‹ La papautiChapitre 173 sur 178 · DIME DE SALADIN · texte numérisé non relu

DIME DE SALADIN

de Wokerest muet sur cette partie. La Sardaigne, le sud de l'Italie, la Sicile étaient impudemment pressurés. Au xviu0 siècle encore, la Sicile avait à livrer une taxe de 11.838 scudi, et la Savoie de 2.000. Les deux contrées ont été soumises à l'impôt jusqu'à nos jours ; Pie IX en 1854 protesta encore formellement contre Victor- Emmanuel, qui avait suspendu le paiement annuel.

Aux impôts permanents, il faut ajouter les tributs irréguliers, tels que la Dîme de Saladin, créée à l'époque des croisades. En 1206, elle rapporta en Angleterre de si fortes sommes à la Chambre apostolique, que le roi Jean se plaignit au pape et lui reprocha de retirer de ce seul pays de plus gros revenus que de tous les autres. En 1272, Edouard Ier obtint de son ami Grégoire Xque le légat lui donnât ou prêtât une petite partie de la dîme de Saladin, prélevée en Angleterre. On lui remit 100 000 marks; le légat emporta le reste à Rome. L'archevêque de Compostelle avait à envoyer chaque année 800 livres pour cette même dîme. En 1300, Boniface VIII ordonna à l'archevêque de Mayence de recueillir cette dîme en Allemagne, Hongrie, Bohême et Pologne pour une prétendue croisade contre les Turcs. Tous les prétextes politiques ou religieux étaient bons pour prélever une contribution occasionnelle. Les papes réclamaient même des dîmes spéciales pour soutenir leurs guerres personnelles. Ainsi Lucien III, en 1183, frappa les Anglais d'une taxe extraordinaire pour l'aider à soumettre ses propres sujets, les Romains révoltés. Au xin* siècle ce devint en quelque sorte une habitude pour les papes que d'imposer les peuples à propos des guerres soutenues contre les Hohenstaufen. En 1248, les Allemands eux-mêmes furent frappés d'une contribution de guerre dirigée contre leur propre empereur Frédéric II. Quand Urbain V, en 1367, projeta de transférer la curie d'Avignon à Rome, il imposa pendant trois ans une dîme spéciale à toute la chrétienté. L'énumération que fait Woker des prodigieuses exactions commises parles papes au moyen âge, et particulièrement en Allemagne, donne une très haute idée de la patience des peuples européens dans les siècles passés.

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