‹ La papauté et les zouaves pontificaux [microforme]Chapitre 4 sur 34 · CASTELFIDARDO-LAMORIGIERE- DE CHARETTE-DE PIMODAN- LES FRANCO-BELCES · texte numérisé non relu

CASTELFIDARDO-LAMORIGIERE- DE CHARETTE-DE PIMODAN- LES FRANCO-BELCES

En 1859, Victor-Emmanuel avait enlevé les Romagnes aux Etats de l'Eglise ; mais la révolutior. n’était pas encore satisfaite—l’enfer n’est jamais rassasié. La Révolution pousse le roi larron plus loin dans la voie de l'iniquité ; elle veut les Marches et l'Ombrie. Victor-Emmanuel se rend à son d‘sir ; il écrit au Saint-Père de céder au Piémont ss deux plus belles provinces, et cela, pour le plus grand bien de l'Eglise !

Le fourbe ! il va même jusqu’à protester de son attachement à l'Eglise et à demander au Pape la bérédiction apostolique.

Quelques jours plus tard, en septembre 1860, sans aucune déclaration de guerre, l’armée piémontaise, sous le commandement de Cialdini, envahit le terri-

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toire de l'Eglise. Voici l’ordre du jour que le général Piémontais adressa à ses troupes avant de franchir la frontière :

“ Soldats, je vous conduïs contre une bande d’aventuriers que la soif de l'or et du pillage a amenés dans votre pays. Combattez, dispersez inexorablement ces misérables sicaires ; que, par votre main, ils sentent la force et la colère d’un peuple qui veut son indépendance. Soldats ! Pérouse demande vengeance, et bien qu’il soit tard, elle l'aura !”

Cialdini, ton nom figurera toujours dans Phistoire impartiale, non couvert de gloire et d'honneur, mais de honte et d’opprobre.

C’est là un échantillon des invectives et des infamies dont les défenseurs du Pape ont été l'objet de la part des coryphées de la révolution ou des principaux dignitaires des loges maçonniques.

Le général La Moricière qui, comme nous l'avons

déjà dit, venait d'organiser la petite armée pontificale, avec le concours de Mgr de Mérode, s’empressa de voler au-devant des Piémontais qu’il rencontra près de Castelfidardo, le 18 septembre.

Le célèbre général français fut rejoint par le général de Pimodan à la tête de 2000 soldats ; ce qui porta l'effectif de l’armée du Pape à 5000 hommes. Cialdini commandait 45,000 guerriers. Malgré cette

énorme différence dans la force numérique des deux armées, La Moricière n’hésita pas cependant à faire face à l’envahisseur. La petite division commandée par M. de Pimodan, et dans laquelle figurait avec honneur le corps des 300 franco-belges qui devint plus tard le régiment des Zouaves Pontificaux, fit des prodiges de valeur. Pendant trois heures, cette poignée de braves tint en échec toute une division piémontaise, en se barricadant dans la ferme Crocette, qu’ils avaient enlevée à l'ennemi à la pointe de la baïonnette. Ces vaillants défenseurs de la Papauté

s'étaient confessés et avaient reçu la sainte commu-

“nion avant le combat ; ils possédaient Dieu dans . leur cœur ; le champ de bataille fut couvert de leur sang généreux et pur, Parmi ces illustres martyrs de la foi, nous trouvons le général de Pimodan et cent à cent cinquarite franco-belges. Avant le combat, le valeureux capitaine français s'était contenté de dire aux zouaves : “ Souvenez-vous que vous êtes catholiques et Français”. Il reçut trois blessures coup sur coup, et à chaque balle qui lui entrait dans le corps, il répétait : “Dieu est avec nous.” Il mourut le lendemain.

En apprenant le glorieux trépas de son mari, Madame de Pimodan, qui était restée en France, prit son fils unique dans ses bras et le couvrit de baisers

en lui disant : “ Toi aussi, tu seras soldat du Pape.” Il n’y a que l'amour chrétien qui puisse allier ainsi la sublimité à l’héroïsme.

Ecrasée par le nombre et amoindrie par la défection de deux bataillons des chasseurs et du premier escadron des Dragons qui furent pris de panique, malgré les efforts des colonels Allet et Cropt et du

‘ major Odescal:ii, la petite armée pontificale dut battre en retraite. Quatre cents hommes environ, conduits par La Moricière, se replièrent sur Ancôûne. Les Franco-Belges et le reste de la troupe papale se réfugièrent à Lorette, où ils durent déposer les armes, le soir même, après avoir pris l'engagement de ne pas servir dans l’armée du Pape pendant un an et de retourner dans leur pays. Les Franco-Belges refusèrent de souscrire à cet engagement et s’enfuirent dans les montagnes ; plusieurs d’entre eux purent atteindre Ancône à la faveur des ténèbres.

Castelfidardo ! si tu nous remets à la mémoire de bientristes souvenirs, tu nous rappelles en même temps le nom d’un grand capitaine, qui a étonné ses chefs par ses valeureux exploits, et frappé d’admiration l'armée de Cialdini. Ce capitaine, tout le monde le connaît, c’est le baron de Charette, que nous avons été si heureux de recevoir dans nos murs lors de la

célébration de notre fête nationale en 1882.

Pendant que les balles pleuvent et que les obus sillonnent l’air en tous sens et sèment la terreur et la mort sur le champ de bataille, le capitaine de Charette, du corps de Franco-Belges, encourage ses soldats de la parole et de l’exemple. Son épée ne cesse de frapper, et tous les coups qu’elle porte sont mortels.

Au lieu de reculer devant le nombre, il s’avance : il s’avance toujours, jusqu’à ce qu’il soit sur le front de bandière de l’armée ennemie. La, il s'arrête, il promène un regard de défi et de dédain sur ses adversaires, il les invite, il les provoque à se mesurer avec lui : mais personne ne bouge. Il brandit son épée avec colère et traite les Piémontais de lâches et de poltrons. Cette dernière apostrophe produit son effet. Un officier piémontais, ayant nom Tromboni, sort des rangs et accepte le combat. Les deux armées s'arrêtent un moment pour contempler les deux athlètes.

Les épées se croisent, et deux fois Tromboni est touché et puis blessé grièvement. De Charette ne reçoit aucune blessure. “ Capitaine, s’écrie le vaincu, je vous rends mon épée.”

—I1 est mon prisonnier, dit de Charette à ses zouaves, ayez-en bien soin,

Les Franco-Belges ou les zouaves, ivres de joie, acclament leur capitaine et le portent en triomphe.

Les Piémontais courbent la tête de honte et de dépit. Cialdini écume de rage.

Le combet reprend plus acharné et plus meurtrier. Malgré ses prouesses, le corps des Franco-Belges est presque anéanti, et de Charette reçoit deux balles dans le corps. C’était la fin de cette sanglante tragédie.

Le baron de Charette venait de se montrer ce qu'il a toujours été : un héros sans peur et sans reproche ; mais ce n’est pas la dernière fois qu’il sera donné à l’armée pontificale d'admirer sa ‘bravoure et ses glorieux exploits. Voilà comment se bat le soldat qui aime son Dieu et le Pape.

Ancône, défendue par 5.200 soldats pontificaux environ et assiégée par 45.000 hommes, 400 bouches à feu et une flotte armée de canons rayés, capitula le 28 septembre, après un siège de dix jours et des assauts meurtriers sans cesse renouvelés. Ce fut avec la plus cruelle douleur que le général La Moricière donna l’ordre d’arborer le drapeau blanc sur la citadelle ; on peut en ju.-er par les paroles suivantes du major de Quatrebarbes, gouverneur de la ville :

“ J'étais monté à la citadelle où je trouvai le géneral se promenant seul dans la casemate. Les officiers de l'état-major respectaient son silence. De

temps en temps, il s’arrêtait, ses épais sourcils se con-

tractaient, et ses yeux noirs lançaient des éclairs. Dieu seul sait la lutte qui se passait alors dans son cœur.

“ Sur combien d'hommes puis-je compter, si la capitulation n’est pas acceptée ? me dit-il en m’apercevant.—Sur mille ou douze cents hommes, mon Général.—C’est assez pour le camp retranché et pour la citadelle, et nous pourrions, en abandonnant la ville, prolonger au besoin la défense de quarantehuit heures. Ce serait mon devoir, si nous avions seulement une vague espérance de secours... Aujourd’hui, ce serait un suicide inutile,

“ Je regardais avec une profonde émotion ce glorieux et loyal soldat, ce vainqueur d’Abd-el-Kader et des Arabes, qui n’avait jamais connu la défaite, cet héroïque défenseur de la société et de la civilisa-

tion chrétienne aujourd’hui vaincu, prisonnier de

guerre, à la merci d’un ennemi obscur qui ne doit ses succès qu’au nombre et à la perfidie.”

Oui, M. de Quatrebarles avait raison de se servir de l'expression de perfidie en parlant de la France ; car la fille aînée de l'Eglise, entraînée dans la voie de l’iniquité et de la trahison par l’empereur Napoléon IIT, avandonna alors le successeur de Pierre à la fureur de ses ennemis et laissa consommer la trame ourdie quelques jours auparavant rar le roi

d'Italie et l'empereur des Français. L'histoire nous en fournit des preuves incontestables.

Le 11 septembre, le consul de France à Ancône, reçut de M. de Gramont, ambassadeur à Rome, la dépêche suivante : ‘ L'empereur a écrit de Marseille au roi de Sardaigne que, si les troupes piémontaises pénètrent sur le territoire pontifical, il sera fôrcé de s'y opposer. Des ordres sont déjà donnés pour embarquer des troupes à Toulon, et ces renforts doivent arriver sans retard. Le gouvernement de l'Empereur ne tolèrera pas la eoupable agression du gouvernement Sarde. ..”

Jamais homme n’a affublé le manteau de la fourberie avec autant d’aisance que l’empereur Napoléon III. : En effet, la vérité ne tarda pas à se faire jour. Après avoir pris connaissance de cette dépêche, M. de Quatrebarbes donna l’ordre à un employé du consulat français d'aller communiquer cet important document au général Caldini, commandant en chef de l’armée piémontaise, et de le prier de cesser les hostilités. “ Calmez-vous, répondit-il à l’envoyé français ; nous avons vu, il y a quinze jours, votre Empereur à Chambéry, et nous savons à quoi nous en tenir.”

Cet aveu du général Cialdini ne laisse aucun doute sur les dispositions de l’empeizur des Français à

l'égard du chef de l’Eglise catholique. Comme Judas il l'avait vendu au roi de la Sardaigne. Du reste, les documents officiels, publiés par le gouvernement français, prouvent que Napoléon III rencontra Cialdini à Chambéry et qu’il l’autorisa à envahir les Etats de l'Eglise, en lui disant : “ Faites vite, ” et à écraser La Moricière avant qu’il ait eu le temps d’organiser l’armée pontificale. C’est. en conséquence de ce complot infâme que fut décidé le guet-apens de Castelfidardo. Pour sauver les âpparences et conserver l'amitié des catholiques français, Napoléon feignit d’exercer une fausse protection sur Rome, et pour cela il donna l’ordre de lui envoyer du renfort, maïs seulement après que La Moricière, son ennemi personnel, aurait été vaincu et mis dans l’impossibilité de lui nuire dans l’accomplissement de ses projets anti-chrétiens. Sachant que tous ces attentats ne manqueraient pas d’éveiller l’opinion publique en France et de lui attirer des reproches bien mérités, Napoléon III eut recours à la fourberie pour dissimuler sa complicité avec les révolutionnaires et les spoliateurs des Etats Pontificaux : au moment même où les Piémontais mettaient le pied sur le territoire papal, il partait pour l'Algérie, où il voulait, disait-il, fonder un royaume arabe. Et quelques jours plus tard, l’iniquité était consommée.

C'est en présence de tous ces faits incontestables et incontestés que Son Eminence le cardinal Pie, évêque de Poitiers, s’écria un jour, en parlant de l’empereur des Français : “Lave tes mains, Ô Pilate!”

Mais, ne l’oublions pas, la divine Provience ne laisse jamais le crime impuni. En effet, dix ans après, Napoléon III était fait prisonnier à Sédan et allait mourir sur une terre étrangère, tandis que la France perdait l’Alsace et la Lorraine. Le traître est disparu; mais la Papauté vit encore et vivra jusqu’à la consommation des siècles.

Permettez-nous de citer quelques paroles que le général de Charette prononçait sur la bataille de Castelfidardo, en 1885, aux noces d’argent de nutre régiment :

“ Le 17, nous bivaquions au-dessus de Lorette, et le 18 nous recevions, à Castelfidardo, le baptême du feu. ‘“ La veille, le commandant de Becdelièvre nous réunit : “ Messieurs, dit-il, demain, vous allez voir le feu pour la première fois ; afin d’être sûrs de faire honneur à votre uniforme, passez au confessionnal, j'en sors.”

“ Je ne vous raconterai pas la bataille de Castelfidardo ; je rappellerai seulement l’ordre du jour du commandant de Becdelièvre : “ Nommez-les tous,

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ou ne nommez personne, car tous ont fait leur devoir.”

“ Une centaine de volontaires n'avaient pu rejoindre le bataillon à Terni, sous les ordres du colonel de Mortillet, de MM. de Saisy et Thomalé, ils firent une pointe sur Monte Corvo. Quelques zouaves, après la bataille, rejoignirent Ancône : un seul revint à Rome avec armes et bagages, il s’appelle Rouleau.—C'était un Vendéen !

“ A Castelfidardo, ce sont des enfants comme d'Héliand qui tombent! Sa mère, apprenant sa mort, chante le Te Deum.

“Cs sont là de vieux zouaves d'Afrique, c’est

Colombeau qui meurten criant : “ Vive la France !” C’est un saint comme Guérin, dont le cercueil, oublié dans une gare en Autriche, est enfin rapporté à Nantes en triomphe, et opère des miracles...”

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UNE GUERISON MIRAGULEUSE

Nous interrompons, un moment, notre récit historique pour mentionner la guérison miraculeuse d’un officier italien, racontée par le sergent-major Wibaud, zouave pontifical et ensuite jésuite, et attribuée à l'intercession du saint du régiment :

“ Le jeune officier italien dont il s'agit se nomme Stanislas Garroni ; il a vingt-deux ans. A Castelfidardo, il se battit bien et montra qu’il n’y a pas de nationalité pour la vaillance, quand elle est inspirée par l'amour du Pape et du droit. Blessé très grièvement à la hanche, il se trouva couché à Macerata, sur une mauvaise paillass, près du capitaine de Charette. Depuis cette époque, il fut toujours souffrant. Il y a trois semaines environ, il fut pris d’une fièvre très violente qui ne turda pas à se porter au cerveau, et lé mit à toute extrémité. Déjà il avait reçu le saint Viatique et fait à Dieu le sacrifice de sa vie : les médecins l'avaient condamné ; bref, il allait

mourir,

ni —

Un de ses frères, qui est prêtre, vint le voir au moment où il était le plus bas ; le malade, toutefois, n'avait pas encore perdu toute connaissance. ‘ Pourquoi, lui dit-il, ne te recommanderais-tu pas à Guérin, ton ancien compagnon d’armes, mort saintement à Osimo des suites de ses blessures, de Castelfidardo, qui a déjà fait des miracles dans son pays et même à Rome ? Invoque-le de tout ton cœur, peut-être t’obtiendra-t-il ta guérison.” Le mourant fit signe qu’il se recommandait de grand cœur à Guérin ; puis, levant les yeux au ciel, il murmura une prière et s’assoupit. C'était un doux sommeil qui commençait pour lui et dura plus de trois quarts d’heure. Sa sœur, restée près de lui pour le garder, s’étonnait du calme et de la tranquillité de cet heureux sommeil, qui contrastait étrangement avec l'agitation du malade peu d’instants auparavant. ‘“ Je craignais, me disait-elle quand je l’interrogeai, qu’il ne fût mort, et j'allai prévenir ma mère, qui fut saisie comme moi d’une grande frayeur en le voyant si paisible ;

cependant il respirait encore, mais nous pensions vraiment que c'était la fin ; j'étais occupée avec ma mère à lui faire sur la poitrine une friction qu'avait ordonnée le médecin, quand il ouvrit les yeux et me dit tout à coup d’un ton calme : “Ne me donnez aucun remède ; c’est inutile, je suis guéri.—Pour-

quoi ? lui demandai-je—Joseph Guérin, le zouave, est venu 1e voir tout à l'heure, s’est assis là sur mon

“litet mi dit que je guérais, mais que ma convalescence ::rit longue.’

Ceci se passait ie onze décembre, vers les trois heures de l'après-midi. Le zouave,—son ami le zouave, comme il disait—lui était donc apparu,avait réellement causé avec lui et lui avait promis sa guérison. Aussi, À partir de ce moment ne cessa-t-il de parler de Guérin, de l’invoquer, de le remercier, ne doutant plus de guérir. Instruit de ce fait, son frère se procura aussitôt une relique de Guérin, un morceau de la cravate qu’il portait étant zouave, et vint la lui présenter : il la baisa avec effusion, la mit sur son cœur et ne voulut plus s’en séparer.

Quelques jours après, dans la nuit du quinze au seize décembre, Guérin revint encore voir son ami et lui dit que la fièvre le quitterait le dix-huit au matin, lorsque que'les vésicatoires qu’il avait aux jambes seraient secs. Le seize au matin, le malade, en se réveillant, appela sa sœur : “ Quel jour est-ce aujourd’hui? lui demanda-t-il. Pourquoi ? reprit sa sœur. —Parce que, ajoutat-il, Guérin m’a dit cette nuit que je guérirais le 18.”

Rien ne semblait annoncer un si heureux résultat, l’état du malade ne s'était pas amélioré depuis la

première apparition de Guérin ; la fièvre,au contraire, était devenue plus forte, et, malgré tout, le malade ne cessait®de répéter : “Ne me donnez aucun remède, c'est inutile, je guérirai.’ Son frère, ayant été assez heureuxfpour trouver, après quelques jours de recherche, le portrait de Guérin, vint en toute hâte le lui porter. En voyant l’image de son ami, Garonni s’écria : “ C’est lui, c’est Joseph le zouave, qui m'a dit que je guérirais. Seulement on lui a fait les joues trop grosses, et il esitrop grand.” Ces défauts existent, en effet, dans le portrait lithographié de Guérin : bien d’autres avant Garronni les avaient remarqués. Il ne pouvait détacher les yeux de cette chère image ; il eût voulu l'avoir constamment à la portée de ses regards, et quand il fut lassé de la fixer, il la mit sous son oreiller.

A voir la joie qui rayonnait sur son front et la vivacité de son regard, on eût dit qu’il tenait un trésor. C'était, en effet, pour lui le plus précieux des trésors de ce monde : la santé. Enfin le 18 arriva; je courus, ce jour-là même, chez Garroni ; sa sœur m'ouvrit la porte et me dit d’un air joyeux que la

fièvre avait disparu dès le matin même comme par enchantement. Les vésicatoires s'étaient desséchés. “ Mais je vous l’avais bien dit ! ne cessait de répéter le malade ; je savais bien que la guérison ne se ferait

ENST

pas attendre.” Depuis ce jour, je l'ai vu plusieurs fois, il va bien, mais est toujours faible et au lit. Ce qui le vexe un peu, c’est que Guérin lui a dit que sa convalescence serait longue. Tout ceci est merveilleux, et le docteur militaire a déclaré qu'humainement parlant, Garroni ne pouvait revenir à la santé. Gloire à Dieu, qui veut récompenser nos ‘aibles efforts en nous envoyant cette nouvelle consolation, et gloire à Guérin, notre protecteur.”

Garroni était complètement guéri au mois do janvier.

Le correspondant du Monde, de Paris, a raconté, dans le numéro du 22 décembre 1861, la guérison miraculeuse de Garroni qu'il attribue au zouave Guérin, l’un des martyrs de Castelfidardo.

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