‹ La papauté au Moyen ÂgeChapitre 207 sur 227 · Ep · texte numérisé non relu

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INNOCENT III ET OTTON DE BRUNSWICK. :m

cerné, parce que nul mieux que moi ne pouvait en soutenir le fardeau, et je l'ai accepté parce que j'ai vu que mon refus allait livrer la couronne à un ennemi de ma personne et des Hohenstaufen ^ » Cette épître, où se manifestait, avec un désir sincère de conciliation, un sentiment marqué de déférence à l'égard du Saint- Siège, ne déplut pas au pape, qui chargea le patriarche d'Aquilée de retourner vers Philippe et de préparer les voies à une trêve entre lui et Otton. La mission tout officieuse du patriarche comportait vraisemblablement d'autres objets. Du moins, l'on prétendit que le pape l'avait autorisé à faire certaines ouvertures à Philippe. Innocent III s'en défendit, mais faiblement. Les propositions du patriarche n'étaient sans doute pas de nature à satisfaire Philippe, car il ne consentit pas à la trêve. Peu après, de nouveaux succès militaires achevaient de rendre ce prince maître de toute l'étendue de l'empire, et Otton, qui un instant avait failli tomber entre les mains de son rival, se voyait réduit à ses États héréditaires. Dès lors, convaincu de son impuissance à prolonger la lutte, le pape n'hésita plus

1. « Indubitanter credere potestis, imo vere scire quod tune inter omnes principes imperii nullus nobis fuerit ditior, nullus potentior, nullus gloriosior. Habuimus enim amplissimas et ditiusas possessiones, habuimus etiam castra plurima et fortissima et inexpuiiuabilia. Habuimus etiam tôt ministeriales quod nos eos sub aliquo certo numéro vix compreliendere potuimus. Habuimus castella, civitates, villas, burgenses ditissimos. Habuimus pecuniam multam nimis in auro et argento et in multis gemmis pretiosis... Htereditas multa ceciderat nobis...; ideoque necesse nobis non fuit ut nos ambitiose laboraremus pro imperio obtinendo. » Ep. 136.

et envoya en Allemagne deux de ses principaux cardinaux, avec pleins pouvoirs sur les moyens de rétablir la paix K

Conformément à leurs instructions, les légats commencèrent par relever Philippe de son excommunication, après avoir reçu de lui le serment de faire satisfaction au pape sur certains points déterminés. Ce prince s'engagea en outre à licencier l'armée avec laquelle il se disposait à envahir les États d'Otton, et accepta une trêve pour l'espace d'une année. Averti par ses légats, le pape adressa aussitôt une lettre à Philippe, pour le féliciter de son retour à la communion de l'Église et l'assurer de sa bienveillance ^ C'était la première lettre qu'il envoyait à ce prince; et, bien qu'elle ne portât en suscription que les simples mots : « A Philippe, duc de Souabe, » ce n'en était pas moins une démarche considérable. Mais, par ces premiers résultats, les légats n'avaient rempli que la moindre partie de leur mission. Ce qui leur demeurait à faire affrait de plus graves difficultés, et la trêve demandée par eux n'avait d'autre objet que de leur accorder le temps nécessaire au reste de leur négociation. Il leur fallait régler définitivement et à tout prix la question de la couronne. Après de nombreux pourparlers avec Otton et Philippe, les légats s'arrêtèrent à la combinaison suivante : Otton devait épouser Béatrix, fille aînée de Philippe, et recevoir en dot le duché d'AUemanie^; en retour, il renoncerait à la dignité impériale et reconnaîtrait Philippe comme sou-

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