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LE CONCILE RÉFORMATEUR DE CONSTANCE

en corrompant quelques prélats allemands, comme l'archevêque de Riga, 1 evèque de Goire et celui de Leutomischl (l64). Mais, peu de semaines après l'élection du nouveau pape, Martin V, la curie et le curialisme étalaient déjà comme par le passé leur exubérante floraison. Les nouvelles règles de chancellerie, que Martin publia presque aussitôt, durent suffire à ouvrir les yeux des Français à courte vue et à leur montrer que, dans le système des bénéfices, on maintiendrait intactes toute la masse d'abus et la corruption financière (463).

Un petit nombre de réformes seulement vinrent à bien : les plaies et les ulcères les plus dangereuses sur le corps de l'Église demeurèrent pour la plupart sans traitement. Martin s'entendait à merveille à diviser les nations par des négociations particulières sur des traités spéciaux. Les deux concordats qu'il conclut d'une part avec la corporation allemande, de l'autre avec les nations romanes, concernaient principalement les nominations aux emplois, et concédaient expressément au pape certains droits, objets d'une vieille et universelle haine, comme, par exemple, les annates, si nuisibles à la moralité du clergé, obligé, pour les payer, de faire des dettes. Et la plupart des articles étaient conçus de façon à laisser toujours une porte ouverte aux anciens abus. Dans la vie réelle, dans la pratique ecclésiastique, le système papal, avec toutes ses conséquences, se trouvait, en fait, restauré.

Toutefois, le principe de la réforme, le système épiscopal, subsistait toujours dans les décrets des quatrième et cinquième séances, que de longtemps personne n'osa attaquer. Une autre espérance demeurait encore : celle du décret de Constance, ordonnant qu'on réunirait un nouveau concile œcuménique au bout de cinq ans, et, après lui, un semblable tous les dix ans. Martin V montra derechef qu'il se considérait comme lié par les décrets de Constance. Il convoqua réellement le concile en 1423, d'abord à Pavie, puis à Sienne. Mais à peine l'assemblée eût-elle laissé paraître des symptômes de velléités réformatrices, qu'il prononça sa dissolution, sous le prétexte « d'un nombre insuffisant d'adhérents ». Pourtant, peu de temps avant sa mort, il convoqua le nouveau synode à Bàle. Eugène IV. qui s'y était engagé dans le conclave, ne put faire autrement qu'accepter l'héritage de son prédécesseur. Lorsque les premiers membres arrivèrent à Bàle à

l'époque fixée, les Bâlois se moquèrent d'eux comme de rêveurs, tant il paraissait difficile de croire, d'après la marche des choses depuis 1417, que le pape prenait le concile au sérieux (466). En effet, Eugène ordonna sa dissolution le 18 décembre 1431, dès les premiers débats de l'assemblée, qui n'était pas encore au complet; et les prétextes qu'il invoqua étaient transparents : le concile ne devait être continué que dix-huit mois plus tard, et alors sous sa présidence. Et cependant, à ce moment, où la réforme des hussites triomphait, la réunion d'un concile semblait plus indispensable que jamais. L'assemblée, proclamant à nouveau les décrets de Constance et s'appuyant sur eux, demeura réunie et, avertie par les suites fâcheuses qu'avait engendrées à Constance la stricte division par nations, se donna une meilleure organisation, en formant quatre dépulations, sans distinction de nations ni de rangs. Alors le combat contre le pape commença; d'abord, sous d'heureux auspices, car l'opinion publique dans toute l'Europe était déjà en elle-même favorable à la cause du concile. En outre, deux circonstances lui vinrent en aide : d'une part, le ferme appui que lui prêtait encore le roi Sigismond ; de l'autre, les embarras d'Eugène en Italie : celui-ci se vit abandonné par beaucoup de cardinaux, et même par les employés de la curie qui s'enfuyaient par centaines. En vain, il lança l'excommunication sur les prélats qui se rendaient à Bàle. Rois, princes, prélats, évêques, universités envoyaient leur adhésion à l'assemblée; on aurait cru encore une fois que le talisman par lequel la Papauté tenait les esprits enchaînés était brisé. Eugène reconnut qu'il devait céder : par sa bulle du 4 février 1433, il annonça son acquiescement à la continuation du concile et nomma quatre cardinaux en qualité de présidents.

Malheureusement, cette bulle ne réussit pas encore à satisfaire le concile, bien qu'Eugène y affirmât qu'il le considérait comme n'ayant jamais été interrompu', et que, par cette déclaration, il retirât complètement son décret de dissolution. On était déjà sur le point de le suspendre, lorsque Sigismond, alors empereur, arriva inopinément à Bàle et, par ses efforts, parvint à ménager une trêve entre le pape et le concile. Eugène copia réellement mot pour mot, dans sa bulle du 15 décembre 1433, la formule d'approbation rédigée par le concile et rétracta ses trois bulles

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