Ep. IV, 4, :;; V, 3, 8; VIII, il
C'est, il faut bien le reconnaître, par de tels actes d'autorité, que, tout en se proposant le seul bien de la religion, Grégoire acheva d'ébranler l'ancienne constitution de FP^glise, déjà visiblement atteinte sous Nicolas I", et prépara la future servitude du clergé. Sans montrer, par de plus amples preuves, des tendances de caractère dont reiïet était de convertir en un despotisme de fait une magistrature exercée en principe dans un but tout désintéressé, arrivons de suite aux Dlctatus papœ, qui constituent l'un des fragments les plus importants du registre de Grégoire. On connaît ces pages célèbres où, selon l'expression de Dollinger^ Grégoire « a condensé le système entier de la toute-puissance et de la majesté papales. » C'est là qu'il déclare que le pontife de Rome a seul le droit de se dire universel [(uiiversalis) ; qu'il peut déposer les rois, comme suspendre et déposer les évèques; que de lui seul les conciles tirent leur autorité; qu'en matière de foi l'Eglise romaine ne s'est jamais trompée et ne se trompera jamais; qu'enfin le pape juge et n'est jugé par personne, et que toute sentence doit être suspendue à l'égard de quiconque fait appel au Saint-Siège.
Intercalés sans date dans le registre de Grégoire entre deux lettres de ce pontife, datées l'une et l'autre du mois de mars 1075, ces Dictatus ont donné lieu à de nombreux débats. Labbe*, — ou plutôt son
1. L:\bb., Concil. X, p. 3o8; Baron., A7117. eccl. XVII, p. 430. 1
122 LA PAPAUTE AU MOYEN ACxE.
annotateur, — et Haronius pensent qu'ils ont été promulgués par Grégoire au synode de 1076, où, pour la première fois, il frappa Henri IV d'excommunication. Cette opinion ne nous paraît pas soutenable; car, si elle était juste, il faudrait expliquer comment ces Dictatus ne se trouvent pas joints, dans le registre, à la relation des actes de ce synode, au lieu d'y être inscrits un an avant cette date; et, d'une autre part, à supposer que les vingt-sept articles ou sentences que comprennent ces Dictatus, sorte de code de la toute-puissance papale, eussent été ainsi promulgués publiquement, le fait aurait eu du retentissement, et les chroniqueurs contemporains l'eussent infailliblement mentionné. Ce n'est pas seulement sur la circonstance ou la date à laquelle se rattachent les Dictatus que se sont produits des désaccords; on a mis en doute que Grégoire en fût Fauteur. Suivant l'opinion de la plupart des écrivains modernes, il faudrait attribuer, non à Grégoire lui-même, mais à un partisan de ce pape, la rédaction de ces maximes. Aux yeux de Voigt, le véritable auteur importe peu ; il lui suffit que l'esprit des Dictatus se retrouve tout entier dans les idées et les actes de Grégoire'. Ajoutons enfin que l'authenticité même des Dictatus a été contestée par certains historiens ".