ces efforts, en regard des nombreuses concessions auxquelles se prêta sa complaisance? Si, dans l'affaire de Boniface, il évita la condamnation qu'il redoutait, ne laissa-t-il pas souiller la mémoire du pontife dans un procès dont l'ignominie finit par révolter les consciences les moins sévères^? Qu'on lise d'ailleurs, dans le recueil de Baluze, la correspondance échangée entre Clément et Philippe sur la question des Templiers ; c'est là qu'apparaissent les

1. Voir un travail de M. Boutaric intitulé : Clément V, Philippe le Bel et les Templiers, in-S» de 77 pages. Paris, Palmé, 1874 (Extr.

de la Revue des questions historiques).

2. Ibid.^ p. 61-77. (Dépêche de l'évêque de Bayeux à Philippe le Bel, 24 déc. 1309.)

3. Voy. l'historique de ce procès par M. Renan, Revue des Deux- Mondes, 15 avril 1872.

signes trop visibles de Favilissement de la papauté. Qu'oppose le pontife aux coupables exigences d'un prince qu'il appelle son fils chéri, qu'il nomme « l'étoile éblouissante de la foi » *? II temporise, et c'est tout; il temporise, en alléguant les soins de sa santé, en parlant de potions, de médecines qui lui interdisent toute grave occupation-. Tout au plus demande-t-il à Philippe de prendre garde à ne pas compromettre trop ouvertement Thonneur du Saint- Siège ^

Assurément, si Ton jugeait de la situation de la papauté par les seuls rapports de Clément Y avec Philippe le Bel, on risquerait, au point de vue des faits, de commettre plus d'une erreur. Dans un récent travail sur ce pontife \ M. Renan observe avec raison que la papauté, sujette en France, n'avait pas perdu toute influence en Europe. Clément Y semble en effet, à l'exemple de ses prédécesseurs, y disposer des couronnes ; il réconcilie les souverains entre eux, avec leurs barons et leurs peuples, et transmet, au besoin, des ordres par ses légats. Ajoutons que, loin de se relâcher, l'autorité du Saint-Siège sur l'Eglise ne fit, sous Clément Y, que s'étendre ou, pour mieux dire, se centraliser davantage. Mais cette autorité

1. « Inter cunctos principes catholicos orbis terrte te scimus, Volut quoddam sydus lucidissima claritate coruscans, verse religionis ac fidei pura... devolione clarere. » Baluz., II, 67.

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