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REUNION AVEC L'ÉGLISE GRECQUE

les papes à peu près quarante ans auparavant, pendant le schisme (i73). Et, continuait l'instruction, puisque l'on reprochait toujours à la curie romaine des abus, ce qui ne laissait pas que de produire une grande impression, les nonces devaient apporter et montrer un projet, sous forme de bulle, contenant quelques réformes, afin de clore la bouche à la médisance et d'édifier les princes (47t).

A cette occasion, les nonces étaient munis de grâces spéciales « dans le forum de la conscience », c'est-à-dire de dispenses et d'absolutions, au moyen desquelles ils devaient gagner les princes en faveur du pape.

De son côté, le synode commit quelques maladresses. Soutenu, encouragé par la confiance et l'approbation générales, il succomba à la tentation de s'immiscer dans un dédale de procès, d'affaires locales et particulières, qui lui étaient apportées, surtout, de France et d'Allemagne : il se jeta, comme arbitre, dans des complications politiques, et se fit, ça et là, des adversaires, même parmi les princes. Aussi, quand la lutte, entre le pape et lui, éclata de nouveau, la solution naturellement appartint-elle aux princes.

55 17. — Le synode de Ferrare-Florence et la réunion de l'Église

avec les Grecs.

Les négociations entamées avec l'empereur grec au sujet de la réunion des Églises fournirent au pape l'occasion convoitée pour opposerai! synode de Bàle un autre synode italien. Une décision de la minorité de l'assemblée bàloise, composée de ses partisans, en faveur du transfert du concile en Italie, avait précédé ses propres arrêtés, quand, à la fin de 1437, il annonça la translation du synode de Bàle, ou plutôt, comme l'événement le prouva, l'ouverture d'un nouveau concile à Ferrare. Et, les Grecs s'étant décidés pour lui l'empereur, le patriarche et les évèques de l'église d'Ânatolie s'étant effectivement rendus à Ferrare (plus tard à Florence) l'entreprise d'Eugène fut couronnée de succès.

A Bàle, on savait qu'aussitôt qu'on ouvrirait le synode sur le sol italien, l'assemblée serait inondée sous le flot des évèques de la péninsule, des curiaux, des courtisans et des chasseurs de béné-

fices, et que la cause de la réforme de l'Église serait perdue. En effet, pendant les deux années que dura le concile à Ferrare et à Florence, et pendant les deux autres années, qui suivirent le départ des Grecs (le pape prolongea le concile jusqu'en 1442), il ne fut pas arrêté ou promulgué un seul décret véritablement réformateur.

Au début cependant, la rupture entre les membres du concile de Bàle et le pape, ne fut même pas positivement visible ; car Eugène se donna l'apparence, dans sa première bulle, de n'obéir qu'au décret, émis parla minorité, comme si celui-ci était le véritable décret de tout le concile : en sorte, que le synode de Ferrare ne sembla d'abord être que la continuation de celui de Bàle, et ses décisions, la suite de celles qu'on avait prises à Bàle jusqu'à la translation ou la vingt-cinquième séance. Mais les deux parties en vinrent bientôt aux extrémités. Le synode de Bàle, se fondant sur les canons de Constance, déclara comme articles de foi, que la puissance de l'Assemblée de l'Église était supérieure à celle du pape, et que personne ne pouvait dissoudre ou transférer cette assemblée sans son consentement. Quiconque niait ces propositions était hérétique. Sur ce, on déposa Eugène IV, malgré les avis contraires de l'empereur, et l'on élut un nouveau pape, le duc Amédée de Savoie, qui prit le nom de Félix V. Une grave faute et un trop lourd fardeau pour l'assemblée de Bàle, car les horreurs d'une papauté à deux ou trois tètes et d'un schisme européen étaient encore trop récentes dans les souvenirs; de plus, le synode, au moment où il se laissa entraîner à cet acte par son chef, le cardinal Allemand d'Arles, ne rachetait pas par l'importance de ses membres le petit nombre de prélats auquel il avait été réduit. Il ressemblait trop à une masse tumultueuse, composée en partie d'éléments impurs, dont la présence au concile n'était pas justifiée. Cependant, sous la direction du cardinal émérite, à qui elle s'était confiée sans réserve, cette foule fit preuve d'une belle discipline et d'une grande persévérance (476).

Engène fut dans la nécessité de renoncer aux évèques non italiens pour son concile italien. Aucun d'eux n'y vint, sauf quelques prélats que le duc de Bourgogne, en qualité de suzerain, força à s'y rendre. Mais le pape, à Ferrare et à Florence, avait fini par amener les Grecs, après une longue résistance, à accepter, il est vrai d'une

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façon provisoire seulement, les conditions qu'il imposait à la réunion des Eglises et à signer le décret d'union. L'empereur, qui avait devant les yeux la chute imminente de sa capitale et la ruine définitive de son empire, avait enfin donné son consentement.

Une des principales difficultés résidait dans la question de la primauté, et, précisément, c'était, à cet instant, le point le plus important pour Eugène. En effet, s'il pouvait opposer aux efforts du synode de Bàle, le témoignage favorable de l'Eglise grecque, qui venait de se réunir de nouveau à celle de Rome sa cause en serait relevée avec éclat dans l'opinion publique de tout l'Occident. Une reconnaissance de la primauté du pape en général se comprenait fort bien d'elle-même pour les Grecs, conformément à leur tradition, dès qu'il était possible de ne plus accuser l'Eglise romaine d'être hérétique ou schismatique. La théorie du patriarcat (que les papes avaient aussi soutenue autrefois) était familière aux Orientaux, depuis près de nulle ans; d'après elle, les cinq patriarches, dont le patriarche de l'ancienne Rome était le premier et le plus illustre, se trouvaient à la tète de toute l'Eglise, et, sans l'approbation de ces cinq princes de l'Eglise, rien dans les questions de doctrine et d'intérêt général de l'Eglise ne pouvait être décidé unilatéralement. Mais cette façon de comprendre la prééminence du « Papa » de Rome (celui d'Alexandrie portait chez eux le même nom) n'avait dans leur esprit rien de commun avec la monarchie papale universelle, inventée et réalisée en Occident depuis 845 et 1073 : elle n'y ressemblait guère plus que la situation du doge de Venise a celle du schah de Perse (47~). Une domination despotique spirituelle et temporelle était totalement étrangère aux Grecs ; l'intervention d'un pouvoir d'en haut, qui, comme en Occident, pénétrait violemment dans tous les cercles de la vie ecclésiastique et brisait continuellement toutes les barrières légales, leur était incompréhensible. Leurs patriarches se mouvaient dans un espace bien autrement étroit, limité par des règles infranchissables. Le système papal tout entier des indulgences était complètement inconnu chez eux. La constitution de leur système ecclésiastique était si simple que la plupart des droits et des pouvoirs conquis peu a peu par les papes n'auraient même jamais pu arriver à être exercés chez eux. Enfin. depuis de longs siècles déjà, la cause principale pour laquelle les Grecs avaient repoussé toute réunion des

églises n'était autre que la prétention du pape à régner autocratiquement. En 1232 déjà, le patriarche Germanus avait écrit aux: cardinaux : « La tyrannie de votre oppression et les exactions de l'Eglise romains sont les causes de notre séparation (478). » Humbert, général des Dominicains, avançait les mêmes raisons dans son mémoire destiné au synode de Lyon en 1274 : L'Église romaine ne sait que rendre pesant le joug qu'elle impose aux hommes; ses exactions, ses innombrables légats et nonces, la foule de ses statuts et de ses châtiments ont détourné avec effroi les Grecs de la réunion (479). » Et ceci était l'opinion générale en Occident (,8°). Le clergé français y fit appel dans sa représentation à Clément IV en l'année I266 (481) et l'évêque Durand de Mende, de même, la fit entendre à Clément V(i8-'). L'Anglais Jean Mandeville, à son retour d'Orient, rapporte que les Grecs avaient répondu laconiquement aux sommations de soumission de Jean XXII : « Nous croyons fermement à ton pouvoir sur tes sujets; nous ne pouvons souffrir ton orgueil démesuré et nous ne pouvons assouvir ta cupidité. Avec toi est le diable, et avec nous le Seigneur (483). » En 1339, le minorité, Jean de Florence, envoyé en Orient par Benoît XII, eut une conférence avec le patriarche de Constantinople et son synode, et, là, on lui dit encore : L'insupportable orgueil des évèques romains est la cause de la séparation (484).

L'idée fondamentale du système papal, d'après laquelle Je pape est l'unique dépositaire de la puissance ecclésiastique et résume en lui tous les évèques, était tout particulièrement choquante poulies Orientaux (485). Et, s'ils trouvaient déjà anti-chrétien chez les Latins l'usage abusif des serments, ils détestaient doublement la prétention du pape de leur faire prêter un serment d'obéissance.

Mais, à ce moment, la situation désespérée des Grecs les rendait plus souples ; pendant le synode, ils avaient vécu des aumônes du pape, et ils tenaient à ne pas rentier chez eux sans avoir rien fait. Eugène demandait aux Grecs de reconnaître son pouvoir monarchique sur toute l'Eglise dans les termes usités en Occident ; et, lorsque les théologiens pontificaux déversaient sur les Grecs leur corne d'abondance de citations inventées ou falsifiées, tirées du pseudo-Isidore et de Gratien, les Grecs répondaient court et sec : « Tous ces canons sont apocryphes (m). » Déjà, l'empereur en était venu à dire: Si le pape n'en démord pas, je repartirai avec les

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