‹ La papautiChapitre 36 sur 178 · LE COLLÈGE DES CARDINAUX 8;J · texte numérisé non relu

LE COLLÈGE DES CARDINAUX 8;J

papales, que l'on faisait passer avant l'Écriture Sainte, étaient une source de corruptions (*").

On voit de quel profond regard, Roger Bacon, ce génie merveilleux, pénétrait les causes de la corruption, alors invisibles au vulgaire ; et cependant, pour lui comme pour chacun, ce ne pouvait être qu'en vertu d'un pressentiment instinctif; car toute certitude positive était impossible sans connaissances historiques et aptitude critique, irréalisables à ces époques. Mais il croyait, et beaucoup l'espéraient avec lui depuis quarante ans (environ depuis 1225), que les évévements amèneraient bientôt une purification de l'Église, consistant essentiellement dans une transformation du droit canon, et que provoquerait un pape pieux, aidé peut-être aussi par un bon empereur, agissant de concert avec lui (300).

Les ceux piliers de la nouvelle papauté étaient le Collège des cardinaux et la curie ; ces deux corporations ont su parfois imposer des chaînes aux papes eux-mêmes et les ployer à leurs intérêts. Le collège ou Sénat des cardinaux se forma au moment où s'accomplissait la rupture, mi-consciente, mi-involontaire, de la papauté, avec l'ancienne organisation ecclésiastique; il devint un collège électoral, lorsque en 1039 on lui transféra le droit d'élire le pape. Les cardinaux, grâce aux légations et à leurcollaboration à un pouvoir désormais illimité, s'élevèrent bientôt à une hauteur de laquelle ils regardaient dédaigneusement les évêques,qui cependant au xr siècle encore, avaient eu le pas sur eux aux Conciles. Dès l'origine, en 1054, alors que le nouveau système du papalisme était encore dans les douleurs de l'enfantement, les cardinauxévèques réclamèrent la préséance sur les archevêques; toutefois, en 1196, les archevêques précédaient encore les cardinaux-évèques. Ce ne fut qu'au synode de Lyon en 1245 que se décida la préséance de tous les cardinaux, cardinaux-prêtres et diacres, sur tous les évèques de la chrétienté; elle ne fut plus dès lors contestée par personne. Peu à peu, ou en arriva si loin, que les évêques ne furent plus admis à parler aux cardinaux qu'a genoux et que ceuxci les traitèrent comme des laquais (3(H).

Ce n'était pas sans intention que les Grégoriens Anselme et Grégoire de Pavie, et Gratien à leur suite, avaient inséré dans leurs livres de droit les passages connus de saint Jérôme, où celui-ci avançait qu'à l'origine les évêques et les presbytes étaient égaux,

et où il réduisait la prééminence des évêques à un simple droit de coutume. Ces architectes peu clairvoyants du système papal ne se rendirent point compte qu'ils sapaient ainsi par la base la primauté romaine; ils n'avaient en vue que d'assurer le premier rang aux cardinaux, et, par là, de frayer la voie à la domination de la curie et d'élever le système papal sur les ruines de l'ancien système épiscopal (302). Gratien étant, au fond, la seule source où l'on puisât les notions sur l'Église et sur la hiérarchie, les évêques furent amenés vers la fin du xme siècle, à se faire nommer cardinaux-prêtres, et même à considérer comme un avancement cette chute de l'épiscopat à la prêtrise, qu'on eût envisagée comme une monstruosité dans les dix premiers siècles de l'Église. Ceci était d'accord avec le système, à l'heure où fiorissaient les exemptions, où toutes les lois de la vieille Eglise étaient perverties, où les liens du diocèse étaient dénoués, où l'administration régulière de la cure était bouleversée par des moines mendiants, errant de tous côtés.

La balance oscilla longtemps dans l'Église romaine entre le principe oligarchique de la prépondérance des cardinaux et l'absolutisme papal. Il s'est trouvé des papes qui ont imposé leur politique française, malgré la résistance des cardinaux italiens, comme Martin IV, Clément V ; des papes, devant lesquels les cardinaux osaient à peine lever les yeux ou proférer une parole, comme Boniface VIII, Paul IV ; des papes, qui ont fait périr des cardinaux, comme Urbain VI, Alexandre VI, Léon X. Mais, en général, le collège des cardinaux, auquel le pape était redevable de son élection et dans lequel se conservaient les traditions et les intérêts de la papauté, demeura le pouvoir dirigeant. Il veillait à ce que le pape n'abandonnât rien des principes adoptés, ni de la pleine puissance acquise par Rome, et prenait, en fait et en droit, une part importante au gouvernement de l'Église. Il s'arrangeait de façon à ce que dans beaucoup de cas, le pape ne fût que l'exécuteur de ses propres volontés et de ses décisions. L'art pratiqué plus tard et de nos jours encore, par certains papes de s'adjoindre deux ou trois cardinaux du même avis qu'eux et d'empêcher les réunions du Collège pour réaliser des projets qui répugnaient à la grande majorité, ne fut guère mis en œuvre au xmc siècle, sinon sous Martin IV. Mais Boniface VIII, Clément V, Jean XXII, et les papes de la seconde moitié du xv* siècle, comprenant la valeur de cette tactique, l'em-

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