Le Pope et le CoJicile, p. llo-.13G
2. Comme DoUinger, Giesebrecht (ibii/., p. 2ol, 152) mentionne ce même ouvrage, qu'il dit aussi rédigé par Anselme sur l'ordre de Grégoire ; mais il n'aborde pas la questioii'délicate des falsifications. Inutile de dire qu'il ne s'agit i)as ici de fabrications de textes telles que celles du Pseudo-Isidore, mais seulement d'altérations. Tandis que, dans l'entourage de Grégoire, avait lieu ce genre de fraude, des pratiques de même sorte étaient reprochées aux partisans de Henri IV par le cardinal Dieudonné, qui, de son coté, ne se faisait faute d'user de ces procédés. Il y avait d'ailleurs d'autres espèces de falsifications. Grégoire, à un endroit de sa correspondance (Ep. I, 33), parle d'une bulle fausse d'Alexandre II, et lui-même s'al)>tenait parfois de sceller en plomb ses propres lettres, de peur que le sceau pontifical ne servit à des faussaires (Ep. VIII, 40; Ep. coll. 40). M. Léopold Delisle a signalé un curieux exemple de fraude qui eut lieu au xi^ siècle. Les moines de Saint-Bénigne de Dijon découpèrent en deux fragments une bulle sur papyrus de Jean XV (année 99."i) qui se trouvait dans leurs archives, et, au dos de ces fragments, écrivirent deux fausses bulles, l'une de .Jean V et l'autre de Serge I^"", Voir, à ce sujet, l'intéressante dissertation du savant académicien [Mékuigesde paléographie et de bibliographie^ p. 37-52, in-8o, Paris. Champion. 1880j.
Grégoire ignorait-il cette œuvre de mensonge, et doit-on n'en rendre responsable que le zèle inconsidéré de ses partisans? liien que le fait de cette ignorance soit diflicile à admettre de la part d'un homme dont l'attention passionnée se portait sur toutes choses, il serait téméraire d'énoncer ici la moindre affirmation. Au dire de Dollinger, Grégoire n'aurait pas craint lui-même d'user de ces procédés, et il note, comme exemple, la lettre que ce pape adressa à l'évêque de Metz, Hermann, à l'occasion de la déposition prononcée contre Henri IV ^ Lorsqu'il rédigea cette importante missive, lisons-nous dans le Pape et le Concile^ Grégoire, invoquant à un endroit une lettre de Gélase à l'empereur Anastase (( fit dire à ce pontife le contraire de ce qu'il avait écrit, à savoir que les monarques sont absolument et universellement soumis au pape, tandis qu'en réalité Gélase avait écrit que les chefs de l'Eglise sont soumis aux lois des empereurs et n'avait décliné l'intervention du pouvoir temporel qu'en matière de foi et de sacrement. » L'infidélité de la citation faite ici par Grégoire n'est pas contestable : non qu'il eût altéré, dans son texte, l'épître de Gélase ; mais, par le rapprochement arbitraire de quelques phrases séparées, il en avait modifié en partie la signification'.