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LUTTES ENTRE LES PAPES ET LES CARDINAUX

ployèrent presque tous énergiquement et avec d'autant plus de succès, que la plupart des cardinaux se trouvaient toujours entre leurs mains par l'octroi des bénéfices et des gros émoluments.

En réalité, la lutte entre la pure monarchie absolue et l'oligarchie dura deux siècles. Les cardinaux voulaient bien que le pape exerçât au dehors sur les Églises nationales un pouvoir illimité, mais ils cherchaient à le lier par une Capitulation d'élection f303), et par un condominium légal au nom de la curie. En 1353, déjà, Innocent VI avait repoussé de pareilles Capitulations, sous le prétexte que la puissance papale, donnée dans toute sa plénitude par Dieu, ne supportait aucune restriction. Nonobstant, on renouvela toujours la tentative. On rédigeait aux conclaves une série d'articles que l'élu jurait immédiatement après son élection, et avant sa consécration. Ces articles étaient, en partie, calculés dans l'intérêt des cardinaux (comme par exemple le partage des revenus entre le pape et les cardinaux, et l'inamovibilité de ces derniers), en partie, ils avaient pour but d'assigner une limite aux folles dissipations et aux abus de pouvoir des papes, en rendant nécessaire l'assentiment des cardinaux. Eugène IV souscrivit à ces articles mais en réalité ne s'y soumit pas toujours (30S). Pie II avait prêté un serment analogue, avait même juré de réformer la curie romaine ; mais, il fallait a tout prix garder secrètes ces Capitulations, car, en elles-mêmes, elles offraient déjà une assez triste image du mauvais gouvernement de l'Église, et si on les eût connues, de toutes parts se fût élevée, s'ajoutant aux autres graves accusations, celle de parjure, contre les papes de ce temps.

Aussi Pie II, en dépit des articles jurés, se conduisit-il avec autant d'arbitraire que ses prédécesseurs (305). Pourtant le serment, que Paul II en 1464 dut prêter dans le conclave, fut encore augmenté de plusieurs articles. Il s'obligeait à se faire donner lecture publiquement tous les mois des dits articles ; il s'engageait, en outre, à permettre que les cardinaux se réunissent deux fois par an. pour délibérer sur la façon dont le pape avait tenu son serment. Mais bientôt Paul, d'accord avec ses flatteurs, trouva que sa liberté comme pape était par trop limitée. Il rompit donc sa foi jurée, et contraignit ou persuada les cardinaux de signer, sans la lire, une nouvelle Capitulation absolument transformée. Il retint de force le cardinal Bessarion, qui essayait de s'évader delà salle où ils étaient

réunis, et lui arracha sa signature en le menaçant de l'excommunication. En échange de ce sacrifice, il donna aux cardinaux une nouvelle coiffure, un bonnet de soie avec un capuchon rouge, qui n'avait été jusque alors porté que par les papes (306). Ce précédent n'empêcha pas les cardinaux de dresser une nouvelle Capitulation après la mort de Sixte IV. pour la faire jurer au nouveau pape. Ici encore dans cet acte, les cardinaux avaient pris à cœur leurs intérêts et leur enrichissement aux dépens de toute discipline et du bon ordre dans l'Église. Innocent VIII s'empressa de jurer la Capitulation et de violer son serment (307).

La même comédie se reproduisit avec Jules II en 1503. Les papes juraient de réunir au plus tôt un concile œcuménique, et l'on vit, pendant près d'un siècle, se renouveler une lutte dans laquelle les cardinaux réclamaient une part plus grande au gouvernement de l'Église et à ses profits, tandis que les papes, en pleine jouissance de leur despotisme, n'entendaient point se laisser imposer des entraves. La victoire, en dernier lieu, et il ne pouvait pas en être autrement, demeura aux papes ; dans le cours du xvi° siècle, les cardinaux perdirent de nouveau 1rs droits auxquels ils avaient jusque alors prétendu: ils redevinrent de simples conseillers, dont le pape était libre de demander ou non l'avis, mais dont l'opinion ne le liait en rien.

On croirait que les papes, a près a voir in venté, depuis Grégoire VIL tant de formules sacramentelles pour emmailloter la conscience humaine et tout courber sous leur joug, étaient les jouets d'une Némésis, qui les contraignait à prêter eux-mêmes des serments, pour les violer régulièrement aussitôt après. Au reste, on se demande comment les mêmes cardinaux, qui élisaient coup sur coup un Sixte IV, un Innocent VIII, un Alexandre VI, et par des choix pareils manquaient eux-mêmes à leur serment, étaient assez naïfs pour croire qu'un pape accepterait réellement, en vertu d'une Capitulation jurée lors de son élection, de renoncer aux séductions d'un pouvoir illimité. Mais que la victoire demeurât au pape, c'était peut-être là le moindre mal ; car le despotisme d'une oligarchie est en général plus écrasant que celui d'un seul homme.

L'influence des cardinaux a été, sans contredit, excessivement funeste pour la société religieuse. Leurinstitution était une création tardive artificielle, un organe hétérogène ajouté mille ans après la

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