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LES CONCILES RÉFORMATEURS

xive et au commencement du xv° siècle, au même résultat sur les points essentiels, à savoir que l'Eglise devait se relever, briser les chaînes du système curial et se réformer dans la tète et dans les membres. Aussi, tous les hommes éminents dans l'Eglise par le savoir et l'esprit se prononçaient-ils depuis un certain temps contre la papauté, en faveur du droit de l'Eglise et de la liberté des conciles. On entendit même des voix qui déclaraient superflue une institution aussi effroyablement dégénérée et abusive que celle du siège romain ; mais elles parlèrent dans le désert. L'opinion publique continuait à admettre la nécessité de son existence, en même temps qu'elle déclarait urgent de purifier la curie et de restreindre la puissance du pape.

§ 16. — Les conciles réformateurs dePise, de Constance et de Bâle.

Le premier essai que Ton tenta pour réunir un véritable concile libre et autonome réussit pleinement. A la place de ces ombres de synodes pratiqués pendant trois siècles, où les évêques n'apparaissaient que pour écouter la lecture des décrets du pape et s'en retourner ensuite chez eux, on rassembla à Pise, en 1409, un synode de toutes les parties de l'Europe, dans lequel on put enfin parler et voter librement. Les contemporains tinrent pour une grande œuvre le fait qu'on y eût déposé les deux papes Grégoire XII et Benoît XIII, et qu'on eût élu un troisième, Alexandre V. Mais la force du s\node s'épuisa dans cet effort: la seule présence d'un pape, auquel dès lors se rattachait tout le groupe des cardinaux, ne permit même point d'entreprendre une tentative ou un commencement de réforme dans l'Eglise, quoique ce pape fût la créature du synode. Ce qu'Alexandre accorda en fait de réformes fut insignifiant. Les deux autres papes ne s'étant point soumis aux décrets du synode, on eut désormais trois chefs de l'Eglise, comme jadis en 1048; toutefois, l'obédience du pape synodal était de beaucoup la plus considérable.

Pour amener véritablement la chute du système romain, il fallut l'élection au trône de Saint Pierre de l'homme, comme dit un contemporain (435), le plus indigne et le plus déconsidéré que l'on pût trouver. Balthasar Gossa, Jean XXIII, fut ce pape, reconnu comme

tel par la grande majorité des chrétiens d'OccidentJusqu'au jour de sa déposition. A cemomenl.on remporta enfin une véritable victoire, non pas seulement sur les personnes, mais sur la papauté ellemême : et, pour y parvenir, il était besoin d'une assemblée comme celle du concile de Constance (1414-1418). C'était la plus nombreuse qu'on eût jamais vue en Occident : 300 évêques, les délégués de 15 universités et 300 docteurs s'y rencontrèrent, c'est-à-dire des hommes qui ne se trouvaient pas, au moins, dans la situation délicate de devoir réformer des abus auxquels ils étaient euxmêmes redevables de leurs propres dignités et de leurs prébendes. Celte assemblée se vit obligée d'écarter l'ancien procédé du vote par tête et d'introduire le mode nouveau de votation par nations: sans cette précaution, tout aurait échoué devant la masse des évêques italiens, qui pour la plupart considéraient comme leur mission naturelle de maintenir le système papal, la curie et les sources de revenus qui en découlaient pour les Italiens (436). La corruption de l'Eglise, et sa conséquence inévitable, la pourriture morale, étaient en Italie encore plus profondes encore que dans les autres nations, et à cette époque, comme plus tard, on constatait que c'étaient les évêques italiens qui, entre tous, s'opposaient avec la plus grande opiniâtreté à toute guérison et à toute réforme.

Avec le concile de Constance, une étoile d'espérance se leva pour l'Eglise allemande : heureuse, si elle eût renfermé en son sein des hommes comprenant qu'il fallait saisir aussitôt l'occasion favorable et la fixer! Le nouveau roi Sigismond, animé d'un désir ardent de secourir l'Eglise malade, sut diriger avec tant d'habileté le pape Jean, alors menacé en Italie, qu'il le força à choisir pour le concile la ville allemande de Constance, et qu'il s'y rendit luimême, non cependant sans éprouver quelque résistance. Depuis 300 ans, les Allemands étaient exclus de toute participation active aux affaires générales de l'Eglise par les Italiens et les Français. Ils étaient, conjointement avec les Anglais, précisément la nation qui portait la moindre responsabilité dans le fléau du schisme: la curie avait, eu effet, été constamment composée d'Italiens et de Français, et tout élément germanique, même à dose infime, ne s'y était jamais introduit. On avait fait plus de mal au clergé allemand qu'il n'en avait fait lui-même : la corruption ecclésiastique, en Allemagne également, était devenue criante et insupportable ; mais

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