LE PSEUDO-CYRILLE
Thomas sont que le pape est le premier docteur infaillible du monde, et le souverain absolu de l'Église (40°). Le fictif Cyrille d'Alexandrie est en cette matière son auteur de prédilection, et celui qu'il se plaît sans cesse à citer.
On a cru excuser le fait que Thomas d'Aquin, et la scolatisque après lui, se soient laissé tromper par une longue série de témoignages grecs apocryphes et convertir à la théorie de l'infaillibilité papale, par la défaite suivante : Thomas, a-t-on dit, a été certainement dupé par les inventions qu'il a reproduites ; mais alors même, il s'est cependant appuyé sur l'Écriture Sainte, c'est à-dire sur les deux ou trois textes bien connus du rocher, des clefs et de la prière pour la foi de Pierre. C'est vouloir se raccrocher à un brin de paille. Certainement tous ceux qui ont écrit en faveur des prétentions de Rome ont fait, sans exception, usage de ces textes, susceptibles à volonté d'une extension indéfinie. Mais le théologien catholique, dans l'interprétation de l'Écriture, est essentiellement obligé de suivre la tradition ; il est lié au consentement des Pères et, lorsque, ainsi que Thomas et d'autres après lui l'ont fait, il produit, avec les passages de la Bible, les fausses citations des Pères et des décrets des conciles à l'appui de sa théorie, il coule de source que ce sont ces fictions elles-mêmes qui l'ont conduit à attribuer un sens inexact aux passages de la Bible. D'autant plus que le sens donné par les modernes à ces passages est précisément le contraire de la toute primitive interprétation exposée dans les écrits authentiques des Pères (*01).
On sut aussitôt apprécier, à la cour du pape, tout le profit que l'on pouvait retirer de cette nouvelle méthode, consistant à faire passer dans la dogmatique et à ériger en doctrine théologique ce qui, jusqu'alors, n'avait été enseigné que par les juristes dans les livres de droit. Jean XXII, dans son enthousiasme, prononça le mot devenu célèbre : Thomas a fait autant de miracles qu'il a écrit d'articles ; on peut donc le canoniser, quoiqu'il n'ait point accompli de prodiges sensibles; et dans sa bulle, le pape affirmait que Thomas n'avait pu écrire ses ouvrages sans une infusion spéciale de l'Esprit divin. Innocent VI prétendit même que celui qui contestait une doctrine de Thomas, devenait par cela seul déjà suspect (4°2).
En réalité, la nouvelle tradition grecque était, au moment de
son apparition, beaucoup plus urgente et opportune en Occident qu'en Orient. C'était l'époque où se déversait sur les Églises d'Occident le torrent des Ordres nouveaux, dont toute la dotation consistait dans la mendicité, dans le confessional, et dans la dispense des privilèges pontificaux, c'est-à-dire la publication des indulgences et l'absolution des cas réservés au pape. Précisément, en 1215, au grand synode de Rome, Innocent III venait d'ordonner que tout chrétien se confessât une fois par an à son propre curé, sans la permission duquel personne ne pouvait absoudre. Peu de temps après, le Saint-Siège décida d'installer dans tous les diocèses et dans toutes les cures, à côté des évèques et des curés, les nouveaux moines, ses créatures dévouées et ses instruments immédiats, armés de pleins pouvoirs. La loi de 1215, relative au a propre curé », dut être abrogée au moyen de privilèges en faveur des nouveaux pères confesseurs errants, qui gagnaient principalement leur vie parle confessionnal. Dès lors, la théorie de l'évèque universel, en vertu de laquelle ce dernier pouvait intervenir directement dans toute l'Église et exercer sa propre puissance concurremment avec celle de l'ordinaire, devenait indispensable. Ce titre, que Grégoire le Grand avait repoussé avec horreur, reçut désormais la signification la plus étendue; et Thomas, puisant encore dans le trésor de ses nouveaux apocryphes, affirma que le concile de Chalcédoine avait décerné ce litre au pape (403j. La lutte s'engagea avec une grande violence, sur plusieurs points, contre les privilèges accordés aux nouveaux Ordres.
Innocent IV, en 1254, avait cherché à protéger les curés et les évèques contre l'invasion de ces moines errants toujours prêts à donner l'absolution. On lui avait fait comprendre que la discipline de la pénitence déjà ébranlée par la guerre religieuse et par le système des indulgences finirait par sombrer complètement si l'on continuait de la sorte. « 11 est apparu, dit le pape, que par cette pratique l'action des curés a été absolument paralysée; qu'on n'a plus pris souci des âmes ; que le peuple a appris à mépriser ses prêtres et n'a plus conservé la moindre honte, puisqu'il lui est si facile de s'accommoder avec le péché, au moyen d'une absolution que jette en passant un moine qui disparait aussitôt et qu'on ne reverra peut-être jamais dans le pays (40')- » Mais l'ordonnance de ce pape qui interdisait aux moines de s'introduire dans le confes-