‹ La papauté au Moyen ÂgeChapitre 88 sur 227 · Ep. VIII · texte numérisé non relu

Ep. VIII

2. Ep. VIII, 21 (p. 457, 458, in Monum. gregor.). Cf. Labb., Concil. IV, 1182. Voici, dans son intégrité, le fragment de la lettre de Gélase dont s'est servi Grégoire : « Duo simt quippe, imperator auguste, quibus principaliter jnundus hic regitur, auctoritas sacrata

A la vérité, on ne saurait supposer que Grégoire rédigeât lui-même toute sa correspondance ; et la lettre en question, sorte de factiim où abondent des citations puisées à des sources diverses, nous parait l'une de celles dont la rédaction fut vraisemblablement préparée par une autre main. Toutefois, comme il n'est guère à douter que cette lettre n'eût été mise sous ses yeux avant d'être expédiée, elle demeure, à certains égards, son ouvrage ; et, si Ton ne peut accuser Grégoire de falsification, du moins peut-on lui reprocher une facilité d'interprétation qui ne s'allie qu'imparfaitement au respect de la vérité.

En somme, et malgré les autres exemples allégués parDoUinger, la seule faute que, dans cet ordre d'idées, on soit en droit d'imputer à Grégoire, c'est

pontificum et regalis potestas; in quibus tanto gravius po)idus est socerdotum, quanto etiam pro ipsis regibus hominum in divifio reddituri sunt rationem. Nosti etenim, fili clementissime, quod, licet prsesideas huraano generi dignitate, rerum tamen prsesulibus divinarum dévolus colla subraittis, atque ab eis causas tuae salutis expetis, inque sumendis cselestibus sacramentis eisque (ut corapetit) disponendis, subdi te debere cognoscis religioaisordine potius quara prseesse. Nosti itaque inter lisec ex illorum te pendere Judicio, no?i illos ad tuam velle rcdigi voluntatem. Si enim, quantum ad ordinem pertinet publicie disciplinée, cognoscentes imperium tibi superna dispositione collatum, legibus tuis ipsi quoque parent religionis antistites, ne vel in rébus mundanis exclusse videantur obviare sententiee; quo (rogoj te decet affectu eis obedire, qui pro erogandis venerabilibus sunt attributi mysteriis? » De ce fragment, Grégoire n'a reproduit que les deux phrases que nous avons soulignées, en les séparant par ces seuls mots : u Et, paucis interpositis (Gelasius) inquit. i) On voit, d'après cela, que le sens de la lettre de Gélase était assez gravement altéré. On voit aussi que la traduction donnée par Dôllinger n'est pas non plus très exacte.

d'avoir subordonné les textes aux nécessités de son système et, à l'exemple de Nicolas I", de n'y avoir puisé que les arguments qui servaient ses doctrines. Notons au reste qu'aucun reproche ne fut adressé à Grégoire par ses contemporains au sujet des falsifications dont il aurait pu se rendre coupable. Mais, s'il ne recourut pas lui-même à des fraudes que ne craignaient pas, autour de lui, d'employer ses partisans, il faut reconnaître que, dans l'entraînement de la lutte qu'il eut à soutenir, il se laissa emporter à des excès indignes de sa grande âme, au point d'oublier quelquefois les sentiments de l'humanité. C'était assurément se montrer inexorable que de laisser Henri IV, pendant trois jours, attendre, à demi vêtu et les pieds dans la neige, la clémence du Saint- Siège. Une sévérité aussi outrée indigna quelquesuns de ses contemporains^ qui la lui reprochèrent avec vivacité, comme il en fait lui-même l'aveu'. Un tort plus grave dans la conduite de Grégoire , c'est qu'il n'hésitait pas, dans l'occasion, à imposer ses vues par la violence. Dans nombre de lettres, il fait appel à la force, et se montre prêt, pour faire prévaloir ses idées, à déchaîner les conflits homicides'.

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