‹ La papautiChapitre 30 sur 178 · EXEMPTIONS, DISPENSES · texte numérisé non relu

EXEMPTIONS, DISPENSES

un Innocent III, Grégoire IX ou Jean XXII, a fait plus de lois que cinquante des anciens papes réunis. Les idées du Bas-Empire romain sur la toute-puissance des anciens empereurs ont exercé ici une grande influence. Aussi, les papes ont-ils donné à leurs ordonnances les mêmes dénominations qu'avaient portées les lois impériales : Rescrits et Décrets. Et, de même que le pape, en sa qualité de maître suprême, donne les lois, de même, il peut les abroger sans retour ou les suspendre dans des cas particuliers: lui. et lui seul, peut dispenser des règles en vigueur, que ce soient des canons de conciles ou des ordonnances pontificales (-59). Les canonistesont même souvent transgressé la limite qu'on assignait habituellemel au pape, a savoir qu'il ne pouvait pas dispenser de l'observation d'un commandement divin : ceci s'est particulièrement produit depuis qu'Innocent III, en déclarant que le pape pouvait à son gré dissoudre les liens du mariage, et ceux encore plus sacrés de l'évèque avec son diocèse, avait frayé la route à l'idée que la dispense des lois divines (au moins de quelques-unes) rentrait dans la sphère du pouvoir papal.

Aussitôt que le pape promulguait quelque nouvelle loi, la curie calculait ce que lui rapporteraient les nouvelles dispenses rendues nécessaires ; on reconnaît en effet dans bien des lois que i'arrièrepenséede ce commerce des dispenses a concouru a leur confection. Il en a été de même avec les exemptions, c'est-à-dire pour des privilèges qui libéraient de la puissance de l'évèque; car, chaque couvent ou établissement religieux qu'on exemptait avait à pa\er pour cette exemption un tribut annuel à Rome : l'intérêt de la curie était donc de troubler et de contrarier le pouvoir épiscopal partout ou il cherchait à se manifester. Aussi, un évèque, qui voulait s'occuper sérieusement de l'administration de son diocèse, se voyait-il à chaque pas entravé, et comme entouré dans son propre pa\s de forteresses ennemies impénétrables pour lui : toujours en danger de tomber sous le coup d'une suspension ou d'une excommunication papale, s'il violait un des prisileges de Rome, l'évèque avait sans cesse à redouter d'être cité devant le pape; chaque cloître, chaque collège veillait ombrageusement sur ses privilèges et exemptions et voyait dans les évèques ses ennemis naturels. Et, de même qu'évèques et corporations guerroyaient entre eux, de même, le clergé paroissial n'apercevait dans ces

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moines mendiants que des adversaires etdes rivaux dangereux; ces moines étaient les fils préférés des papes; richement dotés de pouvoirs et de privilèges, ils accaparaient sans trêve ni repos toutes les fondions lucratives et, au détriment de l'église paroissiale, attiraient le peuple dans leurs propres chapelles.

Les membres de la curie, fait déjà remarquer Jean de Salisbury('2'°), ont tous un trait commun de ressemblance : ils tiennent pour hérétique ou schismatique quiconque n'adhère point à une doctrine admise à Rome. La curie voulait déjà être infaillible avant même que les papes ne se considérassent comme tels ; elle croyait cette égide indispensable à la conduite de ses affaires.

Les papes, en octroyant le pallium, avaient fait l'expérience, bien souvent renouvelée depuis lors, de Paltraclion irrésistible qu'exercent sur les hommes en général, et tout particulièrement sur le clergé, les titres honorifiques, les décorations, les signes distinctifs dans la couleur ou la coupe des vêtements : ils avaient compris qu'il fallait les compter parmi les moyens les plus puissants pour dominer. Depuis le vc siècle, les papes avaient accordé le pallium à ceux des archevêques qu'ils désignaient comme vicaires de leur pouvoir patriarcal (231) ; au vin0 siècle, on en avait surtout gratifié les métropolites; parfois, cependant, certains d'entre eux se refusaient à l'accepter de Rome aux conditions proposées par elle, ainsi que le montra la conduite des archevêques franks à l'égard de Boniface, trop zélé pour les intérêts romains (s:,s). A la suite des inventions du pseudo-Isidore, dont l'action destructive s'exerça surtout sur le pouvoir des métropolites, les papes qui fondèrent le nouveau système comme Nicolas Ier, Jean VIII, Grégoire VII, émirent désormais la prétention de s'opposer à ce qu'un métropolite remplit aucune fonction ecclésiastique avant d'avoir reçu cette distinction honorifique. Il en découla que Ton attribua à ce signe une puissance mystique secrète, et lorsque Pascal II, et après lui le droit des Décrétales et tous les papes dirent : « La plénitude du sacerdoce suprême y est attachée », on fut forcé d'en conclure que cette fonction était une émanation delà toute-puissance papale. L'idée que le pouvoir métropolitain ne devait être qu'une délégation de celui du pape fut cependant contredite par les faits : car, d'une part, les papes (surtout depuis le xnic siècle) s'approprièrent les droits les plus importants et les plus précieux des métropolites,

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