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pas à lui-même? Voyez enfin s'ils sont régis par la justice, sans quoi il faut les tenir plutôt pour des tyrans que pour des rois, et, loin de leur être soumis, nous devons leur résister et nous élever contre eux*. » On ne pouvait dire plus clairement que le pouvoir des princes n'était légitime qu'autant qu'il s'exerçait conformément aux principes de morale reconnus par FEglise. C'est déjà le langage de Grégoire VII. Appuyée sur ces doctrines, la papauté n'a plus qu'un pas à faire pour s'attribuer le droit de déposer les rois.
Ainsi Nicolas I", qui a revendiqué ouvertement la suprématie sur les évêques, tend également à se déclarer le maître des princes. C'était s'arroger la souveraineté sur la société entière. S'il fut loin de posséder en sa plénitude cette autorité suprême, on ne saurait nier qu'il ne l'ait exercée en une certaine mesure. Comment, dans quel but se servit-il d'un pouvoir dont aucim pape, avant lui, n'avait encore disposé? On peut affirmer qu'il en usa pour le bien, la justice, la vérité, telle du moins qu'elle apparaissait aux esprits élevés de cette époque. On l'a vu, dans raffaire Lothaire, prendre en main la cause de la morale contre les rois; on l'a vu, dans l'affaire Photius, défendre également contre eux la dignité de l'Eglise. Nous avons montré aussi que ce ne sont pas seulement les princes, mais les évêques qu'il
1. « Alioquin potius tyranui... quam reges habendi, quibus magis resistere... quam subdi debemus. >- Ep. 68.
NICOLAS 1er. 6d
rappelle à leurs devoirs. Aux uns comme aux autres, ses conseils sont tous élevés et dignes. Il dit aux rois de donner aux peuples l'exemple des vertus : « Le crime est d'autant plus grand, écrit-il, qu'il part de plus haut\ » Il dit aux évêques de s'éloigner de tout souci profane, afin de se consacrer sans réserve à leur mission pastorale ^ Il leur défend de compromettre dans le tumulte des camps la gravité du sacerdoce. Charles le Chauve lui notifiant que les prélats de son royaume n'avaient pu se rendre à un concile à Rome, parce qu'ils étaient occupés chaque jour à repousser les Normands, il répond que les soldats du Christ doivent s'adonner à la prière, et non pas combattre comme les soldats du siècle ^ Ce n'est pas qu'il interdise aux évêques les actes de courage. Ecrivant à un évèque dont le diocèse était infesté par les Normands, il lui défend de déserter son église. « Faites, dit-il, comme le commandant d'un navire, lequel n'abandonne pas son vaisseau dans les temps calmes, et l'abandonne encore moins quand sévit la tempête \ »
Un soin auquel semble surtout s'attacher Nicolas P"", c'est à étouffer les divisions et les guerres qui troublent la société. Dans ses lettres aux princes, il ne cosse de les exhorter à des sentiments de paix