‹ La papautiChapitre 55 sur 178 · LE CONCILE RÉFORMATEUR DE BALE · texte numérisé non relu

LE CONCILE RÉFORMATEUR DE BALE

précédentes : il avait honte, disait-il, delà troisième, dans laquelle il avait le plus violemment attaqué l'autorité du concile au nom des principes du système papal, et il affirmait, en conséquence, qu'elle avait été publiée sans son consentement (i67). Il avouait que le concile avait été pleinement dans son droit en restant rassemblé malgré sa bulle de dissolution et en rendant ses décrets ; enfin il promettait d'y adhérer « en toute dévotion et amour » (468). « Nous rétractons, disait-il, les trois bulles, pour montrer au monde d'une façon éclatante la pureté de nos intentions, et combien nous sommes soumis sincèrement à l'Église universelle et nu saint concile général de Bàle. » L'humiliation de l'homme, la défaite du système était complète. Ce n'était point l'acte isolé d'une condescendance pacifique, mais bien la reconnaissance la plus nette et la moins équivoque de ce principe, que le concile est l'autorité suprême et que le pape lui est soumis.

Des le début, le synode s'était placé sur le terrain de Constance, c'est-à-dire de la souveraineté du concile. 11 avait de nouveau expressément proclamé (dans la 2* séance) ces décrets comme article de foi; en réalité, ils étaient tels, et c'était la désignation que leur avait donnée elle-même l'assemblée de Constance. Le pape et le concile, conjointement, enjoignaient à la chrétienté d'Occident de croire dorénavant à cette doctrine, et personne alors n'aurait certainemeut supposé qu'un temps put venir où l'on essaierait de la détruire (469j.

Eugène, même dans ses bulles, où il condamnait et déclarait nulles les décisions des Bàlois, n'avait point osé attaquer les décrets de Constance, surlesquels s'appuyait le présent concile. En outre, il avait reconnu la seconde séance, dans laquelle ces décrets avaient été déjà renouvelés; ses attaques ne s'étaient dirigées que contre ce qui c'était passé à Bàle, après son décret de dissolution. De la sorte, on était fondé à croire que le Saint-Siège était irrévocablement lié par les décrets de Constance sur l'autorité dans l'Église : car, de deux choses l'une : ou bien Eugène, en les ratifiant, avait commis une erreur, et alors il n'était pas infaillible, et l'infaillibilité devait résider dans le concile ; ou bien il avait dit la vérité, et alors il était également certain que le pape, en matière de foi, était soumis au concile et faillible pour sa personne.

Eugène avait, de plus, prétendu qu'il pouvait, en qualité de pape,

dissoudre ou transférer chaque concile à son gré. 11 rétracta alors cette proposition et reconnut qu'un concile pouvait se maintenir légalement malgré uu décret papal de dissolution.

Pendant trois ans et demi, de la 14" séance du 7 novembre 1433 jusqu'à la 25% le 7 mai 1437, la concorde exista, au moins extérieument, entre le concileet le pape, représenté par ses légats et le cardinal Cesarini. Les décrets réorganisateurs du synode ne contenaient que des réformes, depuis longtemps et universellement reconnues comme indispensables, et n'abolissaient- que ce que l'on considérait comme une honte pour l'Eglise. On rétablit la nomination régulière aux emplois ecclésiastiques : les réserves des prébendes électives et des survivances à ces bénéfices furent supprimées ; la simonie et le cumul des charges furent défendues; on apporta quelque restriction et un peu d'ordre dans le système des appels ; on rendit moins fréquente l'application de l'interdit et on en adoucit la rigueur. Toutes ces mesures étaient si raisonnables, si justes, si conformes à l'esprit ecclésiastique, qu'elles reçurent partout un accueil chaleureux. Le synode procéda avec tant de circonspection qu'il n'abolit pas un seul des innombrables droits que les papes s'étaient attribués dans la collection des Décrétales du Corpus Juris. De plus, on avait encore, à propos des Défenses, laissé au pape une large porte ouverte, en introduisant l'exception « motivée par des raisons importantes et raisonnables»; ce qui donna lieu à un blâme très vif envers le synode de la part de l'Université de Paris (47°). Eugène lui-même s'était encore, après la 20° séance du 23 janvier 1435, déclaré tout a fait d'accord avec les décrets de réforme (471). 11 s'exprima encore dans ce sens le 15 juin 1435 à l'envoyé du synode, Jean de Bachenstein (4~-). Eugène cependant grondait sourdement contre le synode qui lui coupait les ressources pécuniaires dont il affirmait avoir besoin, lui enlevait les annates et lui contestait la collation des bénéfices qu'avaient conservée les derniers papes. Avant de rompre, le pape fit accuser le synode auprès des cours princières par ses émissaires, munis d'instructions secrètes, d'avoir nommé un président et donné aux décrets de Constance une interprétation beaucoup trop étendue, interprétation que lui-même, trois ans auparavant, il avait reconnu comme la véritable. L'usage des annales, disait-il, remontait à un temps immémorial : en réalité, il avait été introduit par

Page 1