‹ La papautiChapitre 49 sur 178 · LE SCHISME · texte numérisé non relu

LE SCHISME

blait vouloir déraciner de la conscience humaine la doctrine évangélique des droits de tout chrétien et, en échange, apprendre aux hommes à se considérer comme un troupeau sans volonté dans les mains du pape; ou bien, pour parler comme Alvaro Pelayo, leur enseigner à ne trouver de protection contre la colère du pape que danssa seule miséricorde, miséricorde qui, cependant, leur était parfois refusée. Mais pareille politique produisit, suivant le caractère des nationalités, des résultats très différents. Certains peuples se prirent à douter chaque jour davantage du droit divin d'une papauté dont il était fait un abus si cruel et, chez eux, germa une semence dont les fruits mûrirent cent cinquante ans plus tard; chez d'autres, au contraire, se développa l'idée que la papauté, pareille à la divinité, était une puissance mystérieuse, dont il ne convenait pas de scruter les secrets, dont les voies étaient insondables, mais à laquelle cependant il fallait toujours aveuglément se fier, comme étant illuminée par le ciel et agissant d'après des impulsions divines.

Tout paradoxal que cela puisse paraître, c'est pourtant un fait historique, qu'à mesure que la conduite des papes heurtait davantage les consciences et que le bouleversement de l'Église par les exemptions, les privilèges, les indulgences, etc., donnait plus à réfléchir, les âmes pieuses se sentaient d'autant plus entraînées à se réfugier contre leurs propres doutes et leurs scrupules dans l'asile de l'infaillibilité papale. Au nom du simple sentiment chrétien, ces natures pieuses auraient dû blâmer ces abus, et bien d'autres, comme un grave péché contre l'Église. Mais l'éducation reçue s'y opposait : depuis l'enfance on leur enseignait que le pape était le maître et seigneur de l'Église, contre qui personne ne pouvait protester, auquel personne ne pouvait demander compte de ses actes. On observe déjà cette disposition d'esprit à la fin du xir siècle dans Pierre Cantor. Il est à craindre, dit-il, que les exemptions papales n'amènent un détachement général de l'empire spirituel de Rome, car on ne peut les justifier par les Saintes- Écritures. Mais, d'un autre côté, il serait sacrilège de prétendre blâmer ce que le pape fait. Dieu ne laisse point tomber l'Église romaine en erreur : on doit donc admettre que le pape agit ainsi sous l'impulsion de l'Espril-Saint, afin d'arriver un jour à régner seul, après avoir écarté tous les autres chefs de l'Église (452).

Toutefois, au xv" siècle, la situation devint telle dans l'Église, qu'elle obligea forcément les adorateurs les plus ardents du système papal eux-mêmes à douter de leur idole.

Le long schisme de l'Église, qui, pendant plus de quarante ans, montra au monde le spectacle nouveau de papes se maudissant réciproquement et de deux curies, l'une, française, à Avignon, et l'autre, italienne, à Rome, ébranla une autorité qui, sous les derniers papes, avant 1376, passait encore universellement pour inexpugnable. En effet, la défaite que la papauté avait essuyée, au commencement de ce siècle, dans la personne de Boniface VIII, avait à peu près disparu de la mémoire des hommes, par suite de la victoire complète que, bientôt après, elle avait remportée sur l'Allemagne et l'empereur Louis ; cette première humiliation ne laissa que peu de traces dans la vie de tous les jours et l'effet ne s'en fit guère sentir que dans l'école et dans les écrits des jurisconsultes français. Mais l'Allemagne perdit lentement son sang par la blessure que lui avait faite la politique papale, acharnée depuis des siècles contre l'empire et l'unité nationale du pays. L'Église allemande désapprit entièrement à se considérer comme un tout organique; elle oublia que jadis il y avait eu des synodes nationaux allemands. La maxime « diviser pour régner » fut spécialement essayée sur le corps ecclésiastique allemand et, il faut le dire, réussit admirablement.

Le schisme fut le fruit de la lutte entre deux nations pour la possession de la papauté : les Italiens voulaient la reconquérir; les Français ne voulaient point la laisser échapper. Il en résulta que, de 1378 a 1409, le monde occidental se divisa en deux et, de 1409 à 1415, en trois obédiences. Un Napolitain, Urbain VI, avait été élu : le premier petit essai de réforme qu'il fit donna le signal du schisme. Aussitôt après son élévation au pontificat, il annonça aux cardinaux qu'il excommunierait ceux qui se rendraient coupables de simonie. Mais la simonie était depuis longtemps le pain quotidien dont se nourrissait la curie romaine, l'air dont elle vivait : sans simonie, la machine allait s'arrêter et bientôt se désagréger. De leur point de vue, les cardinaux étaient parfaitement dans le vrai en estimant impossible de se tirer d'affaire sans simonie. Ils abandonnèrent donc le pape (453), et procédèrent à l'élection d'un homme selon leur cœur, Clément VIL

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