PREFACE DE JANUS XXI
époque où on la voit parvenue à sa perfection. Cette hypothèse, si tardivement qu'elle ait été inventée, et malgré la vigoureuse opposition qu'elle a si longtemps rencontrée, comptera toujours un grand nombre de partisans, même dût-elle conserver à l'avenir le rang qu'elle a occupé jusqu'ici d'une simple opinio)i théologique. Elle se recommande, en effet, par son usage commode et facile : elle semble procurer de la manière la plus simple, par la voie la plus courte et avec la moindre dépense de temps, tout ce qui a coûté à l'ancienne Église tant de peines, d'efforts et de siècles. Si, en effet, elle était un jour universellement adoptée comme règle de foi, ce ne serait pas seulement un moelleux coussin sur lequel laïques et théologiens pourraient reposer leur tête fatiguée ou troublée et s'assoupir tranquillement , elle accomplirait encore en matière religieuse, dans le monde des esprits, ce que, dans le domaine du monde matériel, nos machines à vapeur et nos fils électriques accomplissent sous le rapport de l'économie du temps et de la force du travail. Rien ne serait plus économique, rien ne serait plus propre à épargner l'étude et le travail d'esprit, même pour la Cour de Rome. Car la conséquence de ce principe conduirait certainement en peu de temps à réduire la substance de l'infaillibilité à la signature du pape, pour parfaire quelque décret rapidement ébauché par une congrégation ou par un théologien quelconque. On a fait souvent observer que c'étaient surtout des convertis d'Une culture théologique inférieure, mais animés d'un zèle ardent et d'une foi juvénile, qui se donnent volontiers et joyeusement en esclavage spirituel au souverain infaillible des âmes, heureux et ravis de posséder un maître visible, accessible et facile à interroger. Pour eux Christ est si haut et si loin ; l'Église si grande et étendue ; tant de voix s'y font entendre ; d'autre part, elle se montre si muette sur tant de choses que l'on voudrait bien connaître ! Combien phbs aisé n'est-il pas d'obtenir une décision doctrinale d'un pape au moyen d'une pression convenablement exercée ? On n'a, à cet égard, qu'à se rappeler les décisions d'Alexandre Vil en faveur de « l'attrition » inventée peu auparavant; les décrets de Clément XI et de Benoît XIII, et les ressorts qui alors ont été mis en jeu pour les obtenir.