ROLE EFFACE DES PAPES
excluant de sa communion, à adopter les usages romains, échoua également (8).
La controverse sur la pénitence, sur son application plus ou moins sévère, et sur la nécessité d'exclure à jamais le pécheur pour des fautes particulièrement lourdes, fut débattue au sein de l'Église romaine, comme ailleurs, pendant fort longtemps. On n'aperçoit aucune tentative de Rome pour imposer aux autres Églises les principes qu'elle suivait en cette matière : au iv1" siècle encore, le synode espagnol d'Elvira (306) adopta à cet égard des règles absolument différentes de celle de Rome (9). Cette différence tenait déjà essentiellement a la divergence du dogme.
La controverse qui surgit au milieu du ni" siècle à propos du baptême administré par des hérétiques prit un caractère dogmatique encore plus prononcé : d'elle, au fond, dépendait en effet toute la doctrine de l'Église sur la force des sacrements et les conditions de leur efficacité.
La protestation du pape Etienne (254-257) contre la doctrine des Églises d'Afrique et d'Asie, appuyée sur plusieurs synodes, d'après laquelle le baptême octroyé hors de l'Eglisedans des communautés séparées n'avait aucune valeur, demeura entièrement sans succès. Etienne alla même jusqu'à exclure ces Églises de sa communion : le seul résultat qu'il obtint fut de s'attirer en retour de vertes réprimandes sur son incompétence et son arrogance. Cyprien, aussi bien que Firmilien de Gésarée lui refusèrent tout droit à prescrire une doctrine quelconque aux autres évêques et communautés. Quant aux Églises d'Orient, non immédiatement intéressées au débat, elles conservèrent encore longtemps leurs usages dissidents, sans se préoccuper de la théorie romaine f10J.
A l'égard de cette controverse, saint Augustin a affirmé plus tard que la sentence d'Etienne, si catégorique qu'elle fut, n'avait point été une décision de l'Église et qu'en conséquence, Cyprien et les Africains avaient été fondés à la repousser : c'était seulement le décret d'un grand synode {plenarium, Augustin entend parler du synode d'Arles, en 314) qui avait créé pour tous une véritable et générale obligation d'accepter les décisions adoptées (ll).
Pendant les querelles de l'arianisme qui, plus qu'aucune autre question, occupèrent l'Église, la troublèrent pendant plus d'un
demi-siècle, et firent L'objet des tractations de plus de cinquante synodes, le siège de Rome observa longtemps une attitude passive. Il n'existe, de la longue administration du pape Sylvestre (314-335) pas plus de documents ou de traces d'une intervention doctrinale que de tous ses prédécesseurs durant la période de 2<i9 a 314 ('-). Les premiers, Jules et Lihérius se jetèrent dans la mêlée; mais la confusion ne fit que s'accroître lorsque Jules, dans son synode de Rome, déclara orthodoxe Marcellus d'Ancyre qui professait ouvertement le sabellianisme, et, lorsque Liberius acheta de l'empereur son i-appel d'exil par In condamnation d'Athanase et la signature d'une profession de foi arienne. « Anathème à toi, Liberius! » s'écrièrent alors d'ardents évêques catholiques comme Hilaire de Poitiers. Pendant tout le moyen âge, cette apostasie de Liberius a passé pour une preuve que les papes, tout comme un chacun, pouvaient tomber dans l'hérésie (13). „
Plus tard, surtout après l'issue malheureuse des synodes de Milan et de Sirmium, de Rimini et de Séleucie, lorsque la confiance des fidèles en cet unique moyen de déterminer la doctrine en vint à être violemment ébranlée ; lorsque saint Jérôme pouvait écrire : « Le monde entier a vu avec surprise, par les décrels de ces synodes, qu'il était devenu arien », on se serait attendu à ce que, de toutes parts dans l'empire, les croyants et les Kglises, ébranlés dans leur foi, eussent tourné leurs regards vers Home, rocher de l'orthodoxie, demandant aide et secours à celui qui seul détenait le secret du salut. 11 n'en fut rien cependant. Rien loin de là, au contraire; car pendant toutes les négociations et agitations qui, depuis 359, suivirent les synodes de Rimini et de Séleucie, le nom du pape ne fut pas prononcé une seule fois. C'est seulement quelques années après que l'on aperçoit un signe de vie de sa part, lorsqu'il adopta la conduite du synode d'Alexandrie à l'égard des évêques condamnés à Rimini (**).
Pendant tout le iv° siècle, ce ne furent jamais que des synodes qui décidèrent les questions dogmatiques (15). Et si, à l'occasion, on s'adressait à un évèque romain pour demander une décision, on entendait par là que cette décision découlerait d'un synode convoqué par lui. Lorsqu'en 381, le deuxième synode œcuménique, non pas composa, mais formula pour la première fois le plus important décret qui eût paru en matière de foi, depuis le concile