‹ La papauté au Moyen ÂgeChapitre 85 sur 227 · Voigt, ouvrage cité, p · texte numérisé non relu

Voigt, ouvrage cité, p

I 2. Fleary. Hist ecclés., 1. LXIII, p. 408.

ORKOOIRE VII. 123

Il est regrettable que l'éditeur des Monumenta (jrc- 1 (/oriana, dans ses annotations critiques, n'ait rien dit d'un débat qu'il ne devait pas ignorer. Loin du manuscrit, nous ne pouvons que nous fier à l'autorité, d'ailleurs considérable, de (jiesebrecht, qui a pris lui-même copie de ce manuscrit au Vatican, copie dont le texte a servi à l'édition de Jafîé. Au dire de ce savant, il n'y a pas à douter que les Dictatus papx^ comme le mot même l'indique, n'aient été dictés en eilet par Grégoire \ Cette affirmation n'a rien qu'à la rigueur nous ne puissions accepter, car non seulement, ainsi que le remarque Yoigt, Tesprit des Dictatus se retrouve dans toute la conduite de ce pontife ; les termes mêmes en sont quelquefois reproduits dans sa correspondance. Mais, à l'égard du document en lui-même, nous repoussons toute opinion qui lui attribuerait le caractère d'une déclaration publique. Si les Dictatus avaient été écrits en vue d'une déclaration de ce genre, l'esprit net et exercé de Grégoire leur eût donné une autre forme de rédaction. Les diverses maximes qui les composent ont sans doute un même but, celui d'exprimer la double souveraineté du Saint-Siège sur le monde et sur l'Eglise. Mais aucun ordre logique ne préside

1. Giesebrecht remarque avec raison que la rubrique Dictatus papse revient à diverses reprises dans le registre de Grégoire pour indiquer les pièces qui sont l'œuvre personnelle de ce pape ; il ajoute que les doutes émis sur l'authenticité de ces Dictatus ne reposent, à ses yeux, sur aucune base solide, mais il n'entre, à cet égai'd, dans aucune discussion critique. Ouvrage cité, p. 149.

à la succession de ces maximes. Telles sentences qui, en vertu de leur objet commun, ou parce que l'une est la conséquence de l'autre, devraient être rapprochées, se trouvent, au contraire, à distance, et réciproquement. Trop bref sur certains points, Fauteur des Diclatus se montre diffus sur d'autres. Pour tout dire, ces vingt-sept propositions, sans lien entre elles, flottent dans un cadre qui n'a rien d'arrêté et pourrait également être réduit ou s'étendre davantage. Ce sont comme des notes rassemblées à la hâte pour l'usage personnel de celui qui les a écrites ou dictées'.

Tel est en effet notre sentiment. Ces Diclatus ne nous semblent pas être autre chose qu'un abrégé, une sorte de mémento, répondant à des préoccupations intimes de Grégoire, à des projets peut-être, et dicté par lui pour aider sa pensée. Il n'y a rien d'excessif à supposer que ces préoccupations, ces projets, se rattachaient à la lutte qu'il était déterminé à soutenir contre l'Eglise et les princes, lutte que déjà il avait commencée. Quant à expliquer pourquoi ces Diclatus se trouvent placés entre deux lettres, l'une du 3 et l'autre du 4 mars 107o, et se relient conséquemment à une date approchante, ni

1. Le mot debeminf inséré dans la 6^ sentence, mot qu'a signalé Giesebrecht, p. 149, n. 58, loc. cit., et qui semble ici un peu étrange clans la bonche de Grégoire, s'explique suffisamment, si Ton admet, comme nous, une rédaction hâtive et faite, comme on le verra ciaprès, d'après certaines recherches.

rune ni Fautre de ces lettres, dont l'objet ne se rapporte en rien à celui des Dictatus, ne peuvent fournir de renseignements. Mais, un peu avant la lettre du 3 mars, on trouve, dans le registre de Grégoire, la relation du synode des 24-28 février 1073. Or, dans ce synode, où affluèrent un nombre considérable de prélats, d'abbés, de clercs de tout ordre et de laïques', Grégoire suspendit ou déposa plusieurs évéques, excommunia le duc de Pouille et le neveu de Robert Guiscard, fit sentir l'effet des foudres pontificales jusque dans l'entourage immédiat du roi de Germanie, et menaça d'excommunication le roi de France, Philippe I". C'est là, selon nous, qu'il convient de chercher la cause occasionnelle qui a déterminé l'insertion des Dictatus. Il ne serait pas impossible qu'en ce synode Grégoire eut rencontré autour de lui de Tétonnement ou de la résistance sur l'usage qu'il faisait des prérogatives du Saint-Siège, ni que lui-même eût conçu quelques scrupules. Dans Tun ou l'autre cas, il aurait, au bout de plusieurs jours, dicté les vingt-sept sentences dont l'intitulé, Quid valeant pontifices Romani , reproduisait peut-être les termes d'une question soulevée dans l'assemblée ou qu'il se serait, de son coté, secrètement adressée.

Quant au texte de ces sentences, il est permis de

1. « Ubi iatertuit arcliiepiscoporuni, episcoporuni et abbatuni multitudo alque divers! ordinis clericorum et laicorum copia. » Ep. II, o2 a

conjecturer qu'avant de les formuler Grégoire s'aida de recherches opérées dans les livres canoniques. On le voit en effet, à l'appui de l'une des propositions dont se composent les Dictatus, citer un ancien document avec une précision minutieuse'. Cette citation nous est elle-même un indice que le recueil du Pseudo-Isidore a été l'un des documents qui servirent à ces recherches. L'on a remarqué avec raison que les Diciatus, k les prendre dans leur sens général, ne sont guère que des répétitions ou des conséquences immédiates des Fausses Décrétales. Il y a plus; en rapprochant le texte du Pseudo-Isidore de celui des Dictatiis, on constate, pour plusieurs des maximes qu'ils contiennent, de telles similitudes, qu'on est porté à penser qu'ils ont été ou extraits ou inspirés de ce recueiP. Est-ce à dire que Grégoire n'eut pu rencontrer ailleurs les éléments de ces vingt-sept sentences? Ce serait ne pas tenir compte du travail qui, depuis des siècles, s'était opéré dans la littérature ecclésiastique en faveur' de la toutepuissance des papes; et, lors même que Grégoire n'eût emprunté aux Fausses Décrétales qu'une de ses maximes les plus hardies, on peut dire qu'il lui eût suffi d'avoir sous les yeux la correspondance de Nicolas I", pour y trouver, à peu de chose près, le fondement de toutes les autres ^

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