UNE JOLIE PARADE
“Zn peu par désœuvrement, beaucoup pour faire plaisir à mon jeune fils, à 8 hrs hier soir je me dirigeais vers le Manège de la Grande-Allée, où il y avait déjà près de deux mille personnes rendues pour
assister à la parade des Zouaves de Québec.
"l 7, CL Le M. L'ABBE J. D. BEAUDOIN, Aumônier des Zouaves de Québec.
Franchement, je n’étais pas trop rassuré et je me disais À moi-même qu’il fallait être bien sûr de soi ou fort imprudent pour annoncer par la voie des journaux, avec un certain fracas, la parade d’un corps de volontaires indépendants, très jeune encore, un corps que je qualifiais de simples amateurs, et d’y inviter le public. Je suis rentré chez moi à onze heures, absolument émerveillé, totalement charmé, qu’on en prenne ma parole ; car, en ma qualité de vieux critique d’une réputation assez grincheuse, je n’ai pas l'enthousiasme facile.
Toutes les personnes qui assistaient à la parade d'hier, dirent avec moi que nous avons un corps
d'élite dans les zouaves de Québec, qui fera sa marque dans tout le Dominion et que, s’il est possible de lui trouver des égaux, il est certainement fort difficile pour ne pas dire impossible de lui trouver des supérieurs.
Et d’abord ce que j'appellerai l'apparence générale, est unique. On dirait que le commandant s'est fait un devoir de choisir parmi notre population ce qu’elle renferme de plus jolis garçons et de plus distingué. Va sans dire que je-mets les officiers au Premier rang. Quant aux manœuvres, il me suffira de dire que, pendant le défilé au pas accéléré, hier, je me reportais à cette époque où j'allais, dans mon
enfance, voir manœuvrer les régiments réguliers anglais sur l’Esplanade, et que la comparaison n'était nullement choquante à mon esprit. Les zouaves marchent en vieux troupiers et manœuvrent avec un ensemble qui ne laisse rien à désirer même dans les mouvements les plus difficiles, comme par exemple, de former le carré sur la marche, reconstituer la file et combien d’autres qui ont été fort applaudis. Et avec les zouaves pas de tricherie possible, si le pied n'est pas.en ligne, la guêtre blanche letrahira. Les zouaves comptent un effectif assez respectable de 80 à 90 hommes, m’a-t-on dit, espérons que le temps n’est pas éloigné où nous
verrons cette compagnie se transformer en bataillon. Toutes nos braves familles devraient se faire un honneur d’y faire entrer leurs enfants. Outre qu’elles sont assurées que ceux-ci seront sauvegardés sous le
rapport de la morale, ils y trouveront un exercice très hygiénique et beaucoup d’honneur.
Les zouaves se rendent à Montréal, pour les fêtes du 24 juin ; certes, il s’y placeront au premier rang, et nous aurons raison d’en être fiers. Soyons-leur reconnaissants des efforts, des fatigues qu’ils s’imposent pour leur satisfaction personnelle, il est vrai, mais après tout, l'honneur en rejaillit sur notre ville, et sans aucun sacrifice de notre part, nons en profitons.
Ils viennent d'organiser une excursion à Montréal par bateau pour ces fêtes du 24 juin, faisons-nous un devoir de les accompagner. Imitons en cela nos voisins de la métropole qui ne manquent jamais d’encourager quelques-unes de :surs sociétés, se rendant dans un endroit, soit pour concourir, soit pour prendre part à une démonstration quelconque, ne manquant jamais, dis-je, de les accompagner en grand nombre et de leur prêter ainsi leur appui moral.
Eomoxp Rousseau.
Québec, 18 juin 1903.
“ La nomination de M. Rouleau comme chevalier de l’Ordre de Saint-Grégoire-le-Grand a été accueillie avec la plus grande joie par les jeunes zouaves. Tous ont compris que cette marque de distinction, venant du chef de l’Eglise catholique, était une approbation très éloquente de leur nouvelle association.
“M. le lieutenant-colonel G.-A. Drolet, ancien zouave pontifical, écrivit à M. Rouleau la lettre suivante, au sujet de la décoration que Sa Sainteté Léon XIII venait de lui décerner :
Montréal, 15 octobre 1901.
Mon cher chevalier,
J’ai été bien heureux de lire dans le Sofeil d’hier,
le compte rendu de la jolie démonstration dont tu as
été l'objet, à l'occasion de ton entrée dans la chevalerie pontificale.
Je me réjouis, avec tous les amis de la bonne cause, de la récompense que le Saint-Père vient de te décerner.
Nul plus que toi, mon cher Rouleau, ne méritait cet honneur, Depuis ton retour de Rome, j'ai été plus ou moins mélé à ta vie, pendant ton séjour à Montréal, et, depuis que tu vis à Québec, j'ai suivi avec intérêt ta carrière professionnelle.
“ Aime Dieu et va ton chemin, ” a toujours été ta devise, Tu l’as non-seulement pratiquée toi-même, mais par tes vaillants écrits, par tes exemples, par ta chaude et entraînante parole tu l’as ‘“ transfusée” dans le cœur et dans l’esprit de la jeunesse de Qnébec. Aujourd’hui, cette belle et intelligente jeunesse se groupe sous ton commandement, sous les plis du drapeau du régiment des zouaves pontificaux, pour continuer nos traditions de Rome.
La création de ce bataillon, à Québec, est un événement extraordinairement heureux pour l'Eglise et pour le Canada. Il fallait un apôtre comme toi, Rouleau, pour mener à bien une création aussi diffcile. Nous disparaissons, nous les aînés, rapidement, hélas !—Hodie mihi, cras tibi.—Ce rameau que tu as détaché du tronc principal de l’Union Allet, est en
train de pousser des racines vigoureuses : tant mieux, mon Dieu ! Tu auras contribué, plus que tout autre, à perpétuer les traditions du Régiment des Diables du bon Dieu, en Canada,
Nous n’aurions jamais pu, À Montréal, accomplir
une œuvre pareille. Aussi, notre Saint-Père, en te donnant la croix de chevalier de Saint-Grégoire-le- Grand, at-il récompensé une vie toute d'honneur et de dévouement à toutes les causes nationales et religieuses.
Reçois mon affectueuse accolade, mon cher chevalier, et crois toujours à l’entier dévouement de
Ton ancien camarade et ami,