Ep. 152. Cf. Aru. Lub., VII
qui croyaient toucher enfin au terme de leurs maux, se virent de nouveau rejetées dans l'anarchie. Otton eutil part à un crime qui vraisemblablement allait relever sa fortune? Qu'il fût satisfait, joyeux même de la disparition de son rival, cela ressort des lettres qu'il écrivit au lendemain de l'assassinat; mais on doit lui rendre cette justice que, sans le croire tout à fait innocent, ses contemporains ne portèrent sur lui que de faibles soupçons, et il demeure à peu près acquis à l'histoire que ce meurtre fut l'œuvre d'une vengeance particulière. Quant à Innocent III, il ne montra pas, ce semble, toute l'indignation que ce crime aurait dû soulever dans son esprit. Bien qu'à plusieurs reprises le souvenir de cet acte lui ait inspiré contre son auteur des mots de sévérité, on s'aperçoit, dans sa correspondance, qu'il est avant tout dominé par la pensée du secours apporté à l'accomplissement de ses vœux. Il vit en cette mort le signe que Dieu approuvait des efforts si ardemment poursuivis dans l'intérêt de son Église, et peut-être un châtiment pour ce prince orgueilleux qui avait osé s'élever contre les volontés du Saint-Siège '.
Rendu en un moment à toutes ses espérances, Otton, au lendemain même du meurtre, s'était empressé de solliciter du pape une intervention énergique et définitive auprès des princes de l'Allemagne. » Achevez, lui disait-il, achevez une élévation qui est votre ouvrage. Ce que j'ai été, ce que je suis à cette heure, je le dois à votre munificence; je veux vous devoir tout ce que
1. Les sentiments que nous attribuons ici à Innocent III, se manifestent visiblement dans les lettres écrites par lui après révènement.
je puis être encore ^ » Innocent III avait devancé sa prière. Dès que lui était parvenue la nouvelle de l'événement, il avait écrit à tous les princes de l'empire, leur défendant, sous peine d'anathème, de prolonger les maux de l'Allemagne par l'élection d'un troisième empereur : Dieu, qui venait de manifester son affection pour Otton en frappant son rival, désignait lui-même à leur piété le prince qu'ils devaient choisir-. Par un autre message, il mandait à Otton de sortir de sa torpeur; que trop souvent il avait dormi quand le Saint- Siège veillait pour lui ; que c'était à lui maintenant de veiller et d'agir ^ Le roi de France, informé de ces démarches, tenta de s'y opposer. Il envoya des députés répéter au pape avec insistance combien l'élévation d'Otton était dangereuse pour sa couronne. Il paraît même qu'il fit conseiller secrètement au duc de Brabant de solliciter l'empire. Le pape avait prévu de longue date une opposition de ce genre. Bien avant la mort de Philippe, il s'était fait délivrer par Otton la promesse écrite de garder la paix avec le roi de France et conservait cet acte dans ses archives. 11 le montra aux envoyés du roi et coupa court à toute observation, en ajoutant que leur maître pouvait fixer lui-même les
1. « Quod hactenus fuimus, quod sumus auterimus,... totiim vobis et ecclesise Romanse post Deum debentes,... pro omnibus vestrse gratite beneticiis uberrimas sanctitati vestrse referimus actiones... » Ep. 160.
2. Ep. 154 à 158. Chacune de ces lettres, adres^sées à des princes ou à des archevêques, est suivie de notes indiquant que des lettres semblables [m eumdem modum) ont été envoyées à nombre de personnages ecclésiastiques ou séculiers de l'Allemagne.