RÉACTION DE I.A PAPAUTÉ
Ce fut la nation française qui, en face de la nouvelle situation de l'Eglise et du schisme renaissant, adopta la tenue la plus digne et la plus conséquente. Le roi ouvrit a Bourges, en 1438, une assemblée des Étals laïques et du clergé. On y entendit les députés du pape aussi bien que ceux du synode, après quoi on décida d'adopter les décrets du concile de Bàle avec quelques modifications répondant à certaines conditions spéciales à la France. Telle fut l'origine de la « Pragmatique Sanction de Bourges », qui consacrait la liberté des élections ecclésiastiques, les principes de l'autorité suprême des conciles généraux et condamnait les abus de la curie relativement aux survivances, réserves, appels et concussions diverses; elle fut la première grande codification de ce que l'on appela plus tard les libertés de l'Eglise gallicane. Objet de la haine de Borne, elle devint le but vers lequel tous les papes, depuis Eugène IV, dirigèrent leurs efforts acharnés, jusqu'au jour enfin où Léon X parvint à la détruire par le concordat de 1517 ; dans ce traité le pape et le roi se partagèrent les dépouilles et les droits de l'Eglise française, mais la part du lion échut au roi.
L'Angleterre, alors en proieauxcomplicationspolitiques, négligea de prendre position. Un petit nombre degens seulement eussent été disposés à reconnaître le pape savoyard, mais toutefois ne pouvaient se résoudre à abandonner le concile. Le roi Alphonse d'Aragon et de Naples, jusque-là le plus ferme appui du concile de Bàle, fut gagné et séduit par les offres magnifiques du pape; il rappela ses évèques et devint avec les Vénitiens, compatriotes du pape, le soutien du pontife en Italie. La nation allemande adopta, à l'exemple des princes électeurs, la neutralité entre le synode de Bàle et le pape, mais de manière à ce qu'en fait cette neutralité fut plutôt favorable au concile ; à la diète de Mayence en 1439. elle accepta solennellement ses décrets de réforme, par lesquels l'Allemagne, de même que la France, s'obligeait à reconnaître la doctrine du pouvoir de l'Eglise exposée dans les canons de Constance (496). 11 n'y avait certainement en Allemagne, à cette époque, aucun homme de quelque importance qui eut attendu quelque chose de bon de la curie, soit pour l'Eglise, soit pour l'Allemagne. La majeure partie du clergé, les Universités de Vienne. Erfurl, Cologne, Louvain, Cracovie (19~) comme celle de Paris, les princes
et leurs conseillers, le peuple tout entier, étaient pour le concile contre le pape, pour la doctrine du concile contre le système papal.
Mais Eugène s'entendait à provoquer des défections par des dons et de multiples concessions, et sa situation a cet égard était beaucoup plus favorable que celle du concile. Ce dernier, lié par ses principes et par les déerets antérieurement promulgués, n'avait rien ou peu de chose à offrir en fait de dispenses, de privilèges et d'exemptions; il devait tout au contraire se renfermer dans les limites de l'ancienne Eglise, tandis qu'Eugène, d'après la tradition de la curie, n'était point enchaîné par les lois de l'Eglise. Aux dépens des évêques, il concéda au duc de Glèves des droits ecclésiastiques si étendus, il en fit si bien le souverain de l'Eglise et du clergé de son pays, que le proverbe prit naissance : Le duc de Clèves est pape chez lui (498). Déjà en l'année i 438, il avait non seulement déposé et maudit les membres du synode, mais encore jeté l'interdit sur la ville de Bàle, excommunié les magistrats et exhorté, quiconque le voudrait, à piller les marchands qui apporteraient leurs marchandises à Bàle, car il était écrit : « Le juste a emporté la dépouille des impies (499). » A la vérité, ces mesures demeurèrent pendant longtemps sans effet; la faveur populaire pour le concile qui avait montré tant d'honnête volonté à secourir l'Eglise, était encore trop prédominante. Quelques années s'écoulèrent pendant lesquelles la politique des princes-électeurs oscilla entre Rome et Bàle. L'an 1446 enfin apporta la solution. Le roi Frédéric, conseillé par son secrétaire, l'adroit rhéteur .Eneas Silvio Piccolomini, se vendit au pape Eugène, qui pouvait lui offrir un plus haut prix que Félix, rivé aux décrets du concile. Le généreux Eugène s'engageait à procurer au roi la couronne impériale, et en sus 100.000 florins à titre de frais de voyage ; i! lui accordait le droit de lever une dîme sur tous les bénéfices allemands, la concession d'une centaine de prébendes dans ses possessions héréditaires, dont il pourrait disposer à son gré, et la nomination des évèques dans six diocèses; enfin, il autorisa son confesseur à lui donner à deux reprises l'absolution plénière de tous ses péchés (30°). De la sorte, la cause du concile et de la réforme de l'Eglise fut perdue en Allemagne, et l'Eglise germanique retourna pas à pas à son ancien esclavage. Silvio, qui sur
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ces entrefaites était entré au service du pape, corrompit deux ministres du prince électeur de Mayence, qui, à leur tour, gagnèrent leur maître à la cause du pape. Le collège des princes allemands fut dès lors divisé; si jadis on avait impérieusement exige la convocation d'un nouveau concile, on se bornait aujourd'hui ;i une simple prière, dont on ne se préoccupa nullement à Rome. La victoire d'Eugène était complète. A son lit de mort, il reçut encore l'hommage des députés allemands; l'événement fut célébré à Rome le 7 février 4447, au son des cloches et par des feux de joie. Quant aux insignifiantes concessions que le pape avait faites aux Allemands, elles furent immédiatement rapportées dans des bulles secrètes. « en tant qu'elles contenaient quelque chose de désavantageux pour le siège pontifical ». Peu de semaines après Eugène mourait vainqueur du concile, vainqueur de l'Allemagne; mais le remords des moyens par lesquels il avait triomphé lui arracha dans l'angoisse de sa conscience, ce cri : « 0 Gabriel, combien il vaudrait mieux pour le salut de ton àme que tu n'eusses jamais été ni cardinal, ni pape! » Dans l'intervalle, il avait reconnu dans une bulle publique les décrets de Constance touchant la suprématie des conciles et leur convocation régulière C30').
Le jour où l'empereur Frédéric III, en 1452, reçut la couronne impériale des mains du pape, Mneas Sylvius put déclarer, en son nom. et en sa présence, qu'un autre empereur eut probablement demandé un concile, mais que le meilleur concile était le pape avec les cardinaux f502).
Le nouveau pape, Nicolas V, ce même Thomas de Pologne qui avait conduit à si bonne fin les négociations avec le roi Frédéric, ajouta un nouveau triomphe aux victoires de son prédécesseur. Il conclut, le 17 février 1448, le concordat de Vienne, par lequel le pape rentra en possession du droit de nomination à un grand nombre de bénéfices allemands; ce traité, conclu avec le roi Frépéric, mandataire des princes allemands, avait pour objet de partager les revenus et l'influence entre les princes et la curie papale. Les princes avaient été préalablement gagnés par une série de faveurs, et cela d'autant plus aisément que l'exacte observation des décrets réformateurs de BAle eût singulièrement amoindri leur pouvoir sur les églises de leurs domaines. Le traité n'était pas conclu depuis longtemps, que, déjà, en 1457, le pape Calixte III
déchirait à l'empereur qu'il coulait de source que le pape n'était point lié par le concordat ; qu'aucun traité ne pouvait ni ne devait limiter ou enchaîner, en quelque manière que ce fût, l'autorité absolument libre du siège pontifical, et que, s'il tenait compte de ce traité, c'était uniquement par grâce, par amour de la paix et par tendre inclination pour l'empereur et la nation allemande (r'Mj.
Depuis ce moment, cet axiome est demeuré un principe fondamental de Rome. Une autorité comme celle du pape,a-t-on enseigné, ne peut en rien se lier : ce serait contredire la plénitude de son pouvoir ; tout au moins, ne peut-elle imposer d'obligations à ses successeurs, puisque chaque pape est l'égal d'un autre en droits, « l'égal n'ayant aucun pouvoir sur les égaux ». La nation est donc bien liée par le concordat, mais le pape non (m). Le juriste bolonais, Cataldino de Buoncampagni, qui écrivit en faveur du pape contre le synode de Bâle, avait déjà expliqué que le pape, dans la plénitude de sa puissance, quoiqu'il pût promettre, n'était jamais lié par sa parole ; car, chaque homme étant son sujet, tout contrat, toute promesse revêt simplement le caractère d'une concession gracieuse, et une semblable concession peut être retirée à tout instant ; voilà pourquoi le pape, malgré ses promesses, n'est pas lié par les décrets du concile (505). Par rapport au concordat allemand, la Rota romaine déclara sans détours, en 1610, qu'aux yeux du pape et de la curie, le concordat n'était qu'un privilège accordé par grâce, qui ne possédait, à l'égard du pontife, aucune force obligatoire (506).
Mais la haine et le mépris qui s'étaient accumulés dans les cœurs allemands contre ce pape et cet empereur firent explosion à la diète de Francfort en 1454 et plus tard, lorsqu'on sollicita des secours pour la guerre contre les Turcs. Gomme il ne s'agissait ici que d'extorquer de l'argent, personne ne voulut croire un mot de ce que disaient l'empereur, le pape ou leurs ambassadeurs. « Il y eut unanimité, raconte iEneas Sylvius (50T), qui bientôt devait comme pape faire la même expérience, pour maudire l'empereur et le pape et mépriser les légats. » A ces diètes, on parlait encore de temps à autre du concile : mais, pour les papes, une assemblée de ce genre était devenue un épouvantait ; aussi posaient-ils comme condition essentielle, dans leurs négociations avec certains princes allemands, tel que Diether d'Isenbourg, que ceux-ci ne