‹ La papauté et les zouaves pontificaux [microforme]Chapitre 10 sur 34 · LA BATAILLE DE MENTANA · texte numérisé non relu

LA BATAILLE DE MENTANA

Pendant ce temps-là, Garibaldi, l’ermite révolutionnaire de Caprera, sort de son île, située en face de Naples, se rend à Florence et, à la tête de 10,000 aventuriers et soldats, fond comme un ouragan, le 3 novembre, sur Méntana, petite ville d'environ 1,000 âmes, à cinq lieues au nord-est de Rome. Un fait historique important se rattache à cette bourgade : c’est 1à que l’illustre Charlemagne eut une entrevue avec le pape Léon III, lorsque l’empereur des Francs se rendait à Rome, en l'an 800, pour y recevoir la couronne impériale.

Les étrangers qui visitent la Ville Eternelle se font un devoir d'aller à Mentana fouler le champ de bataille où l’armée pontificale remporta, le 3 novembre 1867, une si brillante victoire sur le porte-étendard des révolutionnaires et des sociétés secrètes, Garibaldi, le général en chef du bataillon ou du régiment des Chemises Rouges. A l'approche de

cet implacable ennemi de la Papauté et de l'Eglise : catholique, Rome trembla. La population était tellement terrifiée qu’elle se préparait à s'enfuir vers les montagnes en apprenant cette nouvelle alarmante. Un deuil universel enveloppait la villeaux sept collines. La crainte avait glacé le sang dans les veines des plus intrépides. Les églises regorgeaient de fidèles implorant la protection du Très- Haut. Partout, à chaque coin de rues, sur les places publiques, on entendait des gémissements et des sanglots. Encore quelques heures, et Rome et le Père commun des fidèles seront au pouvoir des révolutionnaires, entre les mains d’un homme sans cœur et sans honneur. Quels maux vont fondre sur la ville des Papes !

Mais, consolons-nous ; l’auguste vieillard du Vatican avait prié pour l'Eglise et le Ciel avait exaucé sa prière.

Pie IX bénit sa petite mais vaillante armée et lui donne l’ordre de marcher au combat. Les zouaves volent à Mentana, taillent en pièces les bandes garibaldiennes et rentrent dans Rome couverts de lauriers et de blessures. L'Eglise venait d'ajouter une nouvelle page glorieuse à sa glorieuse histoire, et le Canada avait arrosé de son sang pour la première fois le sol romain dans la personne de M. H. Murray

de Québec, et de M. Alfred LaRocque, de Montréal, tous deux décorés de la croix de Pie IX pour leur braveure, et dormant aujourd’hui leur dernier sommeil, le premier sur la terre d’Espagne, et le second dans le-cimetière de Montréal. Honneur à la nationalité franco-canadienne ! .

Le combat avait duré cinq heures. Garibaldi, bien plus poltron que brave, avait pris la fuite pendant la bataille, en laissant ses Chemises Rouges à leur triste sort. Se voyant cerné par les zouaves, il sauta sur son cheval et galoppa vers Monte-Rotondo en disant à ses officiers de le rejoindre dans cette ville. Mais le fuyard fit tellement jouer les éperons

que sa monture prit le mors aux dents et ne s'arrêta avec son cavalier, bien entendu, que lorsqu'elle eut franchi la frontière du Piémont.

Les officiers garibaldiens retournèrent à Monte- Rotondo, suivant l’ordre de leur général ; mais le triste sire avait pris la poudre d’escampette, comme nous venons de Le voir. Les vainqueurs et les vaincus, en apprenant la fuite de ce héros—soulignons le mot—, s'écrièrent : “Le général Montre-ton-dos a disparu.” C’est Monte-Rotondo qu'on avait changé en montre ton dos, et, il faut l'avouer, le qualificatif était bien choisi.

Nous avons raconté la bataille de Mentana au pas de course ; mais n'allez pas croire que la victoire a été gagnée aussi rapidement et aussi facilement que vous venez de le voir. . Non, la lutte a été acharnée et chaudement contestée. Plusieurs zouaves sont morts victimes de leur dévouement à la cause de l'Eglise, et un grand nombre d’autres ont été plus ou moins grièvement blessés. La petite troupe des zouaves ne comprenait que 3,000 hommes, et les garibaldiens étaient au nombre de 10,000 combattants, comme nous l’avons déjà dit. La partie n’était donc pas égale. Et puis l'ennemi occupait la ville, se tenant à l’abri des vignes et des collines qui entourent Mentana ; sa position était excellente ; tandis que les zouaves pontificaux se trouvaient en rase campagne, n'ayant d'autre défense que leur courage et leur bravoure, stimulés par le vaillant lieutenant-colonel de Charette. C’est le héros de Castelfidardo que nous retrouvons ici.

Pendant cette bataille, le futur général de Charette s’est conduit comme un digne fils de la Vendée. Les garibaldiens avaient établi leurs quartiers-généraux dans la vigne Santucci, à deux pas de Mentana, et c’est là qu’ils avaient concentré le g’0s de leur armée. Cette vigne était entourée d’un mur de brique. C’était donc une véritable citadelle pour l’ennemi. En pro-

sl

fitant des accidents de terrain, les zouaves étaient parvenus à une centaine de verges de cette forteresse et se tenaient cachés derrière de petits arbres disséminés ça et là, tout en continuant un feu de tirailleurs des mieux nourris. M. de Charette trouve que la besogne ne va pas assez vite. I! commande donc une charge à la baïonnette. Les zouaves se lancent de l'avant comme des lions furieux ; aceueillis par une gréle de balles, ils s'arrêtent, ils hésitent en présences d’un aussi grand danger ; mais ils ne perdent pas courage —les zouaves n’ont jamais donné ce triste spectacle. Les balles continuent de tomber dru comme mouches et commencent à faire des vides dans les rangs pontificaux.

M. de Charette réalise bientôt la situation, Un seul moment d’hésitation peut faire perdre la bataille et être la cause de la ruine complète de l’armée du Pape. “ En avant les zouaves, s'écrie-til, ou je me fais tuer sans vous.” Et, agitant avec la pointe de son épée un bonnet rouge d’un chef garibaldien qu'il venait de mettre hors de combat, il se précipite sur l'ennemi. Ses paroles et son exemple électrisent les zouaves, qui se ruent au pas de charge sur la vigne Santucci, en bondissant comme des cerfs dans la forêt. Rien ne peut alors résister à leur élan impétueux : rien n’arrête leur marche précipitée ; c’est un

torrent qui renverse tout sur son passage. D'un saut ils arrivent à la porte. Une nouvelle pluie de balles inonde l’armée pontificale. Le lieutenant-colonel de Charette et les zouaves y répondent par les cris de: “ Vive le Pape ! Vive Pie IX!” Ils franchissent le zu: ils culbutent les garibaldiens et les chassent ie rnut eux À coups de crosse de sabre. Des centaines 'e garibaldiens tombent pour ne plus se relever. Plusieurs chemises rouges déposent les armes, se jettent à genoux et demandent grâce en criant : “ Vive Pie IX,” et*en maudissant le monstré de Caprera.

Du même élan, les zouaves, toujours guidés par M. de Charette, pénètremt dans Mentana et mettent en déroute le reste de l’armée de Garibaldi. Les révolutionnaires prennent leurs jambes à leur cou et regagnent la frontière.

M. le baron de Charette venait, par un coup de sublime audace, de décider du sort de la bataille et de sauver Rome de la domination sectaire. C’est le véritable soldat chrétien qui nous donne ainsi l'xemple d’un courage de héros et se distingue par des actes dignes des anciens Croisés, et lui seul peut se battre en brave, parce qu’il ne craint pas la mort.

Le colonel Allèt ne se montra pas moins courageux que son lieutenant-colonel ; muis il était moins

bouillant que lui ; son sang-froid excitait l'admiration de tous les zouaves. Les balles ne lui faisaient pas courber la tête, à celui-là Voici un trait de bravoure qui vient à l'appui de notre thèse :

Pendant la bataille, papa Allet, comme nous l'ap- À pelions au régiment, se tenait au front et un peu à côté de son armée et suivait les différentes péripéties de la mélée, tout en famant tranquillement un cigare, lorsqu'il aperçut un garibaldien qui le mettait en joue. Sans laisser percer la moindre émotion, le colonel Allet le regarde viser. Le garibaldien fait feu et... le colonel ne reçoit aucune blessure. Alors, se tournant vers les zouaves, Allet dit en riant : “ Oh ! qu’il est bête ! il me vise, il tire et il ne me tue pas.”—“ Donne-moi ta carabine ”, ajoutet-il en s'adressant à un zouave. Notre bon colonel épaule sa carabine, pointe le garibaldien, fait feu et le soldat à la chemise rouge tombe raide mort. “ Tiens, dit-il en remettant l’arme qu’il avait empruntée, c’est cemme cela qu’on vise dans l’armée pontificale.” Un tel sang-froid et un tel courage se passent de commentaires.

Ce sont les zouaves pontifieaux, et non les soldats de l’armée française, comme on l'enseigne faussement en France aujourd’hui, qui ont culbuté les garibaldiens en cette journée mémorable. Voici, à

ce sujet, le témoignage d’un Français présent à cette bataille :

“ Vers trois heures et demie, les Français arrivèrent devant les murs de Mentana, s’annonçant d'une manière significative par une décharge de cinq minutes. Quelle chose épouvar ‘able que ces fusils chassepots !

On aurait cru entendre un roulement de tambour. C'était la première fois que nos soldats se servaient de pareilles armes, et il est heureux que l'expérience en ait été faite sur les ennemis de la Papauté.

« Certes! loin de nous la pensée de diminuer le rôle de l’armée française et de lui ravir la moindre parcelle d'une gloire bien acquise. Mais il est bon de flétrir l'injustice de ceux qui s’obstinent à lui attribuer tout l'honneur de la journée. Son drapeau fut comme une menace sur le champ de bataille et jeta l’épouvante au cœur des garibaldiens ; elle contint par sa présence les bataillons piémontais campés à quelques milles du terrain de la lutte : enfin, grâce aux habiles manœuvres exécutées par elle aux abords de Monte-Rotondo et dans la plaine, elle intercepta les renforts ennemis. Mais, encore une fois, toutes les positions «vaient été enlevées lorsqu'elle vint prendre une part active à l'affaire.

“ Les vaincus jugèrent moins humiliant de rejeter

FEAT Eee

leur défaite sur les merveilles des chassepots, et ce fut pour tous les ennemis de l'Eglise un dédommagement que d’exclure l’armée pontificale d’un triomphe acheté par sa bravoure."”

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