p. 260). — Civiltà, 1868, III
736. (p. 260). — D'abord par Pie IX lui-même et par ses adulateurs avant 1869, et ensuite par les évêques pendant le concile du Vatican. Après le concile, ce langage devint, universel. Pie IX avait déjà fait en 1866 l'application à lui-même du mot : « Je suis la voie, la vérité et la vie. » Depuis on fit formellement allusion avec le mot Incarnation, tantôt à Dieu, tantôt à Christ, tantôt à la puissance divine suprême. Voyez l'avertissement adressé par Mgr. l'évêque d'Or-
léans (Dupanloup) à M. Veuillot, rédacteur en chef du journal l'Univers, 1869, où sont réunis toute une série de témoignages de cette diviîusation du pape. La Civiltà cattolica a dit : Quando egli médita è Dio che pensa in lui. V. encore tout un chapitre entier sur le culte du pape dans Friedrich, KG., I, 493-506 et qui est loin de contenir tous les documents sur cette question. Il est intéressant de noter, que lorsqu'après le concile, Dupanloup annonça dans sa lettre pastorale les décisions du concile, il ne pouvait comprendre ces décisions que par le moyen de la déification du pape : summa potestas sensibilis redditur, dit-il du pape, Roskovàny VII, 722.
— [Il est assez piquant de rapprocher de la doctrine de l'infaillibilité proclamée par Pie IX, celle d'un pape qui fut un des grands personnages de l'ancienne Eglise, saint Léon le Grand. C'est ce qu'a fait Schulte, professeur de Droit canon à l'Université de Prague, dans son petit livre : La puissance des papes romains sur les princes, les peuples, ...etc. (Die Macht der rômischen Pàpste ùber Fùrsten. Lânder, Vôlker, Individuen ...etc., Prag.. 1871.) — Dans une lettre du 17 août 458 à l'empereur Léon (ep. 165, Mansi VI, 349 et suiv. Baller. I, 1353 ; Jaffé, n° 318) le pape Léon écrit : « Promisisse me mrmini, venerabilis Imperator, in causa fldei, de qua clementiam tuam novi pie esse sollicitam, pleniofem humilitatis mex dirigendum esse sermonem ; quem nunc. auxiliante Domino, fideli occasione persolvo, ut sancto pietatis tuae studio utilis, quantum arbitror, déesse non posset instructio. Quamvis entra sciam clementiam tuam hurnanis institutionibus non egere, et sincerissimam de abundantia Spiritus Sancti hausissc doctrinam ; officii met tamen est et patefacere quod intelligis et prœdicare quod credis, ut ignis Me, quem Dominus veniens misit in terram, motu crebrse meditationis agitatus se concalescat, ut ferveat, et sic inflametur, ut luceat... Ut autem pietas tua cum veneiabilium palrum prœdicationibus nos concordaro cognoscat, aliquantas eorum sententias huic credidi subjiciendas esse sermoni. Quibus si digneris attendere recensais, non aliud nos prœdicare reperies, quant quod sancti patres nostri toto orbe docuerunt. nec quemquam ab illis nisi solos impios hxreticos discrepare. His igilur, gloiiosissime et venerabilis Imperator, quanta potui brevitate perstrictis, cum inspirata tibi divinitus fide etiam- nostram pïœdicationem unitam esse cognosce, nec in aliquo nos ab evangetica, apostolicaque doctrina, vel a catholicœ professionis symbolo discrepare, quoniam, sicut docet b. apostolus Paulus, magnum est pietatis sacramentum, quod manifestatum est in carne, justificatum est in spiritu, apparuit angeliis, praedicatum est genlibus. creditum est in hoc mundo, assumptum est in gloria. Quid igilur luœ utilius est saluti ? quid tuae congiuentius pietati ? quam ut paci ecclesiarum Domini tua constitutione pwspicias et in omnibus tibi subditis Dei dona défendus, neque< ulla ratione patiaris per invidiam diaboli ministros ipsius in cujusquam saevire perniciem, ut qui in hoc sseculo temporal» emines regno, in xternum merearis regnare cum Christo. »
Dans cette lettre, dont le pape lui-même a soin de signaler le caractère dogmatique (ex cathedra), Léon attribue l'infaillibilité, non à lui-même, mais à l'empereur (« quoique je sache que ta Clémence n'ait pas besoin des enseignements humains, et qu'Elle ait puisé la
plus pure doctrine dans la plénitude de l'Esprit-Saint »). La foi de l'empereur est garantie par l'inspiration divine ; elle découle directement du Saint-Esprit, et n'a pas besoin des conseils des hommes, le pape y compris. C'est dans la foi de l'empereur, que le pape trouve la garantie de la sienne propre, car, si les évêques ont à exprimer et a déterminer le dogme, la foi de l'empereur est cependant la chose essentielle à connaître : en effet, le pape prouve la rectitude de sa croyance, par son accord avec celle de l'empereur (« Tu reconnaîtras que nos sermons sont conformes à la foi que Dieu t'inspire ») et il termine sa Battre par ces mots : « afin que tu mérites de régner dans l'éternité avec Christ », c'est-à-dire qu'il emploie pour désigner le règne de l'empereur dans le ciel, les mêmes paroles que journellement le prêtre emploie dans la messe pour le règne du Christ avec le Père et le Saint-Esprit. — Et ce n'est pas dans une seule épître, mais dans tout un ensemble de lettres que le pape Léon exprime cette doctrine de l'infaillibilité de l'empereur: — dans celle du 21 mars 458 (Mansi VI, 338 sqq ; Ballerini S. Leonis M. Romi pont, opéra, Venet., 1753, fol. I, 1339 ; Jaffé Reg. num. 315), où il dit à l'empereur, qu'en lui réside l'Esprit-Saint pour le salut de l'Eglise (quid per vos in totïus Ecclesiae salutem Spiritus Sanctus operetur) ; qu'il est l'organe immédiat de Dieu (religiosœ providentiee famulatum) ; qu'il est commis à la garde (custodia) de la foi catholique ; qu'il est imbu de la plus pure lumière de la vérité, et ne chancelle en aucun point de la foi, mais discerne le vrai du faux dans un saint et parfait jugement (unde cum sciam te, venerabilis Princeps, sincerissimo veritatis lumine imbutum, in nulla fidei parte nutarè, sed sancto perfectoque judicio a pravis recta discerna e, et a refutandis amplectenda dividere: obsecro...); que l'EspriJ:- Saint l'empêche d'errer et qu'il obéira à ses ordres (quamvis ergo multum per omnia de pietatis vestrse corde confidam, et per inhabilantem in vobis Spiritum Dei satis vos instructos esse perspiciam, nec fidei vestrx ullus possit error illudere ; prœceptioni tamen vestrae in eo adnitdr obedire... etc.) ; — dans celle du 1" septembre 457 (Bail. I, 1305 ; Mansi VI, 311 ; Jaffé, n° 301) où il se réjouit de ce que le dogme ait été défini d'après la croyance de l'empereur (quod cum ex vestrae fidei sententise fidei sententia saluberrime definitum est) ; — dans celle du 1er décembre 457 (epist. 156. Mansi VI, 323 ; Baller. I. 1321 ; Jaffé n° 309) où il dit à l'empereur que le Seigneur l'a enrichi d'une si grande illumination de son mystère (tanta sacramenti sui illuminatione ditaverit) ; — dans celle encore du 17 août 458, où il attribue la foi de l'empereur à l'enseignement du Saint-Esprit {fidei, in qua secundum eruditionem Spiritus Sancti ipse prœcipue emines) — ainsi que dans une dizaine d'autres épîtres aux empereurs Théodose, Marcien, à l'impératrice Pulchérie, que Schulte a rassemblées dans son curieux travail, et dans lesquelles on retrouve la même doctrine, si contradictoire avec la doctrine pontificale actuelle. Pour le pape Léon, l'empereur est l'instrument immédiat choisi par Dieu pour maintenir ■ la foi et l'unité dans l'Eglise : l'Esprit Saint agit en lui comme dans le concile, conformément aux sources de la Bible (prophètes, évangélistes, apôtres) : l'empereur possède non seulement la puissance royale, mais aussi la puissance cléricale, voire même la puissance apostolique et cette puissance s'étend dans l'éternité. L'empereur
représente le monde laïque et, à la tète de l'épiscopat, l'Eglise entière : il est le chef de l'Église ; pourvoit à l'occupation des évêchés ; convoque les synodes ; confirme leurs décisions ; les évêques, celui de Rome comme les autres, lui doivent obéissance ; s'il n'est plus le divus Augustus, il est toujours le Pontifex Maximus. La façon dont Léon conçoit le rôle de l'empereur, dans ces écrits dogmatiques, qui la plupart traitent des points les plus importants de la doctrine catholique (de l'Incarnation du Christ, entre autres), était du reste celle de l'ancienne Eglise. Saint Cyrille d'Alexandrie, par exemple, tenait l'empereur pour le représentant de Dieu sur la terre, ainsi qu'on peut le voir dans ses Epistolse synodicae, reconnues par le concile général de Chalcédoine comme l'expression de la vraie foi et insérées dans les Actes (liber de recta in dominum nostrum Jesum Christum fide rel. imperatori nuncupatus, cap. 1, Mansi IV, 618). La première Eglise nomme l'empereur « le nouveau David » : elle transporte sur l'empereur chrétien ce que l'Ancien Testament disait de l'Oint du Seigneur, et, dans la consécration des empereurs et des rois, analogue à celle des évêques, est resté jusqu'à nos jours un vestige de l'ancienne conception. De même, la présence des ambassadeurs, des princes au concile de Trente, constituait un faible reste des croyances de l'Eglise des première siècles et du rôle des empereurs aux conciles de 553, de 680, de 767 et de 869. Après la chute de l'empire, les anciennes notions s'affaiblirent en Occident, et à partir de Grégoire VII se changèrent en leur contraire, ou plutôt, l'évêque de Rome les accapara à son profit. Pie IX de nos jours a définitivement rompu avec le monde laïque et a tenu les puissances temporelles en dehors du concile du Vatican. La suppression récente du droit de veto au conclave est la rupture officielle de l'Église avec l'ingérence de César dans les affaires ecclésiastiques. En 1877, Pie IX a promulgué une constitution apostolique abolissant complètement le droit d'intervention des princes dans les délibérations du conclave. (Excluso prorsus et remoto quovis laicae potestatis cujuslibet gradus et conditionis interventu.) Aucun des 700 évêques présents au concile du Vatican n'a relevé la doctrine du pape Léon pour l'opposer à celle de Pie IX. — G-T.]
737. (p. 261). — Le champ où s'exerce l'infaillibilité est défini par le Schéma de Ecclesia, c. 9 (Friedrich, Documenta, II, 90), par l'Encyclique Quanta cura pt par le Syllabus.