‹ La papauté au Moyen ÂgeChapitre 183 sur 227 · OTTON DE BRUNSWICK · texte numérisé non relu

OTTON DE BRUNSWICK

Lorsque, le 24 janvier 1077, un empereur d'Allemagne, Henri IV, venait en suppliant solliciter à Canossa le pardon de Grégoire VII, une révolution, par ce seul fait, se trouva consommée. La théocratie fut ce jour-là définitivement établie, et l'on peut dire qu'à partir de ce moment l'Église, représentée parles papes, tint dans sa main les peuples et les rois. Jusque-là les empereurs étaient intervenus dans l'élection des pontifes. Les rôles furent dès lors renversés;, et les pontifes, à leur tour, prétendirent intervenir dans l'élection des empereurs. Mais l'édifice théocratique élevé par Grégoire VII ne tarda pas à s'ébranler. Dès la fin du xii"" siècle , les souverains séculiers tendaient de toutes parts à se dégager de la tutelle de Rome. En Allemagne, ces tendances offrirent un caractère de vivacité qui tenait à la rivalité de deux puissances aspi-

rant l'une et l'autre à dominer l'Italie. Plus d'une fois les empereurs songèrent à s'emparer des États du Saint- Siège, et peu s'en fallut qu'on ne vît, dès cet âge reculé, s'écrouler le pouvoir temporel des pontifes. De là pour la papauté une double préoccupation : sauvegarder ses États, gage de son indépendance, et maintenir vis-à-vis des puissances séculières son ascendant ébranlé. Cette double préoccupation caractérise une des luttes les plus violentes que le Saint-Siège ait jamais eu à soutenir contre les pouvoirs civils et que souleva Innocent III, dans les premières années du xiii^ siècle, à l'occasion de la succession à la couronne d'Allemagne. Les diverses phases de ce débat, qui durant dix ans bouleversa l'Allemagne et inquiéta la chrétienté, se trouvent consignées dans un recueil où fut transcrite, par ordre d'Innocent III, toute la correspondance échangée à ce sujet entre lui et les principaux personnages de l'Europe ^ On sent le prix d'un genre de documents qui ne fait pas seulement assister le lecteur au développement des faits, mais qui, montrant les passions et révélant les caractères, permet de sai>^ir l'homme même au sein des événements. Presque aucune des lettres qui composent ce recueil n'était datée dans le texte original. Elles l'ont été récemment par un savant de Berlin, M. August Potthast ^ et l'on peut aujourd'hui retracer,

1, Ce recueil, dont nous avons eu occasion de parler dans notre Étude sur Innocent III, est le Registrum super negotio hnperii Romani. L'abbé Migne l'a inséré dans sa collection des lettres de ce pape. C'est cà cette édition que nous nous reportons pour toutes les citations que nous ferons de ce précieux registre.

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