OFFRANDES VOLONTAIRES
Toutes ces contributions, régulières ou irrégulières, étaient perçues avec une rigueur inexorable. L'excommunication suivait de près le retard ou le refus de l'impôt. Godefroy, évèque de Passau, par exemple, fut excommunié en 1357, pour n'avoir pas payé assez rapidement sa dîme. L'évèque de Toul, en 1287, fut déposé pour avoir résisté à un légat qui réclamait la dîme. En général, les tributs réguliers étaient collectés par les évêques et les dîmes occasionnelles par des légats spéciaux. Parfois de simples marchands, revêtus pour la circonstance de la qualité de nonce apostolique, recueillaient l'impôt, armés de pleins pouvoirs pour lancer l'excommunication sur les récalcitrants. Les confesseurs avaient ordre de refuser l'absolution si le pénitent n'avait pas acquitté sa dette, Denier de Saint-Pierre ou autre. Six fois dans l'année, le prêtre du haut de la chaire prononçait l'excommunication contre les délinquants et les décrets du ban étaient affichés à l'autel.
Parmi les impôts irréguliers, mais également rémunérateurs, il faut citer ceux que Rome prélevait à l'occasion d'événements particuliers, tels qu'élection d'un pape, nomination à un emploi, fêtes, inaugurations, etc., etc.. Dans les cas de ce genre, elle exigeait des fidèles des dons « volontaires », auxquels personne n'osait ou ne pouvait se soustraire. Les grands personnages de la chrétienté étaient tout spécialement mis en coupe réglée: avènement de rois, mariages de princes, tout était prétexte pour obtenir d'eux un hommage tangible de leur dévotion au saint père. Les ambassadeurs des puissances, les envoyés des grands ordres religieux étaient soumis à de véritables extorsions de la part de la curie.
On possède les rapports confidentiels qu'adressaient, au xve siècle à leurs grands maîtres les envoyés de l'ordre Teutonique, et dans lesquels ils se plaignent des sommes énormes qu'ils sont forcés de donner à tout propos, à toute occasion. Pour oblenir ou conserver les bonnes grâces du pape et des cardinaux, les envoyés sont incessamment obligés de donner,sous le nom de cadeaux, de véritables fortunes en argent, en objets précieux, en chevaux, etc. Ils se ruinent, sans parvenir à satisfaire l'insatiable curie. L'un d'eux, criblés de dettes, contractées pour dons au saint Père, voit saisir son hôtel par les créanciers et est réduit à loger dans une pauvre chambre, où il devient la risée de ceux qui l'ont spolié. Un autre,