‹ La papautiChapitre 17 sur 178 · LA DOCTRINE DES PÈRES · texte numérisé non relu

LA DOCTRINE DES PÈRES

quinze chapitres, de la nécessité de l'union avec Rome, comme centre de l'unité. Augustin a présenté les raisons les plus diverses pour persuader aux Donatistes que leur devoir était de se réunir de nouveau à l'Église, et, justement, il ne paraît pas connaître I l'argument qui était à tirer de l'autorité du siège pontifical.

Le même silence se renouvelle dans le fameux Commonitorium de Vincent de Lérins composé en 434. Si, à cette époque, eût existé sur un point quelconque de l'Église une opinion favorable à l'infaillibilité romaine, il eût été impossible à l'auteur de ne point le mentionner, dans un livre qui s'occupe exclusivement des moyens de reconnaître la véritable doctrine du Christ. Il n'indique cependant que les trois signes de critérium, l'universalité, la permanence, le consensus, et en plus, lessynodesœcuméniques.Lepape Pelage Ier lui-même loue en saint Augustin « de s'être souvenu de la doctrine divine qui place le fondement de l'Eglise dans les sièges apostoliques et d'avoir enseigné que ceux-là étaient schismatiques qui se séparaient de la doctrine et de la communauté de ces sièges apostoliques » (49). Ce pape (555-560) ignore également que l'Église romaine soit en possession d'un privilège en matière de doctrine; il indique seulement la nécessité, dans les cas douteux qui s'élèveraient en riiatière de foi, de se conformer à l'enseignement des Églises apostoliques (par conséquent d'Alexandrie, Antioche et Jérusalem conjointement avec Rome) (30).

Nous possédons, en outre, des écrits et des données précises sur les échelons de la hiérarchie dans l'ancienne Église; jamais la dignité papale n'y est indiquée comme un degré particulier de la hiérarchie, jamais elle n'est mentionnée comme une institution subsistant par elle-même dans l'Église. lien est ainsi dans le livre de l'Aréopagitesur la hiérarchie ecclésiastique, composé vers la fin du Ve siècle, où il n'est parlé que d'évêques, de prêtres et de diacres (31). En 631, Isidore de Séville, le célèbre théologien espagnol, décrivant tous les degrés des fonctions de l'Église, divise les évèquesen quatre catégories : patriarches, archevêques, métropolites et évêques proprement dits. Gratien a inséré le long fragment d'Isidore dans son décret, quelque inexplicable que dût lui paraître le fait qu'Isidore précisément n'eût pas mentionné la première et la plus élevée de ces fonctions. En 789 encore, l'abbé espagnol Beatus décrit la hiérarchie d'une manière identique ; Beatus, égale-

ment, ne commit comme dignité la plus élevée clans l'Eglise que les patriarches, parmi lesquels il nomme comme le premier celui de Home (5"2).

Il est un autre fait que le partisan de l'infaillibité se trouve dans l'impossibilité d'expliquer; c'est que nous possédions une riche littérature sur les sectes et hérésies chrétiennes des six premiers siècles (Irénée, Hippolyte ; puis Épiphane, Ph il astre, Augustin; plus tard, Léonce également et Timothée, nous ont laissé des descriptions de ces sectes et hérésies, dont le nombre s'est élevé jusqu'à quatre-vingts) sans qu'il soit rapporté d'aucune d'elles qu'elle ait rejeté l'autorité papale en matière de foi; et, cependant, on relève par exemple, à propos d'Aërius, qu'il a nié l'épiscopat en tant que degré hiérarchique particulier. Se serait-on par hasard universellement donné le mot, pendant des siècles, pour se taire sur cet articulus stantis vel cadentis ecclesiœ (d'après la conception ultramonlaine) ?

Mais tout ceci s'explique, lorsqu'on examine de plus près, chez les Pères, le sens des paroles bien connues du Christ s'appliquant à saint Pierre. Aucun des Pères de cette époque, qui a expliqué exègètiquement (53) les passages de l'Évangile sur la puissance transmise à Pierre (Matth.,XVI, \8, et Jean, XXI, 18) n'en a fait l'application aux évèques de Rome, en qualité de successeurs de Pierre. Combien de Pères ne se sont-ils pas occupés de ces passages, et, cependant, aucun de ceux dont nous possédons encore les commentaires, Origène, Chrysostome, Hilaire, Augustin, Cyrille, Théodoret; ni ceux dont les explications sont réunies dans les Catènes, n'ont désigné, même par une syllabe, la primauté de Rome, comme la conséquence de la mission donnée à Pierre et des promesses qu'il avait reçues. Pas un seul parmi eux (M) n'a interprété la « pierre » ou le fondement sur lequel le Christ veut édifier son Église, comme une charge spécialement conférée à Pierre, et, à partir de lui, transmissible héréditairement; ils n'entendaient par là que le Christ lui-même, ou la foi de Pierre confessée en Christ ; les deux idées se confondaient fréquemment en leur esprit. Souvent aussi, dans leur pensée, Pierre, à l'égal des autres apôtres, était le « fondement », c'est-à-dire, les apôtres, tous ensemble, étaient les douze pierres fondamentales de l'Eglise (Apocal., 21, II) (ri3). Relativement à la concession de la puissance

Page 1