‹ La papauté au Moyen ÂgeChapitre 208 sur 227 · Chron. Ursperg., anno · texte numérisé non relu

Chron. Ursperg., anno

verain. Bien que cette combinaison laissât encore à Otton une situation considérable, puisqu'elle faisait de lui, après Philippe, le premier personnage de l'empire, il résistait, autant par dépit de se voir privé de la couronne que par l'espoir d'obtenir de plus amples dédommagements. Cependant l'année de la trêve s'avançait. Les cardinaux revinrent à Rome rendre compte de l'état des choses. Instruit par eux de tous les détails de la négociation, le pape vit bien qu'il fallait se résigner au total abandon de ses projets. Il approuva les propositions qu'avaient faites ses légats et renvoya ceux-ci en Allemagne, avec ordre de tout terminer sur ces bases. Les légats partirent de Rome pour aller offrir la couronne à Philippe. Ils avaient déjà traversé une partie de l'Italie, lorsqu'ils apprirent une nouvelle qui arrêta brusquement leur voyage. Philippe venait d'être assassiné.

Laissons l'un des deux cardinaux-légats raconter luimême, dans une lettre à Innocent III, le tragique événement :

(( Je me trouvais à Mantoue, retenu depuis quelques jours par une indisposition de mon collègue, lorsque

de vagues rumeurs sur la mort de Philippe arrivèrent jusqu'à moi. Dans le même moment, des marchands, qui revenaient du duché de Souabe où un seigneur les avait dévalisés, vinrent me demander des lettres de recommandation pour obtenir la restitution de leurs effets; ils m'apprirent que Philippe avait été assassiné par le comte palatin de Bavière. Peu après, des lettres de l'évêque de Trente au patriarche dWquilée, qui, se trouvait avec nous à Mantoue, confirmèrent le même fait, ajoutant que de tous côtés commençaient les pillages et les dilapidations, signe trop certain du crime qui avait été commis. M'étant dirigé avec le patriarche jusqu'à Vérone en vue d'obtenir des nouvelles plus précises, nous rencontrâmes un messager qu'un baron d'Allemagne envoyait en toute hâte à l'un de ses proches et qui disait venir du lieu même où le meurtre s'était accompli. D'une voix émue, il nous raconta l'événement tel à peu près que le mentionnait une seconde lettre de l'évêque de Trente à qui j'avais expédié un courrier. Peu de temps avant l'expiration de la trêve, nous dit-il, Philippe, qui prévoyait un renouvellement des hostilités, avait rassemblé une armée sous les murs de Bamberg. Le samedi qui précédait la fête de Saint- Jean-Baptiste, — jour auquel se terminait la trêve, — ce prince, ayant laissé son armée dans ses campements, entra dans la ville avec quelques personnages de sa suite. Il prenait du repos dans le palais épiscopal, lorsque, vers la neuvième heure, le comte palatin de Bavière, — à qui Philippe avait jadis refusé sa fille en mariage après la lui avoir promise, — pénétra dans le palais, accompagné du duc de Bavière, du margrave

d'Istrie et de dix hommes armes. Il frappa à la porte de la chambre où se trouvait Philippe. On l'inlroduisit. Philippe s'attendait à l'un de ces mots plaisants qu'il était accoutumé à entendre de sa bouche, quand il le vit tirer brusquement de sa ceinture une épée. 11 lui défendit de jouer avec cette arme. « Ce ne sera pas un jeu pour toi! » répondit le comte; et incontinent il le perça de son épée. Le sénéchal de l'empire, qui était présent, ayant voulu s'interposer, le meurtrier le frappa du fer qu'il tenait à la main, et, retournant vers le prince qu'il avait lué^ il lui enfonça de nouveau son épée dans la gorge. 11 s'évada ensuite, aidé par ses complices. Tel est le récit qui nous a été fait de cet événement. Ma mission devenant désormais sans objet, je vais faire en hâte mes dispositions pour reprendre le chemin de Rome et retourner auprès de Votre Sainteté ^ y>

Ainsi mourut Philippe, le 21 juin 1208, au moment où, reconnu dans toute l'étendue de l'empire et réconcilié avec le pape, il allait, après une lutte de dix ans, jouir enfin de la couronne. La nouvelle de cette mort produisit une émotion immense en Allemagne. En moins d'un mois, elle se répandit en Italie, en France, en Angleterre. L'armée campée sous les murs de Bamberg s'était aussitôt dissoute ; chacun des princes avait regagné ses États en hâte, incertain de la tournure qu'allaient prendre les événements. Sur le passage de cette armée débandée, des villes furent pillées, d'autres livrées aux flammes; et les populations de l'empire,

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