PREFACE. XI
pontificales et les reg'istres des papes qui donne lieu à des considérations de même ordre. On y trouvera ég^alenient un récit de la lutte qui s'éleva , sous Innocent III, entre le Saint- Sièg*e et l'Empire, l'une des plus dramatiques du moyen àg^e, et que nous n'avions pu qu'indiquer dans l'Etude consacrée à ce pontife.
Pour ce qui est des éléments sur lesquels repose notre travail, nous n'avons pas seulement eu recours aux écrits les plus récemment publiés. Nous avons consulté les chroniques et les documenls contemporains qui pouvaient, par quelque endroit, se rapporter à notre sujet. Nous avons aussi dépouillé, avec un soin minutieux, la correspondance de chacun des papes dont nous nous proposions de retracer l'histoire. Cette correspondance a été, en réalité, la base de notre ouvragée. En même temps qu'on y rencontre les informations les plus précieuses et les plus variées sur les événements auxquels ils ont pris part, elle offre le g'uide le plus sûr pour un jug^e impartial. Par l'étendue même du pouvoir que ces papes ont exercé, leurs actes ont été, dans un sens ou dans un autre, l'objet
d'appréciations passionnées dont doit se défier la critique. Un examen attentif de leur correspondance nous a permis, sur plusieurs points, de rétablir la vérité.
Fklix rocquain.
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NICOLAS r-^
Nicolas I", dont le pontificat comprend la période écoulée entre le 24 avril 858 et le 13 novembre 867, peut être regardé comme le premier pape qui, avant Grégoire YII, ait posé ouvertement les bases de la théocratie. Ce pontificat, malgré son importance, n'a donné lieu de nos jours à aucun ouvrage où il ait été complètement étudié, et l'on se trouve obligé, pour apprécier le rôle de Nicolas P% de recourir directement aux textes contemporains. La correspondance de ce pape offre, à cet égard, un secours des plus précieux. Il est vrai qu'on ne la possède pas tout entière. Jaffé, dans son Regesta pontificum où sont mentionnées par ordre chronologique toutes les lettres des papes antérieurs au xnf siècle \ ne signale pour ce pontife que cent
1. Voir à rAppendice ce que nous disons de cet ouvrage dans la notice intitulée : Les registres des papes et le Regesta pontificum de Jaffé.
cinquante-neuf lettres, dont l'abbé Migne a donné le texte dans sa Vatroloijie^ . Encore en est-il plusieurs dont on ne connaît que des fragments. Il n'est pas douteux que le nombre de lettres émanées de Nicolas I" n'ait, en réalité, dépassé de beaucoup ce chiffre \ Tout incomplète qu'elle soit, la collection des lettres de ce pape représente un ensemble de documents des plus importants pour l'histoire; et, quand on l'étudié de près, on y découvre, avec d'intéressants détails sur l'organisation du gouvernement pontifical à cette époque, des preuves non équivoques de l'ascendant que la papauté commençait d'exercer alors sur l'Eglise et sur la société.
En ouvrant cette correspondance, on est d'abord frappé du mouvement considérable dont Rome est le centre. De toutes les parties de la chrétienté, on
i.Patrologiae latinx cursus completus^t. CXIX, in-4o, 1855. C'est à cette publication que nous renvoyons le lecteur pour toutes les lettres de Nicolas I^»" qu'il nous arrivera de citer. M. Harttung, qui vient de faire paraître un nombre assez considérable de lettres inédites des papes du vmc au xii^ siècle (Acta pontificum Romnnorum inedita^ in-4°, Tûbingen, 1880), ne donne aucune lettre nouvelle de Nicolas I^r. Il ne semble pas non plus que, dans la réédition du Regesta pontificum^ qui se prépare actuellement en Allemagne sous la direction de Wattenbach, on ait signalé d'autres lettres de ce pape. Voir TAppendlce à la fin de notre volume.
2. C'est ainsi qu'on ne connaît que deux lettres de ce pape à l'archevêque de Ravenne, datées l'une et l'autre de 867, tandis que plusieurs avaient été adressées à ce prélat dès 861. Voy. JaflFé, Reg. pontif., no 2025.
voit les fidèles affluer vers le Saint-Siège \ Outre le grand nombre de croyants qu'attirait le désir de prier sur le tombeau des apôtres ^ des personnes de tout pays, de toute condition, se rendaient, pour des motifs divers, dans la ville de saint Pierre. Tantôt c'est un évoque qui vient solliciter du pape des privilèges pour son église^; tantôt c'est un prêtre ou même un simple clerc qui, se prétendant victime de quelque iniquité, vient implorer sa justice '\ Des séculiers font également le voyage de RomC;, en vue d'obtenir la protection du Saint- Siège ^ En 862, Baudouin, qui fut plus tard comte de Flandre, et qui craignait alors le ressentiment de Charles le Chauve dont il avait enlevé la fille, vint demander à Nicolas P*" d'interposer sa médiation entre lui et ce prince ^ Des pécheurs, des criminels, arrivant parfois de contrées fort éloignées, se présentent aussi devant le Saint-Siège, soit pour obtenir un adoucissement à la peine qu'a prononcée contre eux l'évêque de leur diocèse, soit pour s'offrir d'eux-mêmes au châtiment qu'ont mérité leurs fautes^. On voit enfin des ecclésiastiques, — évêques,
1. « De universis mundi partibus credentium agmina principis apostolorum liminibus properant. » Ep. 133.