‹ La papauté au Moyen ÂgeChapitre 211 sur 227 · Ep. 160 (Lettre d'Otton au papei · texte numérisé non relu

Ep. 160 (Lettre d'Otton au papei

sail à Francfort, à reflet de pourvoir par une élection détinitive à la vacance du trône. Otton fut proclamé à Tunanimité. A voir cet accord spontané, remarque naïvement un contemporain, on eût dit qu'un même esprit dirigeait les suffrages. Gomme dernier hommage rendu à la mémoire de Philippe, on mit au ban de l'empire son meurtrier et ses complices, qu'on déclara déchus de leurs dignités et de leurs biens. Comblé dans ses désirs, Otlon distribua autour de lui les grâces et les faveurs, rendit des édits, reçut les députés des villes qui vinrent avec les insignes et les clefs d'or de leurs cités lui faire soumission, exerça, en un mot, toutes les prérogatives de la souveraineté \ Aussitôt après la diète de Francfort, Otton avait fait part de son élection au saint-père et, conformément aux usages, lui avait envoyé des députés pour solliciter l'honneur d'être couronné par ses mains. Innocent III lui transmit ses félicitations dans une lettre qui dénotait les sentiments d'une véritable joie et montrait tout ce qu'il attendait d'un avènement qui remplissait ses vœux. <( Béni soit le Très Haut, écrivait-il, qui, dans son infinie miséricorde, a daigné accomplir jusqu'ici la plus grande partie de mes désirs envers vous et va bientôt sans doute consommer une œuvre aussi glorieuse pour son nom que profitable à l'Église, à l'empire et aux peuples chrétiens! 0 très cher fils, nous voilà donc unis dans une même âme et un même cœur! Qui pourra désormais nous résister, à nous qui portons ces deux glaives que les apôtres montrèrent un jour au Seigneur, di-

\. Arn. Lui)., VU, 14.

sanl : Voici deux épées, et desquelles le Seigneur répondit : 7/ suffit? Non, rien ne peut dire les immenses bienfaits qui naîtront de cette union; la plume est impuissante à les écrire, la langue à les exprimer, et l'esprit lui-même est hors d'état de les imaginer \ »

Une solennité non moins importante que celle de Francfort rassembla bientôt à Wurzbourg les prélats de l'Allemagne, avec la plupart des ducs et des princes de l'empire, pour assister aux fiançailles d'Otton et de Béatrix, fille de Philippe-. Otton s'était résolu à cette union le jour où la disparition de son rival lui avait rendu l'espoir de la couronne. Indépendamment des richesses et des importantes possessions que Béatrix lui apportait en dot, il pensait, par cette alliance, se concilier plus sûrement les partisans de la maison de Souabe; il espérait aussi dissiper les soupçons qui avaient pu l'atteindre lors de la mort de Philippe. Cependant, au milieu de sa nouvelle fortune, Otton ne négligeait pas les moyens qui lui avaient si bien réussi jusqu'alors auprès d'Innocent III. Exagérant ses protestations de reconnaissance et de pieuse humilité, il se servait dans ses lettres d'une formule encore inusitée dans la chancellerie impériale. Il s'intitulait : « Jîoi et Auguste par la grâce de Dieu et du Pape ^. » Un fait dont il fut informé augmenta son impatience de se voir cou-

1. « Ex quo quanta speretur utilitas proventura, uec calamus sufficit scribere, nec lingua referre, nec etiam animus cogitare. » Ep. 179.

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