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LE CONCILE RÉFORMATEUR DE CONSTANCE

grandeur du mal, les véritables causes de celui-ci ; mais ce petit nombre exprimait nettement ce que chacun sentait confusément. « Réforme dans la tète et les membres » était le mot de ralliement universel dans toute l'Europe, et chacun l'entendait en ce sens, qu'il fallait avant tout réformer la tète, le siège pontifical ; ce ne serait qu'après, et avec lui, qu'on pourrait entreprendre une réforme des membres. On était généralement d'accord sur la complète impuissance où serait un pape, par hasard bien disposé à opérer ces réformes, si l'organisation actuelle persistait : le mot de réforme devait être, cette fois, tout simplement synonyme de changement de système. Devant cette évidence, toute la sagesse des deux écoles, des canonisles et des théologiens des ordres, édifiée sur des bases fragiles, demeurait muette. Ils étaient forcés de se taire, ou bien, comme Tudeschi et maint dominicain, obligés d'approuver les décrets de Constance. L'opinion publique de tout le monde chrétien, orientée et mûrie par quarante ans de discussions a Paris, Avignon, Pise, Rome et dans les universités allemandes, dominait de trop haut toutes les résistances.

Et, de même, le pape, nouvellement élu par le concile, ne pouvait faire autrement que de se déclarer en communauté de sentiments avec lui. Il avait bien été un zélé partisan de Jean XX11I ; il ne Pavait abandonné qu'au dernier moment pour se joindre au synode. Mais il était désormais pape, grâce à la déposition de son prédécesseur, et cette déposition n'avait eu lieu uniquement qu'en vertu du nouveau décret, c'est-à-dire du système épiscopal. Jean n'avait pas été déposé parce qu'il faisait obstacle à la réunion de l'Eglise, mais seulement h cause de sa désobéissance et de son parjure envers le concile, et après une instruction en règle faite contre lui. Une ratification spéciale de ce décret par Martin V eût paru alois totalement superflue, voire même directement contraire à l'esprit du décret. Il eût semblé que le fils prétendît approuver le père, car il n'était pape qu'en vertu de ce décret. S'il avait voulu l'attaquer en quelque façon que ce fût, il aurait été obligé d'abdiquer préalablement et de laisser sa place au pape déposé (46°). Il comprenait fort bien qu'il ne lui était plus possible d'afficher, à l'exemple de ses prédécesseurs depuis deux cents ans, sa prétention d'être le souverain de l'Eglise réunie ou représentée au concile. Il s'expliqua nettement sur ce point dans sa bulle contre la doctrine

de Wiklef. Répondant à la proposition : la suprématie de l'Eglise romaine parmi les autres églises n'appartient pas à la doctrine essentielle du salut, le pape dit : C'est une erreur si Wiklef comprend, par Eglise romaine, l'Eglise universelle ou le concile, ou bien s'il nie la primauté du pape sur les autres églises particulières (461). Martin V déclara occasionnellement, vers la fin du concile, qu'il confirmait toutes les décisions conciliaires adoptées à Constance. Il voulait, en s'exprimant ainsi, ne point ratifier deux décrets sur les annates et sur un livre du dominicain Falkenberg, qui avaient été arrêtés, non par le concile en séance plénière, mais dans les congrégations des nations distinctes (462). Les deux autres obédiences, lorsqu'elles firent plus tard leur adhésion au concile, acceptèrent également ses décisions et ses décrets, ainsi qu'on le voit clairement au concordat de Narbonne, publié dans la vingtième séance, qui énumère les matières de la compétence du concile, conformément aux décrets des quatrième et cinquième séances.

Lorsqu'on eût réussi a déposer Jean et que Grégoire XII eût abdiqué, survint une conjoncture où Latins et Germains se divisèrent et engagèrent une lutte significative. Les Allemands et les Anglais réclamaient que Ton procédât à l'œuvre la plus importante et la plus difficile du concile, à la réforme de l'Eglise, avant de s'occuper de l'élection d'un nouveau pape. On venait tout récemment, à Pise, d'éprouver combien l'élection d'un nouveau pape avait aussitôt rendu vains tous les projets de réforme. Mais les cardinaux et, avec eux, les Italiens et les Français, ces derniers par jalousie de la situation souveraine du roi allemand Sigismond, poussaient de tous leurs efforts à l'élection du pape avant la réforme. Sigismond lutta habilement, courageusement, avec persévérance, pour la cause de l'Eglise, de l'empire et du peuple allemand, qui se nommait alors à bon droit « la nation pieuse, patiente, humble et cependant non complètement impuissante » (463). Si elle avait eu alors un peu moins de patience et d'humilité et, en revanche, un peu plus de cette puissance que donne l'union, il n'en serait pas résulté la défaite de la cause allemande et de son Eglise en 1417, la levée de boucliers de 1517, le déchirement religieux de la nation, la guerre de Trente ans et bien d'autres maux. Les cardinaux, et les Latins avec eux, l'emportèrent en provoquant la défection des Anglais et

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