‹ La papautiChapitre 11 sur 178 · XXII PREFACE DE JANUS · texte numérisé non relu

XXII PREFACE DE JANUS

Si l'on érigeait cette doctrine de l'infaillibilité en article de foi, elle anéantirait, d'une partx tout mouvement intellectuel, toute activité scientifique dans VÉgllse catholique, et, de Vautre, élèverait entre cette Église et les communautés religieuses séparées une nouvelle barrière, et celle-là la plus infranchissable de toutes. Il nous faudrait alors renoncer à la plus chère de nos espérances, qu'aucun chrétien ne pourra jamais chasser de son cœur, V espérance d'une réunion future des Églises séparées, d'Orient et d'Occident. Car, quiconque connaît tant soit peu, l'histoire de l'Église grecque et des communautés protestantes, ne pourra supposer sérieusement que jamais vienne un temps où une fraction notable de ces Églises se soumettra volontairement à la domination arbitraire d'un seul homme, encore plus exagérée qu'aujourd'hui, par le dogme de l'Infaillibilité. Le jour où un incendie général des bibliothèques aurait consumé tous les documents historiques, lorsque Orientaux et Occidentaux ne sauraient rien de plus de leur histoire antérieure^ qu'à l'heure présente les Maories de la Nouvelle- Zélande ne savent de la leur, et quand, enfin, de grandes nations auraient, par un miracle, abdiqué entièrement leur tendance d'esprit et leur mode de penser, — alors seulement pourrait s'accomplir un pareil asservissement.

Quelle est la vertu qui, au XV e siècle, a donné aux conciles de Constance et de Baie une si puissante autorité et une influence de si longue durée sur la condition de l'Église ? Rien d'autre sinon la puissance de V opinion publique qui les soutenait .Et si aujourd'hui une opinion publique forte, unanime, en même temps que pénétrée d'une croyance positive,et décidée à empêcher l'avènement de Vultramontanlsme s'éveillait et se manifestait en Europe, ou même seulement en Allemagne, le danger pourrait peut-être encore s'éviter^ malgré les sombres appréhensions que peuvent faire naître la voix des évêques de Mayence, de Saint-Pôlten et de Malines. Aussi notre ouvrage a-t-il pour but de contribuer au réveil et à l'orientation d'une opinion publique. Peut-être son destin sera-t-il celui de la pierre que l'on jette dans l'eau, qui trouble un instant sa surface et disparaît aussitôt, sous le calme qui régnait auyparavant — peut-être, au contraire, agira-t-il comme le filet, qui jeté dans un lac, ramène un riche butin.

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