LES ZOUAVES PONTIFIGAUX CANADIENS
Cette brillante victoire procura une ère de paix de trois ans au Vicaire de Jésus-Christ ; mais elle donna lieu, en même temps, à la glorieuse croisade canadienne de 1868. En effet, émue avec raison des échauffourées sans cesse répétées et de la hardiesse des bandes garibaldiennes ou des cohortes révolutionnaires, Sa Sainteté Pie IX éleva la voix et conjura les nations catholiques de lui envoyer des bras valeureux pour le défendre contre les formidables assauts des ennemis de l'Eglise.
Sa Grandeur Mgr Bourget, évêque de Montréal, publia aussitôt un mandement invitant la jeunesse de son diocèse à s’enrôler sous le drapeau pontifical, et, nouveau Pierre l’Ermite, il lança cet appel sublime: “ Dieu le veut, enfants du Canada, partez pour Rome.” Mgr Baillargeon, archevêque de Québec, Mgr Laflèche, évêque des Trois-Rivières, Mgr
Langevin, évêque de Rimouski, tous les évêques et les prêtres canadiens, en un mot, joignirent leur voix à celle de l’évêque de Montréal, et cinq cents jeunes \Canadiens allèrent se ranger sous l’étendard du Pape pendant les années 1868, 1869 et 1879.
La croisade des Zouaves Pontificaux Canadiens est connue de tous nos compatriotes. M. le char sine Moreau, l’un de nos dévoués aumôniers, s’en est fait l'historien et nous en a donné un récit détaillé. Nous n’avons donc pas à nous occuper de cette glorieuse épopée—“ Nos Croisés ” renferment tous les renseignements désirables sur les jeunes gens du Canada qui ont pris les armes pour la défense de la Papauté.
Nous nous contenterons de rappeler ici deux appréciations sur cette page de notre histoire : l’une de Sa Seigneurie le juge Routhier, et l’autre de feu Mgr Bourget.
Voici les paroles que l’honorable’ juge Routhier prononçait dans le cours de son magnifique discours à l'ouverture du Congrès Catholique tenu à Québec, en 1880 : ;
“ La France avait un autre devoir découlant de son alliance : c’était de défendre l'Eglise dans le danger ; et vous savez que lorsqu'elle y a manqué, elle a toujours senti le contre-coup des malheurs de
l'Eglise. 11 est possible que Dieu nous destine à ce rôle dans l’avenir comme notre ancienne mère patrie, et c'est un des événements les plus glorieux de notre histoire d’avoir pu déjà figurer à côté de la France dans les armées de l’Eglise.
“Il y a dix ans que le pontife de Rome a vu ce spectacle magnifique : la mère et la fille unies dans le même amour et le même dévouement, traversant les mers pour la défense de la même cause et devenant toutes deux sentinelles du Vatican ! La mère enseignant à sa fille le dur métier des armes qu’elle a pratiqué pendant tant de siècles, et la fille rappelant à sa mère l: foi ardente de ses jeunes années !
‘“ Ce souvenir vous fait tressaillir. produit sans doute un gonflement d’orgueil dar. vos poitrines. C’est un bonheur pour moi de vous le rappeler en ce moment où j’aperçois réunis nos excellents zouaves. Honneur à eux ! puisqu’en offrant généreusement leur vie à l’Eglise de Dieu, ils ont ratifié et sanctionné de nouveau le pacte sacré qui nous unit à elle !”
Sa Granuur Mgr Bourget se rendit à Rome en 1869. Voici ce qu’il écrivait à l'administrateur de son diocèse, au mois de mars de cette même année, en parlant des Zouaves canadiens :
“ Par principe de foi, ils sont sincèrement dévoués, affectionnés, dévots même envers le Père commun des fidèles. On n’en saurait douter, quand on fait attention aux sacrifices qu’ils ont dû faire pour lui prouver leur attachement filial. Il leur a fallu, en effet, s’arracher à la tendresse de leurs parents, renoncer aux douceurs de la patrie, tourner le dos à un avenir plus ou moins flatteur, affronter les dangers d’un climat qu’ont à redouter les étrangers, embrasser un genre de vie qui a ses souffrances et ses ennuis, s’assujétir à un régime qui impose à de grandes privations à quiconque n’y est pas accou-. tumé, faire de longues et pénibles marches, sac aû dos et l'arme au bras, au risque de s’écorcher les pieds er traversant les n:arais et de n’avoir, la nuit, pour abris que de misérables étables ou écuries, exposées à tous les vents. A ces soufirances physiques viennent se joindre les peines morales, les ennuis de la caserne, les misères des caractères, les brusqueries militaires, les punitions sévères, surtout quand elles ne sont pas méritées, mais auxquelles il faut cependant se soumettre sans réplique, l’assujétissement journalier aux règles d’une discipline rigoureuse. Tout cela, et bien d’autres choses encore, froisse et irrite d'ordinaire des jeunes gens qui onteu toutes leurs aises, dans la maison paternelle.
Lorsqu'ils ont à souffrir quelque mauvais traitement, qu’il leur faut faire une marche forcée, que la gamelle ne peut suffire à satisfaire leur appétit dévorant, on lesentend dire : ‘“ C’est pour la bonne cause ; c'est pour le Pape que nous souffrons ” ; et les voilà contents, gais et joyeux. ‘“ On nous l'avait dit; nous l’avons bien voulu ; nous n’avons donc pas à nous plaindre. Au commencement cette vie nous paraissait bien dure ; maintenant nous y sommes faits et rien ne nous coûte. Nous n’avons plus qu’une chose à désirer: c'est de verser notre sang pour le Pape. Nous espérons bien que, pour l’amour de notre bon Père, nous nous battrons avant que notre engagement soit fini, et que nous laisserons dans le cimetière de Saint-Laurent avant de partir, quelques uns des nôtres, et que nous nous en retournerons dans notre cher Canada avec de glorieuses blessures”. .
“ Le général Kanzler, le colonel Allet, le colonel d’Argy, le lieutenant-colonel de Charette et plusieurs autres officiers de l’armée pontificale, que j'ai vus tour à tour, n’ont que des éloges à faire de nos compatriotes ; et tous m’ont témoigné leur désir de grossir leurs bataillons respectifs de nouvelles recrues faites au Canada. On voudrait les enrôler dans l'artillerie, dans la légion, dans le corps des carabiniers, mais les officiers zouaves prétendent avoir droit
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d’enregistrer dans leur corps tous ceux qui seront de nouveau envoyés comme renforts à l’armée pontificale, qui en a grandement besoin, comme tout le monde en convient.”
Ces belles paroles de Mgr Bourget nous dispensent de parler des fatigues et des privations que nous avons eues à endurer pour nous former au régime militaire, de nos marches forcées, de notre vie de camp et de garnison, du bonheur que nous avons éprouvé à l'ombre du drapeau pontifical, et de l'estime dont nous avons été l’objet de la part de Sa Sainteté Pie IX et de tous les officiers du régiment des zouaves pontificaux, depuis le général en chef jusqu’au plus humble sous-lieutenant. Nous nous bornerons donc à relater les principaux événements qui, de 1868 à 1870, ont ajouté de nouvelles pages aux annales de notre régiment et à l’histoire de l'Eglise. Jusqu’à la bataille de Mentana, comme nous le disons dans notre introduction, nous avons été forcé de consulter différents historiens et de leur faire des emprunts pour donner un aperçu aussi fidèle que possible de cette période de neufans, tour à tour glorieuse et douloureuse pour la Papauté. Maintenant, nous entrons pour ainsi dire sur un domaine que nous avons nous-même parcouru en tous sens. C’est comme témoin et comme acteur que nous allons
exposer brièvement ies principales actions auxquelles le régiment des zouaves pontificaux a été mélé pen-
dant ses deux dernières années de service dans les Etats de l'Eglise,
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