‹ La papautiChapitre 48 sur 178 · FALSIFICATIONS DE L HISTOIRE \M · texte numérisé non relu

FALSIFICATIONS DE L HISTOIRE \M

a falsifié la chronique de Sampiro (44-), a inventé une ambassade de l'Eglise espagnole à Jean VIII, des décrets de ce pape, un synode tenu sur son ordre à Oviedo et autres faussetés. Les inventions de Lucas sont de plus grande envergure et encore plus calculées; celui-ci a singulièrement accommodé l'ancienne histoire de l'Espagne. Afin de prouver que l'Eglise espagnole était depuis les premiers temps dans l'absolue dépendance de Rome, il a fait de l'archevêque Léandre un légat du pape et falsifié toute l'histoire d'Isidore dont il fait un vicaire du pape Grégoire (443). Il explique les malheurs de l'Espagne et la chute de l'empire des Goths au moyen d'une histoire absolument fabuleuse, fruit de son imagination, d'après laquelle le roi Witiza aurait défendu, sous peine de mort, au peuple espagnol, d'obéir au pape (444).

En regard, dans la théologie, depuis le début du xivc siècle, les citations du pseudo-Cyrille et les faux canons des conciles conservaient leur prestige, protégés contre tout soupçon par Thomas, leur caution. Par un hasard singulier, aucun ouvrage consacré à l'exposition du système papal n'avait paru depuis le livre de Trionfo (1320) jusqu'en l'an 1450. Mais, à ce moment, la lutte entre le synode de Bàle et le pape Eugène IV fit surgir le livre du cardinal Torquemada, ainsi que quelques autres de moindre importance. La plaidoirie de Torquemada, qui passa jusqu'à Bellarmin pour l'apologie par excellence du système papal, reposait entièrement sur les fictions inventées depuis pseudo-Isidore et tout particulièrement sur le faux Cyrille. Méconnaître l'autorité de Thomas, s'écrie le cardinal, passe encore, mais ne point tenir compte du témoignage de Cyrille, voilà ce qu'on ne saurait tolérer. Le pape est infaillible ; le pouvoir des autres évêques n'est qu'une émanation ou une dérivation du sien propre , les décisions d'un concile sans son approbation sont nulles (443). Torquemada démontrait ces propositions fondamentales au moyen des passages apocryphes d'Anaclet, de Clément, du synode de Chalcédoine, de Cyrille et d'une montagne de témoignages fictifs ou falsifiés. Après lui, à l'époque de Léon X et de Clément VII, les cardinaux Thomas de Vio ou Cajétan et Jacobazzi suivirent fidèlement ses traces (446). Melchior Cano basa de même toute sa dialectique sur Cyrille, dont Thomas se portait garant; Bellarmin et les jésuites en firent autant C4''7). Les premiers, les dominicains Nicolaï, Lequien, Quétif et

Echard déclarèrent ouvertement que leur maître Thomas avait été dupé par un imposteur, et qu'à la suite de Thomas, toute l'armée de théologiens et de canonistes, qui s'était engagée sur ses pas, avait été trompée (448). Par contre, les jésuites, y compris même un savant comme Labbé, sacrifièrent les décrétales du pseudo-Isidore, mais, en revanche, se montrèrent encore résolus à toujours défendre l'authenticité de Cyrille (4i9). En Italie, en 1713, le professeur Andruzzi de Bologne, clans sa controverse contre le patriarche Dosithée, citait encore le passage principal du faux Cyrille, comme un argument irréfutable (45°).

§ 15. — Le schisme.

Tous ces moyens réunis servirent à asseoir la domination des papes sur le monde et à accréditer de plus en plus l'idée de leur infaillibilité. Et lorsque, à cette action par la théorie, les pontifes ajoutèrent encore celle des interdits, frappant souvent des contrées entières, cette mesure pratique parut également au début concourir au même résultat; car, pensait-on, le représentant de Dieu sur la terre agit comme Dieu, qui souvent enveloppe dans un même châtiment un grand nombre d'innocents, pour un crime commis par quelques-uns; qui donc oserait protester? Dieu le dirige, et l'on ne saurait appliquer à ses actes la mesure ordinaire de la justice humaine. De l'inspiration divine des actions des papes, on concluait donc à l'infaillibilité de leur doctrine, et réciproquement, de l'infaillibilité à l'inspiration divine ; c'est ainsi que, de nos jours encore, raisonne le peuple et même le clergé, particulièrement dans les pays latins, Les papes pourtant avaient eux-mêmes confessé dans leur nouveau code, au sixième livre des Décrétales, que l'interdit avait les conséquences les plus fuuestes pour la religiosité du peuple ; que l'impiété alors s'emparait de lui ; que les hérésies surgissaient de toutes parts; que les âmes couraient d'innombrables dangers, et que l'Eglise perdait les oblations qui lui étaient dues (43t). Cependant, en dépit de cet aveu, les papes prodiguèrent plus que jamais les interdits; en Allemagne, par exemple, pendant la longue querelle avec l'empereur Louis le Bavarois, l'interdit dépassa en durée ce qu'on avait jamais vu en ce pays. Borne sem-

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