‹ La papauté et les zouaves pontificaux [microforme]Chapitre 12 sur 34 · LE BRIGANDAGE · texte numérisé non relu

LE BRIGANDAGE

Quelques mois après notre arrivée à Rome, le troisième dépôt, composé presque entièrement de Canadiens, fut envoyé en garnison à Velletri, ville importante .des anciens Vol ques et située à 36 milles environ au sud de Ro

La vie de garnison en province est assez monotone et ennuyeuse ; mais, à Velleti, nous n’étions pas exposés à subir ces deux inconvénients, : isque nous n’avions pas un seul jour de repos. sitôt la manœuvre terminée, il nous fallait sure la patrouille dans la ville et la chasse aux brigands dans les montagnes.

Le brigandage, en Italie, est une véritable plaie sociale et s’y pratique sur une grande échelle. De tous temps les souverains ont travaillé à faire disparaître ce fléau ; mais ils ont toujours échoué dans leur courageuse entreprise, et l’on n’en doit pas être Li si l’on fait attention à la conformation

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de ce pays qui, par ses nombreues chaînes de montagnes, offre un refuge assuré aux brigands.

Les brigands qui se tiennent cachés dans les montagnes sont assez nombreux. Ces voleurs de grands chemins n’ont pas de demeure fixe. Un soir, ils s'installeront dans une grotte profonde, et, un autre jour, ils se logeront à plusieurs milles de là dans une autre habitation caverneuse. lis connaissent parfaitement toutes les montagnes et les collines : crevasses, grottes, cavités souterraines, défilés, tout leur est familier ; ils peuvent' donner la topographie des rochers aussi facilement qu’un enfant: récite son catéchisme. Il est plus difficile de mettre la main sur un brigand que d’abattre un orignal au milieu de nos vastes forêts. Vous croyez les saisir, vous n’êtes plus qu’à quelques arpents des fuyards, vous les voyez courir devant vous, et tout-à-coup iln'ya plusrien. Les brigands ont disparu comme par enchantement. On dirait qu’ils possèdent une vraie baguette de fée. Vous fouillez toutes les sinuosités, tous les coins et recoins et toutes les fissures des rochers sur lesquels ils glissaient, pour ainsi dire, il n’y a qu’un instant, et vous ne trouvez aucune trace de leur passage, aucun vestige, aucun indice qui puisse vous guider dans vos recherches. La mon-

tagne s’est entr'ouverte sur leurs pas pour les cacher

dans ses entrailles, et toute empreinte s’est évanouïe comme au passage des Israélites sur la mer Rouge.

Nous avons fait plusieurs fois la chasse aux brigands pendant que nous étions à Velletri, et nos démarches n’ont pas toujours été couronnées de succès pour les raisons que nous venons d’énumérer. Si, dans nos patrouilles, nous avons réussi à capturer quelques-uns de ces bandits ou à en tuer un certain nombre, c’est que nous les avons surpris au milieu de leurs orgies ou qu’ils ont été trahis par leurs complices. Nous appelons de ce nom les paysans que la crainte d’être immolés à la fureur de ces monstres humains rend muets, quand on veut avoir des informations sur leurs faits et gestes. La plupart des campagnards et des bergers d'Italie, résidant près des montagnes ou des forêts, sont pour cette raison de petits brigands, qui font cause commune avec les grands.

L'histoire des brigands fait frémir de crainte et d'horreur et paraît même invraisemblable ; mais les faits nombreux que nous avons recueillis sur leur compte à Velletri, ne nous permettent pas de douter un seul instant de l’authenticité des terribles tragédies dont ils ont été les sinistres héros. Voici ce qu’un zouave français écrivait à sa famille, en 1866, lorsque sa compagnie était en garnison à Frosinone :

“ Melza, juge au tribunal civil de Rome, ayant été condamné à une suspension d’un an, était venu se réfugier à Sonnino.

Durant une promenade solitaire aux environs de San-Lorenzo, près d’une petite casale di campagna, le malheureux fut surpris par les brigands. Sa mise plus soignée que celle des autres habitants du pays leur fit conjecturer qu'il devait être riche : c’est pourquoi, l’ayant garrotté, ils l’emmenèrent sur le territoire napolitain. De là, ils envoyèrent des émissaires à Sonnino réclamer de la famille une rançon de cinquante mille francs : point davantage. La famille déclara qu'elle n'avait pas le moyen de payer une pareille somme ; ces messieurs, grands et généreux, voulurent bien alors rabattre de leurs prétentions en diminuant la taxe de dix mille francs ; mais les pauvres Melza ne pouvait pas plus faire porter quarante mille franes que cinquante, et les émissaires revinrent de nouveau bredouille.

“ Le lendemain la signora Melza recevait un pli ensanglanté contenant une des oreilles de son mari. Ta t'imagines la stupeur de la pauvre femme. Le

jour suivant ce n’était plus seulement une oréille,

mais une main du malheureux juge, avec l'anneau au doigt, pour que la famille n’eût pas l'ombre d’un doute sur l'identité de la victime. Pauvres gens

leur torture était épouvantable ; le troisième jour, c'était une jambe qui leur arrivait. Oh ! les monstres ! Enfin, le cinquième jour, c'était la tête: L'infortuné Melza avait fini de souffrir, mais après quelle épouvantable agonie ! Rien qu’en y pensant, je frémis de la tête aux pieds.”

Voici un autre trait de cruauté inouïe :

“ Ces jours dernier, dit le même zouave, un pecoraro (pâtre), dès environs de Sonnino a délivré une victimie d’Andreozzi (chef brigand), et beaueoup de nos soldats cantonnés dans les parages de Frosinone ont déjà entendu la victime elle-même raconter son épouvantable histoire ; ça fait ni plus ni moins frissonner de la tête aux pieds, même sans fièvre, et vice-versa.

“ Maitre Andreozzi a donc fait main basse, tout récemment, sur deux frères propriétaires, habitant Lenola, près Sonninr, sans doute dans l'espoir d’en retirer une grosse rançon ou par vengeance. Les ayant conduits dans la montagne, il les a liés dos à dos ; cela fait, il s’est. donné l’atroce jouissance de les larder de coups de poignard dans toutes les parties du corps ; puis, quand il les a vus dans les dernières convulsions de l’agonie, il a déchargé sa carabine sur les deux infortunés, et alors, les roulant jusqu’au bord d’un précipice d’une insondable pro-

fondeur, il les a poussés du pied. Mais l’un des deux frères était encore vivant, le cœur n'avait phs été touché ; en dépit de ses souffrances, le pauvre diable avait ou l'énergie d’étouffer ses cris et de faire le mort. Jugez de la sensation qu'il a dû éprouver dans cette chûte qui pouvait l’achever cent fois. Il est demeuré un jour et une nuit attaché au cadavre de son frère, baigné dans son sang et se démenant en vain pour briser ses entraves. Peut-on imaginer une position plus horrible ? Dieu, qui voulait l'en tirer, dans un dessein de miséricorde, a permis qu’un pâtre ait entendu des gémissements sortir de cet abîme et ait pu en retirer le pauvre agonisant, qui, à force de soins, est revenu à la vie.”

Les brigands de la Province de Velletri étaient d’une: impudence et d’une audace vraiment étonnantes. Ils venaient souvent dans les villes prendre le café, le soir, dans les hôtels les plus fréquentés, et ils échappaient presque toujours aux recherches les plus actives de la. gendarmerie. Et pourtant la

gendarmerie pontificale jouissait d’une excellente réputation de zèle et de fidélité. C'était le plus beau corps de police que nous ayons jamais vu. La ville de Velletri a reçu, à plusieurs reprises, la visite des brigands. En voici une preuve entr aille :

Un soir, nous étions de patrouille en compagnie de

MM. Charles Trudelle et Napoléon Courteau, zouavés canadiens, et d’un zouave français, dont nous avons oublié le nom. Cette patrouille était commandée, comme toutes les autres du reste, par un gendarme. En parcourant la plus grande rue de la ville, le Corso, s'il vous plaît—chaque ville d'Italie a son Corso—nous passons devant le Café du Soleil. Notre commandant ralentit le pas et jette un regard scrutateur sur la foule des buveurs qui encombrent le café, dont la porte est toute grande ouverte.

Nous remarquons que le gendarme est vivement excité ; mais, tout de même, nous continuons notre promenade militaire. Quelques arpents plus loin, nous nous arrêtons, et nous faisons volte-face. Notre. chef pro tempore nous recommande de marcher piano, piano, en arrivant au Café. Un grand nombre de buveurs ont déjà déserté le restaurant : il reste cependant encore cinq ou six joyeux convives assis à une table placée dans un coin assez obscure. Le gendarme s'arrête en face de la porte d’entrée et nous ordonne de faire halte et de mettre la baïonnette au canon. Cette halteetce derniercommandement donné à voix basse nous intriguent excessivement. Nous ne voyons rien qui puisse nécessiter une charge à la baïonnette, et pourtant notre commandant a des raisons excellentes pour nous placer sur la défensive, et

tout prêts même à recevoir l’attaque. Obéissons donc sans murmurer; c’est la discipline qui le veut, et c'est pour la bonne cause qu’il nous faut obéir.

L'énigme s'explique bientôt ; car le gendarme nous donne le commandement de porter armes et d'entrer dans le Café. Vous pouvez vous figurer facilement la surprise et la binette des habitués du restaurant en voyant arriver cinq militaires armés jusqu'aux dents. L'un des convives, entre autres, nous paraît mal à l'aise, et c'est vers lui que nous nous dirigeons. Le gendarme lui frappe sur l'épaule en lui disant : ‘“ Vous êtes mon prisonnier. —Pour quelle raison *’ réplique l’homme interpellé par le gendarme. Pour toute réponse, ce dernier lui ordonne d’ôter sa blouse—un habit de drap noir. Le buveur obéit sur-le-champ, mais en faisant une grimace. Le gendarme prend l’habit, l’examine, le tourne, le retourne et l'approche d’un bec de gaz. Une lettre apparaît entre la doublure et l'étoffe de la blouse. En un clin œil la doublure est enlevée d’un coup de sabre, et la lettre tombe aux pieds d’un zouave, qui laramasse et la remet au gendarme.

Notre commandant est satisfait de ses investigations ; il a appris ce qu’il voulait savoir : “ Habillez-vous, dit-il au buveur, et suivez-nous à la prison.” Le convive se fiche, frappe la table du poing, casse

les verres et sa met en état de résister à la patrouille en se servant d’une chaise comme d’un bouclier. Le commandant reste impassible ; les zouaves ne sont nullement effrayés des menaces de cet énergumène ; ils attendent l’ordre d'agir. ‘“ Zouaves, dit le commandant, en avant ! ” Nous avançons et nous pointons la baïonnette vers la poitrine du forcéné. Sa résistance n’est pas de longue durée ; car, se voyant menacé d’une mort certaine, il demande grâce pour la vie, et, devenu aussi doux qu’un agneau, il promet de nous suivre. Nous le conduisons à la prison de l’Etat entre quatre baïonnettes.

Après avoir confié notre prisonnier au geolier, nous reprenons notre course à travers la ville. Chemin faisant, nous demandons au gendarme la cause de l'arrestation que nous venons d'opérer. ‘“ C’est, répondit-il, un brigand de la pire espèce que nous avons pincé ce soir. Il fait partie de la bande qui rôde depuis quelque temps aux environs de Cori,

l’ancienne Cora, la patrie de Ponce-Pilate, et il était

venu en cette ville chargé de remplir une terrible mission. Comme j'ai pu m'en convaincre par la lettre qu'il tenait cachée dans la doublure de son habit, ce brigand devait voler un enfant d’un des plus riches citoyens de cette ville, l'emporter dans les montagnes et demander ensuite une forte rançon.

Heureusement que je le connaissais ; car c’est un ancien résidant de Velletri qui, après avoir commis les crimes les plus horribles, avait échappé à la justice en se réfugiant dans une forêt, et en s’enrôlant, quelques jours plus tard, dans une bande de brigands.”

Deux semaines après son arrestation, notre brigand subit son procès et est condamné à être fusillé. Deux religieux se rendent à la cellule du condamné et offrent leurs services «pour le préparer à la mort. Le malheureux pécheur refuse : il ne veut pas entendre parler de Dieu. Les zélés religieux reviennent plusieurs fois à la charge, mais en vain ; leurs

paroles de consolation sont accueillies par des jurements et des blasphèmes. Le cœur de ce brigand

reste aussi dur que le roc.

La veille de l'exécution, les courageux apôtres entrent de nouveau dans le cachot du prisonnier et lui parlent, avec des larmes dans la voix, du sort épouvantable qui lui est réservé, s'il meurt dans l'impénitence finale. “ C'est trop tard, répond le brigand, et je suis trop criminel pour que Dieu me pardonne. Rien ne peut m’arracher des flammes de l'enfer, que je vois déjà entr'ouvert sous mes pieds.” Les religieux redoublent d'efforts et de courage. Le

brigand résiste toujours à la grâce en répétant : “ C’est trop tard.”

Minuit sonne, et toujours la même obstination de la part de c grand eriminel. La nuit s'écoule au milieu des pleurs et des prières des dignes fils de saint François. Et le prisonnier continue de hurler qu’il est damné et que rien ne peut le sauver.

Il est cinq heures du matin. Encore trois heures, et le brigand va paraître chargé d’iniquités devant son souverain Juge Les prêtres se jettent à ses pieds et le conjurent de réciter avec eux le Souvenez- Vous de saint Bernard. A cette ardente supplication, le condamné porte les yeux vers la voûte de son obscur cachot, joint les mains sur ga poitrine oppressée, récite le Souvenez-vous, éclate en sanglots et tombe à genoux en criant : “ Mon Dieu, pardon ! ” La glace était rompue, et le brigand converti. Il fait une confession générale, assiste au saint sacrifice de la messe, reçoit la sainte communion, et, dix minutes plus tard, tombe sur la place publique frappé de six balles.

Avant de mourir, le condamné FR la parole à la foule, énumère tous les crimes qu’il a commis pendant sa vie et demande pardon à tous ceux: qu’il a offensés.” Je meurs content, dit-il, car je meurs

réconcilié avec mon Dieu, que j'ai tant outragé, je

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dois ma conversion à la bonne Madone. Sur son lit de mort, ma mère m'avait fait promettre de réciter le Souvenez-vous tous les jours. J'étais bien jeune alors, et je n'ai jamais manqué à ma promesse. C'est la vierge Marie qui m'a ouvert les yeux et sauvé des flammes de l'enfer. Mes amis, priez toujours Marie, et elle vous tendra une main secourable dans les circonstances les plus pénibles. Adieu !...

Et le converti est lancé dans l’Eternité.

La cinquième compagnie du ler bataillon des zouaves qui était en garnison à Velletri en même témps que nous, fit, un jour, une patrouille des plus fructueuses.

Ayant appris par des paysans qu’une bande de brigands habitaient une forêt voisine de Frosinone depuis quelques jours, les zouaves, au nombre de quarante, partirent aussitôt pour les chasser de cet endroit. Deux gendarmes les accompagnaient, l'un à pied et l’autre à cheval. Après deux jours de marche à travers la forêt même, les zouaves ne trouvèrent aucun briand, et, par surcoit de malheurs, une pluie abondante ne cessa de tomber sur ces courageux jeunes gens, qui supportaient sans murmurer toutes leurs privations et leurs fatigues. La faim même commençait à se faire sentir chez un bon nombre d’entre eux, qui n'avaient pas emmagasiné

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dans leurs sacs à pain une quantité suffisante de * vivres. Que faire en pareille occurrence ? Va-t-on renoncer à la chasse ? se demandèrent les zouaves. Les uns se montraient encore dispo’ s à continuer leur poursuite, mais plusieurs inclinaient à la retraite. Pendant qu’ils s’entretenaient ainsi sur le parti qu’ils devaient prendre, un léger bruit se fait entendre sur la lisière de la forêt. D’un bond tous les zouaves ont gagné le lieu d’où était parti le bruit ; mais quel désappointement ! ils se trouvent face à face avee un pauvre berger qui agite tranquillement d sa houlette, pendant que son troupeau broute l'herbe tendre des champs. Tous alors de rire en voyant ce brigand d’un nouveau style, comme dirait l’Anglais Nous n’avons pas besoin d'ajouter que le berger en fut quitte pour un tribut assez considérable à la peur. Mais l'air enjoué des soldats du Pape le ramena bientôt à son état normal. Après avoir échangé quelques paroles avec le vieux paysan, les zouaves résolurent de retourner sur leurs pas et de se déployer en tirailleurs sur la lisière de la forèt. On peut bien se demander pourquoi ce changement si subit survenu dans tous les esprits et pourquoi cet empressement à obéir au commandement de : Peloton, en tirailleurs ! Le mot de l’énigme est facile à trouver. Pendant leur conversation avec le

berger, les zouaves prirent des informations sur le lieu où devaient se trouver les brigands ; et le bon vieillard, qui les avait vus de ses propres yeux, ily avait deux jours, leur dit que les brigands devaient passer par tel chemin le lendemain matin. ‘“ C’est

moi, ajouta-t-il qui leur ai recommandé de suivre cette voie pour échapper à votre poursuite. Ils . m’avaient demendé auparavant si je vous avais vus. Sur ina réponse affirmative, ils ont voulu savoir quelle direction vous prendriez. Alors, je leur ai ‘indiqué une direction toute contraire à celle que “ous sriviez, pehsant par à les faire tomber dans le piège. Mais je me suis trompé dans mon attente.

Demain cependant, j'espère que mes vœux seront exaucés, et voici pour quelle raison : en s’éloignant de moi, ils ont répété deux fois les paroles suivantes : “ Au revoir, dans deux jours nous viendrons te voir en passant par le chemin que tu nous as montré. Mais sois bien averti : si tu nous trahis ou

gi tu dévoiles le lieu de notre retraite, ta vie sera la rançon de ton infâme conduite.” Ils dirent, et puis ils disparurent dans l'épaisseur des bois.

11 était huit heures du soir lorsque les zouaves reprirent leur faction ; chacun se plaça au pied d’un arbre pour se garantir de la pluie, qui ne diminuait pas, et attendit en silence. . a nuit fut assez belle

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néanmoins : car, vers minuit, la pluie cessa, les nuages se dispersèrent et la lune se montra à travers le feuillage mollement agité par une légère brise du midi. Le beau temps ranima le courage des zouaves, mais aussi il leur emporta un doux sommeil vers les trois ou quatres heures du matin. C’était la première fois que, depuis leur départ, ils prenaient un peu de repos. 11 faut l'avouer, l’heure n'était pas bien choisie pour se jeter dans les bras de Morphée ; mais les forces de ces preux jeunes gens étaient complétement épuisées par les marches, les veilles et la faim. Ainsi, point de reproches.

Cependant les heures s'écoulent rapidement, et pas un brigand ne se montre la figure. Il est un adage

populaire qui dit : “ Vous ne perdez rien pour attendre.” C’est ce que firent les chasseurs de brigends ; ils attendirent jusqu’à sept heures, toujours som. al. lant légèrement, un œil fermé et l’autre cuven, et assis au pied des arbres avec leurs carabines sur les genoux. Enfin, leur espérance va être exaucée. Voilà qu’une détonation se fait entendre. Aussi prompts que l'éclair, les zouaves se lèvent et épaulent leurs carabines, ‘“ Qu’y at-il? crie-t-on de toutes parts.—Cinq brigands, répond un gendarme. Les voilà à dix pas de nous. Le chef est à cheval.”

Un zouave français du nom de Marchand, qui se

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trouvait à vingt pieds du chef, ajuste ce dernier et presse la détente ; mais le fusil rate. De son côté, le chef des brigands met le zouave en joue et fait feu. Et le coup ne part pas non plus. Marchand fait une volteface et se cache derrière un arbre pour armer de nouveau. Le chef épaule une autre carabine—les brigands en avaient presque toujours deux,--mais, au moment où il tirait la gachette, une balle lancée par un caporal, que nous avions baptisé du nom de Petit Jean, vint le frapper au cœur et le renverser par terre baigné dans son sang. Au même instant, deux autres brigands tombent sous un véritable orage de balles. Un quatrième »st blessé par Petit Jean, mais il trouve son salut dans la fuite. Le cinquième s’était éclipsé au commencement de la mêlée. Inutile de faire observer que cette capture causa une grande joie aux zouaves.

Lorsque nos camarades furent de retour à Velletri avec les brigands qu'ils avaient tués, nous exposimes les trois cadavres sur la plus grande place de la ville, afin de jeter la terreur dans le cœur de la population, parce que les brigands avaient des affiliés ou des complices dans la plupart des petites villes de cette province, et à Velletri plus qu'ailleurs.

Cette expositions de cadavres a obtenu les plus beaux résultats ; car, depuis cette époque, nous

n'avons plus entendu parler de vols, de pillages, de meurtres, etc.

Nous avons traité longuement la question du brigandage pour deux raisons : la première, c’est parce que les brigands faisaient cause commune avec les révolutionnaires ou les garibaldiens, et la seconde, c'est parce que les zouaves ont réussi, dans une grande mesure, à purger le sol italien de ces monstres humains, du moins pendant leur séjour dans les Etats de l'Eglise.

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