‹ La papautiChapitre 50 sur 178 · LE SCHISME · texte numérisé non relu

LE SCHISME

De ces deux élections, laquelle était la plus légitime, celle d'Urbain VI ou celle de Clément VII? Personne alors ne le savait. Au fond, dans l'une comme dans l'autre, étaient survenus certains incidents qui, légalement, les rendaient nulles toutes deux. Les avocats des deux partis démontraient par d'irréfutables raisons que le pape de l'autre parti n'avait aucun droit à être reconnu. Dans l'un comme dans l'autre camp, se trouvaient des personnes que, plus tard, l'Église entière a rangées parmi les saints, et qui alors se damnaient réciproquement : du côté français, Pierre de Luxembourg, Vincent Ferrer ; du côté italien, Catherine de Sienne et son homonyme Catherine de Suède. Mais, en attendant, il y avait deux curies papales, deux collèges de cardinaux ; chacune de ces curies avec des revenus diminués ; chacune d'elles, résolue à faire rendre jusqu'à la dernière goutte le pressoir des exactions ecclésiastiques; chacune d'elles, inépuisable dans l'art d'inventer de nouvelles industries spirituelles et d'accroître le rendement des anciennes.

Tout ce que depuis des siècles la curie papale avait inventé en châtiments, en formules d'excommunication, en malédictions dans ses luttes contre les princes séculiers, chacun des papes l'employait maintenant contre son rival. Célébré par ses partisans comme l'époux et le maître de toute l'Eglise, comme le représentant de Dieu sur la terre, comme le docteur infaillible de la chrétienté, il était nommé, dans les écrits et dans les chaires de l'autre obédience, un infâme apostat, un hérésiarque, un antéchrist, une idole destinée à l'éternelle damnation.

La situation était pénible pour tous les partisans de l'infaillibilité papale. Ils se trouvaient enfermés dans un labyrinthe sans issue. La notion de l'infaillibilité exigeait que l'individu déterminé qui, seul en possession de toute vérité, donne à toute l'Eglise sa sécurité dans la foi, fut connu sans doute possible. Il ne doit pas en effet dans cette doctrine exister, au sujet de la personne du vrai pape, plus d'incertitude qu'à l'égard des livres bibliques. Et, dans l'occurrence, il arrivait justement que chacun, au fond, était bien obligé de s'avouer que c'était le hasard seul de sa résidence dans tel ou tel pays qui faisait de lui le sectateur de l'un ou de l'autre pape, de la légitimité duquel il ne savait rien, sinon qu'elle était contestée par l'autre moitié de la chrétienté. L'Espagnol, le

Français croyaient à Clément Vil ou Benoit XIII ; l'Anglais, l'Italien à Urbain VI ou Boniface IX. Ce qu'il y avait encore de plus funeste était l'ancienne erreur si souvent consacrée, si soigneusement entretenue par les papes depuis de longs siècles, d'après laquelle l'ordination et les sacrements étaient sans valeur en dehors de la communauté du pape. Cette illusion persistait chez une foule de chrétiens, en particulier en Italie. Le secrétaire du pape Coluccio Salutalo peint sous de vives couleurs l'incertitude universelle, l'angoisse des consciences qu'avait engendrées le schisme; en qualité de papaliste, il en conclut que, puisque tout pouvoir ecclésiastique émane du pape, et qu'un pape irrégulièrement élu ne possède lui-même aucune puissance, il ne peut en transmettre aucune ; par conséquent, d'après lui, tous les prêtres et évèques consacrés depuis la mort de Grégoire Xï sont incapables de conférer les sacrements. Lors donc qu'un fidèle, dit Coluccio, adore l'Eucharistie consacrée par un prêtre ordonné dans le schisme, il adore une idole C'54). Telle était la situation de la chrétienté d'Occident. Heureusement qu'en France, en Angleterre, en Allemagne, en Espagne, on ne pensait pas comme en Italie ou à la curie papale au sujet des conditions requises pour la validité de l'ordination ou de l'administration des sacrements.

Les hommes qui avaient quelque connaissance de l'ancienne constitution de l'Eglise comprenaient maintenant que toute celte anarchie, à laquelle pendant trente ans on ne put trouver aucun remède, provenait uniquement du système grégorien, tel qu'il s'était développé jusqu'à ce jour. Un immense désir s'éveilla d'en revenir au système épiscopal, autant du moins qu'on pouvait encore le reconnaître, à travers l'amas de falsifications qui le recouvraient, et au milieu des ténèbres et des ruines de l'histoire de l'Eglise. On sentait que l'ancienne organisation eût rendu impossibles l'humiliation et la désolation qu'éprouvait alors l'Eglise. De jour en jour, s'affermissait avec plus de force la conviction qu'un concile général serait le seul moyen efficace, non seulement pour rétablir l'union dans l'Eglise, mais en outre pour imposer des entraves au despotisme papal. Des Allemands, comme Henri de Langenstein et Nicolas Cusa; des Français, comme d'Ailly, Gerson, Clémange ; des Italiens, comme Zaba relia ; des Espagnols, comme Escobar et Jean de Ségovie, aboutissaient, depuis la fin du

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