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FALSIFICATIONS DE L'HISTOIRE

française. Le lien de vassalité contracté par les Normands ne suffisait pas à justifier en droit les actes des papes ; il fallait donc inventer un nouveau titre juridique. Aussi Tolomée nous apprendil que l'empereur Constantin avait fait don tout particulièrement de ce royaume au pape, comme d'un « manuel », dont il pouvait disposer librement (i31). Son histoire de l'Eglise est tout entière conçue suivant les besoins qu'éprouvaient la curie et l'ordie des Dominicains en l'an 1313. L'auteur débute par les mots : Le premier pape a été le Christ, et il reste iidèle à ce programme. Le second pape a été Pierre, qui a fondé par ses disciples toutes les églises principales en Italie et en Gaule.

C'est encore Tolomée, qui, dans l'intérêt des papes, a, le premier (132), répandu la fable de l'investiture des princes électeurs par le pape Grégoire V en l'an 995. C'était le complément de la théorie de la translation imaginée par les papes Alexandre III et Innocent III. Ce sont les papes, déclarait Innocent, qui ont enlevé l'empire aux Grecs et l'ont donné aux Franks, et ils l'ont fait dans leur propre intérêt, alin de s'assurer une protection plus efficace (433). Avec Charlemagne, dit Tolomée, l'empire des Grecs, sur l'ordre de l'Église, a pris fin (434).

Boniface VIII amena même le roi allemand Albert à reconnaître formellement que c'étaient les papes qui avaient transmis l'Empire; eux qui avaient concédé à certains princes le droit d'élection ; eux qui conféraient aux rois et empereurs le pouvoir du glaive temporel (435). Bientôt, à ce qui précède, s'ajoutèrent les nouvelles prétentions que Clément V afficha le premier; à savoir, que, lorsque le trône impérial devenait vacant, le pape succédait à la puissance impériale et que chaque empereur était tenu de lui prêter un serment de vassalité, prétentions dont Jean XXII se servit aussitôt dans sa lutte contre l'empereur Louis. Il en déduisait, comme dernière conséquence, que, pendant la vacance de l'impérium, il était, en qualité de pape, l'administrateur de l'empire (436) : il mit immédiatement sa théorie en pratique contre l'empereur. Pour atteindre de pareils résultats, Gratien et les Décrétâtes n'étaient plus suffisants; la curie se vit donc obligée d'ajouter à la nombreuse classe des juristes de cour et à celle des théologiens de cour, comme Trionfo et Aegidius Columna, les historiographes de cour et d'appeler à la rescousse les Martin et les Tolomée.

A l'égard de certains pays et de certaines Eglises nationales, on eut, en outre, besoin de fictions spéciales, afin d'altérer leur histoire à la plus grande gloire du système papal. Ce procédé fut appliqué d'une façon efficace à l'Espagne : on employa ici la falsification historique d'après un plan plus méthodique que dans toute autre contrée.

L'ancienne Église espagnole, sans méconnaître toutefois la primauté du siège romain (43~), avait cependant maintenu à son égard une situation autonome. Les synodes de cette église, tenus avec une grande régularité, exerçaient la juridiction sur les évèques et les métropolites. Par occasion même, ils se prononcèrent contre les papes en matière de foi doctrinale. Tel fut en particulier le cas du synode de Tolède de 688, qui non seulement soumit la lettre du pape Benoît à une sévère critique, mais encore lui reprocha durement à lui-même «de contredire d'un front impudent les Pères» (438). A l'époque de l'invasion arienne, jusque vers la fin du xi' siècle (439), l'Église espagnole avait eu sa vie propre et indépendante : l'influence de Rome ne s'y fit que rarement sentir, et seulement à de grands intervalles. Au commencement du xn" siècle encore, l'archevêque Diego Gelmirez, un avocat zélé du système grégorien, témoigne qu'aucun évèque espagnol (dans le siècle précédent) n'obéissait alors à l'Eglise romaine, ou ne lui payait tribut, et que l'Eglise espagnole suivait, non la loi romaine, mais celle de Tolède (uo).

Tout ceci vint à changer en faveur de Rome, grâce à l'influence des moines de Cluny, qui prirent possession de cloîtres et de sièges épiscopaux, et grâce h l'activité de certaines reines françaises ou à la politique de quelques rois cherchant un point d'appui à Rome. Grégoire VII prétendait déjà que l'Espagne entière, depuis toute antiquité, était une propriété du Saint-Siège, de même qu'il se croyait autorisé à réclamer la Hongrie, la Russie, la Provence et la Saxe (141). Quoique cette revendication n'eut aucune suite, on réussit en 1085 a supprimer le rite mozarabique et à introduire celui de Rome. Un moine français de Cluny devint archevêque de Tolède et, pendant un siècle et demi, jusque vers le milieu du xni', on travailla, avec une persévérance soutenue, à la soumission de l'Eglise d'Espagne. Parmi les moyens mis en œuvre, il faut compter les fictions historiques qu'élaborèrent d'abord l'évèque Pelayo d'Oviedo, puis l'évêque Lucas de Tuy. Le premier

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