NOUVELLES INVENTIONS
temporelle, l'une, maniée par lui en personne, l'autre par les rois et les guerriers, mais sur son signe et sa permission ; qu'il jugeait chacun et oe pouvait être jugé par personne, puisqu'il ne devait de comptes qu'à Dieu seul ; enfin, que celui qui ne croirait pas que toute créature humaine fut soumise au pape, comme il l'indiquait, serait exclu du salut éternel (*"). Boniface étant obligé pour justifier l'origine biblique de ses apophthegmes, de torturer violemment les textes les plus clairs de l'Écriture, fut même à cette époque l'objet de l'étonnement et de la raillerie de ses contemporains (*").
S 5. — Nouvelles inventions. — Serment d'obéissance des empereurs.
— Institution des légats. — Exemptions. — Dispenses. — Pallium — Plenitudo potestatis. — Appels. — Collation des bénéfices.
— Serment des évêques.
Depuis que le Saint-Siège avait été transféré en France, et qu'a Avignon la curie était devenue française, aussi bien par son personnel que par sa tendance politique, la dogmatique juridique des papes se dirigeait principalement contre l'empire germanique. La politique papale depuis un siècle avait eu pour but immuable de briser la puissance et l'unité de l'empire en Allemagne comme en Italie. Clément V (1305-1314) déclara, « au nom de son autorité apostolique », que tout empereurdevait prêter au pape un serment d'obéissance, de sorte qu'il ne lui était pas permis de conclure une alliance avec un prince que le pape aurait en suspicion (***).
De même, vis-a-vis des empereurs grecs et des patriarches, les papes invoquaient L'indubitable article de foi d'après lequel la plénitude de la puissance temporelle, aussi bien que de la puissance spirituelle, leur revenait, tout au moins, dans la chrétienté entière. Après Grégoire IX, Grégoire X (1 271-1 276) disait : « Xous le savons par la lecture de l'Evangile. » — « Christ, écrivait Innocent III au patriarche de Constantinople, a transmis aux papes la charge de gouverner non seulement l'Église universelle, mais le monde profane tout entier. » Et comme preuve concluante, il avançait que Pierre un jour avait marché sur la mer : or, la mer signifiait les niasses populaires ; par conséquent il était clair que le successeur de Pierre était en droit de gouverner les peuples ("5).
<i2 LE MOYEN ACE
On était parvenu à extraire peu à peu du sxsteme grégorien un' principe fécond en conséquences; on prétendait que tout individu baptisé devenait, par le seul fait de son baptême, sujet du pape, el était obligé, avec ou sans son consentement, de rester tel sa vie durant. Tout chrétien, même baptisé en dehors de la communauté du pape, non seulement se trouvait soumis à l'ensemble (\o< lois papa les (quoique ici il faille supposer que cet individu l'ignorait, et qu'en certains cas concrets, son innocence put lui servir d'excuse), mais encore, il appartenait au pape de lui demander compte de tout grave péché et de le punir, conformément a la progression d'une échelle pénale, aboutissant en dernier lieu a la peine de mort. Car, celui qui a désobéi à un ordre du pape est déjà en soi un hérétique, ou tout au moins bien près de l'hérésie : le pape alors peut l'excommunier pour chaque transgression. S'il demeure un an au ban de l'Église, sans mériter l'absolution par son entière soumission aux ordres du pape, il est déclaré hérétique et encourt la confiscation de ses biens et la mort.
Afin de détruire radicalement l'ancienne constitution de l'Église et l'administration régulière des diocèses par les évêques, le système des Légats devint, depuis l'époque d'Hildebrand, une institution permanente. Tantôt chargés de la mission générale de visiter les Églises, tantôt de missions spéciales, mais toujours armés de pouvoirs illimités et ayant pour programme de rapporter au delà des Alpes de grosses sommes d'argent, les Légats parcouraient tous les pays d'Europe, escortés d'une suite d'avides Italiens. Brisant toute résistance au moyen de l'excommunication et de l'interdit, ils convoquaient par force des synodes auxquels ils dictaient leurs décisions (226). Les contemporains terrifiés comparaient l'apparition d'un légat aux calamités publiques, a la grêle, à la peste (*-T). Plaintes, appels a Rome même, rien n'aidait, car les papes avaient établi en principe de faire, avant tout, respecter l'autorité de leur légat.
Le pape, d'après le nouveau droit, n'est pas seulement le législateur suprême de l'Église, il est encore au fond le seul législateur. Ainsi que l'a dit un des papes, Boniface VIII, le Saint-Père porte « dans la poitrine » (228) tous les droits, et en tire de temps à autre ce qu'il juge convenable aux besoins du monde et de l'Église. Il en est résulté qu'un seul pape du xin* ou du xivc siècle.