RÉUNION AVEC L'ÉGLISE GRECQUE
miens sans rien conclure. » Enfin, on aboutit a une transaction : le pape renonça à exiger qu'on lui reconnut la puissance suprême sur l'Eglise « d'après l'Ecriture et les déclarations des saints » (1S7J. L'empereur avait objecté que l'on ne pouvait pas transformer en logique de droit la rhétorique de politesse des dédicaces des anciens évêques et des empereurs; on devait bien plutôt, dans ce but, prendre pour règle les canons des conciles (ww). C'est ce qui eut lieu en effet. De sorte que l'article fut ainsi conçu : « Le pape est le vicaire du Christ; la tète de toute l'Eglise, père et docteur de tous les chrétiens; il a reçu du Christ plein pouvoir pour gouverner l'Eglise et la paître, en la manière qui est indiquée dans les actes des conciles œcuméniques aussi bien que dans les canons. »
Les limites de la puissance papale et les règles de son exercice étaient donc précisées par cette formule. Mais ce pouvoir était garrotté dans des liens si étroits et réduits à une mesure si modeste qu'Eugène et ses théologiens n'eussent jamais consenti à y souscrire,, s'ils avaient connu le véritable état des choses: sous l'influence des falsifications anciennes et récentes, ils se faisaient une image absolument renversée des anciens conciles et de la situation des papes vis-à-vis d'eux C*89). Les Grecs n'entendaient, par conciles œcuméniques, que ceux qu'on avait tenus en Orient pendant les huit premiers siècles et pendant la réunion des deuv moitiés orientale et occidentale de l'Eglise ; a Rome, pendant les négociations, on admit la chose comme se comprenant d'elle-même. Aussi désigna-t-on le concile de Florence comme le huitième concile œcuménique, dans la première édition que l'on imprima (a Rome)etdans le Privilegium de Clément VU pour cette édition de 1526; cette qualité lui fut même encore conservée dans l'édition romaine de 1626 (490). Mais, dans les sept premiers conciles, il n'avait été nullement question de droits de souveraineté précis du pape ; sa préséance seulement sur tous les autres patriarches avait été reconnue par le 28* canon de Chalcédoine; les titres qu'Eugène sollicitait avaient été précisément interdits par les anciens conciles. Mais les Latins, qui, lorsqu'on parlai! des anciens conciles, ne voyaient Botter devant leurs yeux que les fables de Sylvestre, Jules, Vigile, etc.. et les canons apocryphes, pensaient, avec le texte du décret, avoir fait merveille pour les intérêts du pape.
Aussi, au début, la traduction latine reproduisit-elle fidèlement le texte grec; car, à la suite de longues disputes sur chaque mot avec les Grecs, on avait dû élaborer d'abord le passage en grec. Flavio Biondo, secrétaire d'Eugène, donne le texte littéral exactement (Wl). Mais, dans l'édition romaine d'Abraham Cretensis, on eut soin de faire disparaître, par l'altération imperceptible d'un seul petit mot (492), l'idée que les Grecs avaient formellement voulu exprimer, à savoir que, les droits attribués au pape devaient être entendus et exercés dans la mesure que leur concédaient les anciens conciles. La règle posée par les Grecs était par suite convertie en une simple allusion corroborante, et le sens du passage devenait désormais : les privilèges énumérés appartiennent de droit au pape, et les anciens conciles déjà les mentionnent également. C'est avec cette falsification que, depuis cette époque, le décret d'Union a été imprimé dans les collections des conciles et ailleurs (493).
S 18. — Réaction et succès de la papauté. — Opinion publique à la fin du XVe siècle.
Après le départ des Grecs, Eugène attaqua vivement le synode de Bàle dans sa bulle datée de Florence. Sa condamnation cependant ne s'adressait qu'aux séances tenues à Bàle depuis la translation, et à la a fausse interprétation qu'on y avait donnée des décrets de Constance ». Le pape, dans ce document tortueux et plein de réticences, n'osait point encore s'en prendre ouvertement aux décrets de Constance, si hautement vénérés alors dans tout le monde chrétien, mais il cherchait à les rendre suspects par l'insidieuse remarque qu'ils avaient été faits au temps du schisme, par une seule obédience et après l'éloignement du pape Jean (494). Toutefois, ce n'était point la perte définitive de l"inlaillibilité qui le chagrinait si fort ; il savait s'arranger avec ces décrets. Torquemada avait bien su lui faire dire dans la précédente bulle : « Dans tous les cas, la décision du pape doit primer celle du concile, excepté s'il s'agit d'une disposition concernant la foi ou le bien de toute l'Eglise ; en ce cas, la décision du concile doit être préférée à celle du pape (493). »