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32i LA PAPAUTE AU MOYEN AGE.
Celte persistance à soutenir une cause combattue de toutes parts paraissait si étrange, qu'on accusait ouvertement le pape de ne suivre que son sentiment personnel et d'agir contrairement à l'avis de ses cardinaux. Des lettres môme circulèrent sous le nom de quelques-uns d'entre eux, desquelles on pouvait conclure à un complet désaccord dans l'entourage du pontife'. Ces lettres étaient-elles apocryphes, comme le prétendit Innocent III? On ne sait. Au dire des contemporains, la cour de Rome était loin de se montrer incorruptible; le pape avouait lui-même que des présents lui avaient été adressés à l'effet de le circonvenir, et il n'était pas impossible qu'on eut, par ce moyen, obtenu de quelques cardinaux des actes de complaisance. Innocent III coupa court à ces accusations par un écrit rendu public, où les cardinaux protestaient de leur entier accord avec les vues du Saint-Siège ^ Peu après, se passa un fait qui obligea le pape à une démarche analogue. Philippe, qui voyait les affaires de son rival ruinées sans retour, envoya à Rome le prieur des Camaldules, afin de sonder les dispositions du pontife. Le prieur parla fortement en faveur de Philippe, assura le saint-père du désir de ce prince de se réconcilier avec l'Église; mais, malgré son insistance, il ne put arracher au pape d'autre réponse, sinon qu'il ne fermait
1. « Ipsi Yolentes auctoritati sedis apostolicœ derogare ac in dubium revocare quod faciinus,...falsas prÊesiimpserunt litteras exhibere, volentes quosdam ex fratribus nostris à nobis discordes ostendere, ac sic animos vestros a consiliis nostris et moniiis revocare. » Ep. 85 (Lettre du pape aux princes de l'Allemagne).
2. Litterœ cardinalium ad universos tam ecclesiasticos quam sseculares principes Alemaniae. Ep. 86.
point la voie du pardon à ceux qui rentraient dans le sein (le ri^^giise et qu'il s'empresserait d'accueillir le repentir de Philippe. Le prieur revint en Allemagne. Peut-ôtre exagcra-t-il les termes de bienveillance dont le pape s'était servi. Quoi qu'il en soit, le bruit se répandit que le pape avait chargé secrètement le prieur des Camaldules d'offrir l'empire à Philippe ^ Ce bruit prit une telle consistance, qu'Innocent III se vit contraint d'écrire à Otton pour le démentir; il déclara que, tout entier au service de Dieu, il n'était pas homme à suivre deux chemins à la fois et qu'il persévérait plus que jamais dans ses premiers desseins ^
Sur ces entrefaites, Innocent III était tombé dangereusement malade. L'inutilité de ses efforts, l'étonnement, l'irritation de voir ses ordres méprisés, son impuissance à comprimer des hostilités sans cesse renaissantes entre les partis rivaux, tout cela, joint aux reproches, aux injures même qui lui étaient adressées et dont l'écho arrivait jusqu'à lui, ne semble pas avoir été étranger à son mal. La fausse nouvelle de sa mort ne tarda pas à pénétrer en Allemagne. Déjà on parlait de son successeur, d'un prétendu Clément, lequel allait sans doute intervenir avec de tout autres vues dans les affaires de l'empire '■^. La notification de son retour à la
1. « Sueviae dux Philippus... fecit per Teutoniam divulgari quod priorem Camaldulensem ad ejus prsesentiam miseramus, eum ad coronam impei-ii evocantes. » Ep. 90 (Lettre du pape à rarclievéqiie de Salzbourg).