L'INVASION GARIBALDIENNE
Le 15 septembre 1864, Napoléon III signa une - convention passée entre la France et l'Italie et en vertu de laquelle l’empereur des Français s’engageait à retirer ses troupes des Etats Pontificaux, dans un délai de deux ans, à charge pour le Piémont de respecter le territoire du Saint-Siège et de ne pas s’opposer à l’organisation d’une armée papale. C'était livrer la Papauté aux mains des révolutionnaires d’abord, et au roi Victor-Emmanuel ensuite, comme x l'histoire va nous le démontrer. C'était afficher de nouveau la politique de fourberie inaugurée en 1859. C'était le règne des convoitises de l'Italie qui s’annonçait à courte échéance. En effet, le gouvernement du Piémont tendait secrètement la main à Garibaldi, le chef des révolutionnaires, tout en protestant de son dévouement au Saint-Siège.
Pie IX fit entendre sa voix pour dénoncer la violation > traité de 1864 et les injustices flagrantes dont
il était l’objet. Les catholiques de France tentèrent, . mais en vain, d'obtenir de l’empereur un délai au retrait de ses troupes: notre ancienne mère patrie devait continuer à descendre dans l’abime creusé par la politique néfaste et anti-chrétienne de Napoléon III.
A la fin de l’année 1866, l’iniquité fut consommée : les troupes françaises quittèrent Rome. A leur départ, Sa Sainteté Pie IX leur adressa ces admirables paroles : :
* “ Allez, mes enfants ; partez avec ma bénédiction, avec mon amour. Si vous voyez l’empereur, diteslui que je prie chaque jour pour lui. On dit que sa santé n’est pas très bonne, je prie pour sa santé. On dit que son âme n’est pas tranquille, je prie pour son me. La nation française est chrétienne, son chef doit être chrétien aussi. Ne croyez pas que vous me . laissez seul, le bon Dieu me reste.”
Ne rencontrant plus d’obstacle à leur ambition, à leur cupidité et à leur rage, les bandes garibaldiennes se ruèrent, en 1867, sur le territoire pontifical ; elles saccageaient les villages, elles pillaient les caisses municipa'es, elles profanaient les couvents et les sanctuaires et rançonnaient les habitants. Les zouaves et les gendarmes s’opposèrent à leurs déprédations et les repoussèrent sur la frontière. Les garibaldiens passèrent à travers les troupes italiennes, qui étaient
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chargées, en apparence, de veiller à la sûreté des
” Etats de l'Eglise, mais qui fermaient les yeux sur les faits et gestes des révolutionnaires, et ceux-ci pénétraient librement dans le Piémont pour aller chercher des hommes et des munitions, qui leur étaient fournis par le gouvernement de Victor-Emmanuel lui-même. L'histoire nous donne des preuves irréfutables de la complicité des autorités italiennes.
Le théâtre des hostilités que couvraient les bandes garibaldiennes, comprenait toute la province de Viterbe. Comme on le voit, c'était un vaste champ de bataille. Pour faire face au danger, les Zouaves Pontificaux et la gendarmerie papale furent forcés de se diviser en petits détachements et de se porter à tous les endroits menacés. Malgré son infériorité numérique, l’armée pontificale était applaudie pour ses brillants faits d’armes à Acquapendente, à Bagnorea, à Nerola, à Farnèse, à Valentano, à Monte Libretti et à quinze autres villes ou villages.
À Nerola, le lieutenant-colonel de Charette battit les garibaldiens, qui étaient trois fois plus nombreux que les zouaves ; il a eu son cheval tué sous lui, mais il a fait dix-huit prisonniers.
À Farnèse, le sous-lieutenant Dufournel trouva la mort, le 19 octobre, dans les circonstances suivantes : Il partit à onze heures du matin de Valentano pour
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chasser trois cents garibaldiens qui s'étaient emparés de Farnèse ; il n'avait que vingt zouaves sous ses ordres. Le capitaine de ligne Sparacanna l’accompagnait avec une trentaine de ses hommes. En arrivant à un demi-mille de Farnèse, la petite troupe pontificale reçut soudainement des coups de fusil, partis d’une grande maison occupée par les garibaldiens. Le sous-lieutenant Dufournel tire alors son
gabre et fait avec la lame le signe de la croix en disant : ‘“ Au nom du Père, du Fils et du Saint- Esprit, en avant |” Et il s’élance suivi de ses zouaves. Les garibaldiens ne peuvent résister à ce choc impétueux ; ils abandonnent la maison dont
ils s'étaient emparés et retraitent. Les zouaves s'installent dans la même maison pour délibérer, mais ils sont attaqués aussitôt par un corps de deux cents garibaldiens. Emmanuel Dufournel donne l’ordre d’ouvrir la porte’et s’écrie : ‘“ Chassons-les à la baïonnette ! ” Et il se précipite en frappant de son sabre un garibaldien qui se tenait près de la porte ; mais le coup est si violent que la lame casse en deux et lui échappe des mains. Les garibaldiens se jettent sur lui et lui portent quatorze coups de baïonnette. Tout semble désespéré pour les zouaves ; mais il n’en est rien : Ferdinand de Charette, un des frères de notre lieutenant-colonel, et quelques
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autres zouaves accourent au secours de leur officier et font une immense trouée parmi les garibaldiens, qui prennent la fuite,
Le brave sous:lieutenant Dufournel, mortellement blessé, fut transporté immédiatement à Valentano, où il expira le lendemain en remerciant Dieu de lui avoir procuré le bonheur de mourir pour’ sa ; sainte mère l'Eglise catholique.
Cette triste nouvelle fut télégraphiée à son frère Adéodat, capitaine adjudant-major alors en garnison à Rome. Le frère bien-aimé arriva le même soir à Valentano ; il se prosterna la face contre le cercueil et donna l’ordre d’envoyer à Rome la dépouille mortelle de son cher Emmanuel.
Dix jours plus tard, Adéodat Dufournel était
. blessé à l’attaque de la villa Crecchina, à Rome, et
mourait le 5-novembre. Le matin- de son trépas Adéodat avait entendu la messe qu’un de nos aumôniers, le R. Père de Gerlache, avait dite à la confession de Saint-Pierre. La messe terminée, le Père se retourna, trouva le zouave la face contre terre et lui demanda la cause du rayonnement de toute sa figure : “ Mon Père, j'ai demandé à la sainte Vierge la grâce de mourir pour l'Eglise” Cette grâce lui fut accordée le même soir. Voici ce que nous à raconté au sujet d’Adéodat Dufournel, M. de Clisson
qui était à ses côtés quand il tomba frappé d’une balle en pleine poitrine :
“ Je me trouvais sur la place Saint-Pierre avec quarante hommes de ma compagnie, lorsque M.
Dufournél vint et dit à M. Ledieu, notre lieutenant : “ Rassemblez vos hommes, nous allons tout près d'ici voir une villa où l’on prétend qu’il y a des garibaldiens.” 11 nous fit diviser en bandes de huit hommes, conduite chacune par un gradé chargé de les placer autour de la maison et de diriger le feu. Il était cinq heures et demie du soir environ, et la nuit était déjà descendue. Nous eûmes bientôt atteint la porte de la villa que nous devions visiter. A peine le premier zouave avait-il gravi les deux ou trois marches de Ventrée, que des hommes se précipitèrent pour sortir du jardin. M. Dufournel s’élança en criant : “ En avant !” et c’est à ce moment qu'il fut atteint per une balle. Je commandais le second groupe ; voyant: quelqu'un tomber, j’étendis la main, et ce n'est: qu’alors que je reconnus celui que j'avais dans mes bras. Aidé d’un homme de ma compagnie, je le transportai dans la rue, et, m’étant assis par terre, je l'appuyai sur mes genoux. 11 ouvrit alors les yeux qu’il avait fermés un moment et me dit en me pressant la main : “ C’est fini, je suis mort. ..” s
"Transporté à l'hôpital, Adéodat Dufournel rendit son âme à Dieu le 5 novembre.
Emmanuel Dufournel avait 27 ans, et Adéodat, 29 ans. Leurs corps reposent dans le cimetière de Saint-Laurent hors les murs. =
Comprenant l'immense douleur que ressentirait M. Dufournel, père, en présence de ces deux fins tragiques, arrivées presque coup sur coup; notre Saint- Père Pie IX lui écrivit pour le consoler: “ Vous m'avez donné deux soldats ; je vous rends deux saints.” Ces paroles du successeur de Pierre valent à elles seules tous les éloges que nous pourrions faire de ces deux glorieux martyrs de la foi.
* À Monte Libretti, le lieutenant Guillemin donne “une nouvelle preuve de la valeur et de l’héroïsme des zouaves, Douze cents garibaldiens occupaient cette forteresse, construite sur une montagne et dominant la route,
Guillemin, avec ses quatre-vingt-dix zouaves, n'hésite pas à gravir la montagne au milieu d’une grêle de balles et essaye d'enlever à la baïonnette cette ville fermée et défendue par un ennemi puissant en nombre, commandé par Menotti Garibaldi. Les zouaves ne peuvent réussir à enfoncer les portes : mais les garibaldiens, effrayés de tant de courage et
= d’audace, évacuent la ville pendant la nuit et fuient devant les soldats du Pape. :
Au milieu de la mélée, Guillemin est tombé pour ne plus se relever : Dieu voulait une victime pure. Ce brave des braves était mûr pour le ciel ; car, le matin, il avait dit à l’aumônier : ‘“ Je me confesserais volontiers, mais je n’ai rien sur la conscience.” Ce héros chrétien n’avait pas peur de la mort.
Que de prodiges cette petite poignée de soldats du Pape . n’a-t-elle pas accomplis pendant cet assaut meurtrier ! C’est alors que le caporal de Jong s’est jeté au milieu des garibaldiens et qui, sans recevoir la moihdre égratignure, en a assommé ou percé quatorze. Epuisé de fatigue, il se jeta à genoux et
attendit la mort avec calme, comme autrefois les martyrs du Colisée. Les garibaldiens, furieux comme des démons, le criblèrent de coups de baïonnette. C'est ce jeune homme qui écrivait, un jour, à sa mère: ‘“ Quand les protestants vous diront que la - chaire de saint Pierre est vermoulue, répondez-leur que cela n’est pas vrai. Dites-leur que Pierre Jong et son cousin Guillaume l’ont vue, et ajoutez qu'elle est solide.” Nous pourrions citer une foule d’autres traits semblables ; mais ces citations retarderaient inutilement notre récit historique. Nous disons inutilement, parce
que nous possédons le témoignage de Pie IX et des officiers de plusieurs armées de l’Europe sur les exploits glorieux des Zouaves Pontificaux depuis Castelfidardo jusqu’à leur licenciement.