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I.E CONCILE RÉFORMATEUR DE CONSTANCE

elle n'était pas le produit autochtone du peuple germanique : pareille à une épidémie étrangère, elle s'était introduite chez lui du Sud, et s'y était acclimatée par suite de la profonde altération de l'organisme ecclésiastique.

Dans les célèbres décrets des quatrième et cinquième séances, le synode de Constance déclara : « Tout concile œcuménique, régulièrement convoqué, représentant l'Eglise, tient son autorité immédiatement du Christ, et chacun, même le pape, est tenu de lui obéir dans les choses qui touchent à la foi, à l'extirpation du schisme et à la réforme générale de l'Eglise dans sa tète et dans ses membres (45~). » Pas une seule voix ne s'éleva pour protester.

Décision féconde en conséquences, grosse d'avenir, telle qu'aucun concile n'en avait encore formulée, antique et primitive dans sa conception, car c'était celle de l'Eglise avant pseudo- Isidore (458). Mais, en retour, elle dut paraître aux contemporains une hardie innovation, tant avait prédominé pendant une longue période !e courant contraire, tantavait étééminente, de H79à 13M,la situation des papes au-dessus des synodes obéissants et humblement silencieux. Le droit du synode à se nommer concile œcuménique était évident : les petites fractions, alors non encore réunies, des deux autres obédiences ne pouvaient pas lui contester ce privilège. Grégoire XII et Benoît Xlll étaient abandonnés de leurs cardinaux, et ce que l'on pouvait considérer comme l'Eglise romaine faisait partie du concile de Constance.

Si le pape, dans les choses de la foi, est soumis au concile, il n'est donc point infaillible ; par conséquent, l'Église, et sa représentation, le concile, est la dépositaire des promesses du Christ, et non le pape; aussi, sans le concile, peut-il tomber dans l'erreur, et être jugé par le concile pour son erreur. Cette conséquence était claire et irréfutable. Ce ne fut pourtant point l'article des décrets concernant les choses de la foi qui parut le plus grave aux cardinaux, mais bien celui visant la réforme. La théorie qui prétendait faire juger le pape, en cas d'hérésie de sa part, par le tribunal de l'Église, c'est-à-dire par le concile, était admise universellement et sans opposition, depuis l'insertion du canon de Boniface dans les livres de droit, quoique, à vrai dire, celte théorie ne fût point aisément conciliable avec la doctrine de l'infaillibilité, prônée par ces mêmes livres de droit et propagée par Thomas. Cependant, les

cardinaux n'osèrent point refuser leur approbation à ces décrets si menaçants pour la curie.

Ces décrets du synode de Constance sont peut-être l'événement le plus extraordinaire de toute l'histoire dogmatique de l'Église chrétienne. Le texte même de leur rédaction implique, sans nul doute possible, qu'ils furent considérés comme articles de foi et comme fixant dogmatiquement la doctrine du pouvoir de l'Eglise. C'était la négation du système papal dans sa pensée fondamentale, c'était le qualifier, à mi-voix, mais très éloquemment, d'erreur et d'abus. Ce système avait régné pendant des siècles dans l'administration de l'Eglise; il avait été enseigné dans les livres de droit, comme dans les écoles des théologiens monastiques, principalement par les thomistes; il avait été comme sous-entendu de lui-même, ou affirmé expressément, dans toutes les manifestations ou décisions des papes, dans les nouvelles sources du droit ecclésiastique, et, à cette heure, pas une seule voix ne s'élevait en sa faveur, personne ne contredisait la doctrine de Constance, personne ne protestait.

Cette approbation universelle n'a rien d'étonnant : l'état de l'Eglise était devenu tellement monstrueux et contre nature, la somme de fragilité et d'imperfection humaines, dont il faut faire la part dans toute communauté, même la meilleure, était si prodigieusement excédée, la transgression permanente des commandements divins et des lois de l'ancienne Eglise était si évidente et générale, que chacun comprenait clairement que c'était le système tout entier en vigueur, et non les personnes, qu'il fallait rendre responsable de cette transformation de toute l'administration ecclésiastique en une machine financière et en une vaste entreprise mercantile : chacun se rendait compte que c'était le système luimême qui avait métamorphosé une Eglise libre, délibéraut et réglant en commun ses affaires, en un empire de coercition, gouverné despotiquement et exploité oligarchiquement. Lorsque les cardinaux écrivirent, en 1408, à leur pape Grégoire, « de la tète aux pieds, il n'est pas dans l'Eglise une seule place saine » (439), ils auraient dû ajouter, s'ils avaient voulu parler avec entière franchise : C'est nous, nos collègues, tes prédécesseurs, la curie, qui avons moralement empoisonné l'Eglise, et c'est pour cela qu'elle est maintenant si malade.

Il est certain qu'un petit nombre seulement apercevait la

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