LE PAPE HONORIUS DÉCLARE HERETIQUE
La grande assemblée de l'Église de Francfort en 794 et les livres karolins rejetèrent et condamnèrent ces décisions. Adrien n'osa se livrer à aucune manifestation et ne riposta que par un essai de réfutation (33). En 824 encore, les évêques réuois au synode de Paris, s'exprimèrent nettement et sans ménagements sur les «absurdités» (absona) du pape Adrien, qui, disaient-ils, avait ordonné une adoration superstitieuse des images (36J.
La controverse sur la doctrine de la prédestination n'est pas moins significative en ce qui concerne la situation des évêques d'Occident de cette époque par rapport a l'autorité papale. Cette dispute, suscitée par le moine Gottschalk, fournit matière pendant dix ans à de nombreux écrits et synodes. Les prélats les plus illustres, Hincmar, Hrabanus, Amolo, Prudentius, Weniloet autres, étaient tous en opposition les uns avec les autres, synode combattait contre synode, et l'on n'apercevait aucune possibilité d'entente. Il ne vint cependant à l'esprit de personne d'en appeler au jugement du pape, quelque disposé que fut alors ce dernier a intervenir dans les affaires de l'Église franque : Gottschalk, seul, lit en dernier lieu une tentative inutile pour obtenir par le pape un adoucissement à son triste sort (37J.
§ 2. — La doctrine des Pères de l'Église.
Pendant les trois premiers siècles, Irénée (38J est le seul qui rattache la prééminence du siège de Rome à la doctrine de l'Église; mais, bien entendu, il ne fait dépendre cette prééminence que de l'ancienneté de cette Église, de sa double origine apostolique, et du fait que la pureté de la tradition y est continuellement conservée et constatée par les fidèles arrivant de toutes les contrées (39). Tertullien, Cyprien (4(l), Lactance ignorent absolument que les papes aient joui de prérogatives particulières et qu'ils aient possédé, en matière de foi et de doctrine, un droit suprême de décision ou même simplement un droit supérieur.
Dans les écrits des Pères de l'Église grecque, Eusèbe, Athanase, Basile le Grand (41), des deux Grégoire de Nazianze et de Nyssa, d'Ëpiphane on ne saurait découvrir un seul mot touchant les
tO LES PREMIERS SIÈCLES DE L'ÉGLISE
privilèges d'un évêque romain. Le plus fécond des Pères grecs. Chrysostome, garde sur ce point un silence complet ; de même, les deux Cyrille ; de même, les latins Hilarius, Pacien, Zenon, Lucifer, Sulpicius, Ambrosius(42); ils sont aussi muets les uns que les autres. Le Romain Ursinus, lui-même, défendant en 440 C'3) l'opinion de Rome sur la question du second baptême, évite de s'appuyer sur l'autorité de cette Église, ou n'ose pas soulenirqu'elle soit décisive, ni même d'un poids particulier.
Les lettres de saint Jérôme au pape Damase de 375 (u) sont écrites dans l'affliction où il se trouvait en Syrie sous l'accusation d'hérésie; il refusait d'employer l'expression reçue là-bas de « Trois Hypostases » au lieu de « Trois Personnes », et, pour cette raison était accusé de sabellianisme. Il pressa, en conséquence, le pape de s'expliquer sur ce terme dans le sens que lui, Jérôme, demandait pour sa justification ; il le fit en assurant hautement et courtoisement le pape d'une soumission absolue à son autorité, mais cependant sur un ton en quelque sorte menaçant (45). Au fond, il place Cyrille de Jérusalem, auquel il adressait aussi sa profession de foi, tout aussi haut que le pape (46). Mais celui-ci trouva l'affaire délicate (il avait de bonnes raisons pour cela) et ne lui rendit aucune réponse. — La célèbre sentence de saint Jérôme: Inter duodecim nnus eligitur, ut capite constituto schismatis tolleretur occasio (47), exprime bien, de la façon la plus frappante, la conception qu'avaient les croyants de ce temps de la destination de la primauté; aujourd'hui, on se ferait une idée beaucoup plus large qu'à cette époque des droits compris dans cette mission de la primauté.
Parmi les nombreux ouvrages (dix in-folios) de saint Augustin, lequel précisément, à lui seul, a plus écrit sur la doctrine de l'Église, sur son unité et son autorité que tous les autres Pères réunis, on ne peut en réalité citer qu'un mot, jeté en passant dans une lettre, à savoir: qu'à Rome le principat du Siège apostolique avait toujours été en vigueur (48). Ceci, du reste, pouvait alors être aussi bien dit d'Antioche, de Jérusalem et d'Alexandrie. Quiconque parcourt l'écrit de saint Augustin sur l'unité de l'Église (lettre pastorale aux Donatistes dissidents) doit trouver incompréhensible, en se plaçant au point de vue des Jésuites sur la doctrine de l'infaillibilité, qu'il ne soit pas dit un seul mot, dans ces soixante-