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RÉACTION DE LA PAPAUTÉ

prendraient jamais l'initiative de convoquer un concile général. En outre, tout appel à un concile général fut aussitôt frappé d'excommunication : Pie II, en particulier, employa énergiquement ce mode de répression (508).

Vers la fin de sa vie, l'empereur Frédéric parut cependant éprouver quelques remords d'avoir participé à cette œuvre de destruction. Dans l'instruction qu'il remit à son ambassadeur à la dièle de Francfort en i486, il dit qu' « il savait quelle énorme somme d'argent s'écoulait annuellement à Rome pour les annates, les indulgences et autres droits ; qu'il connaissait l'obéissance et la soumission qui distinguaient, entre toutes, la nation allemande vis-à-vis de Rome. En retour, ces marques de respect étaient accueillies avec ingratitude et dédain par le pape, par les cardinaux et les officiaux; et la nation allemande, dans toutes les affaires, de la plus importante h la plus infime, était méprisée, au point que cela faisait pitié et qu'il serait contraire à la nature et à la raison humaine de le supporter plus longtemps. Il devait, en conséquence, bien persuader aux princes de ne plus témoigner au pape ni obéissance ni soumission, afin que dorénavant la nation allemande ne fût plus ainsi méprisée et humiliée à la face du monde (sw); »

Grâce à l'intervention du roi de France, Félix finit aussi par abdiquer et fut nommé premier cardinal avec un pouvoir ecclésiastique étendu sur plusieurs diocèses. Les débris du synode' de Bàle, en dernier lieu encore pourchassés à Lausanne, se dispersèrent, et le cardinal d'Arles, « ce nourrisson de Satan et fils de la perdition », ainsi qu'Eugène le nommait, fut réintégré dans ses dignités, bien qu'il n'ait jamais rétracté aucun de ses principes. Gela n'empêcha pas Glément VII de le béatifier après sa mort, « attendu que sa sainteté avait été prouvée par des miracles et qu'il avait toujours mené une vie céleste, chaste et immaculée ».

L'Allemagne, toutefois, mit un assez long temps à reconnaître, même après la funeste année 1446, que l'époque des conciles était passée, et avec elle l'espoir d'une amélioration de l'Église. En 1459 encore, on ne pouvait pas, on ne voulait pas croire à l'échec définitif de tous les projets de réforme. Le prieur des Chartreux, Vincent d'Aspach, écrivait : « Qu'un roi seulement autorise la réunion d'un concile dans. son pays, et fournisse des sauf-conduits,

et qu'un évêque seulement le convoque, ce concile s'assemblera, malgré les réclamations et les anathemes de la curie romaine : c'est là noire dernière espérance. Car, ainsi que l'expérience d'une cinquantaine d'années l'a démontré, nous ne pouvons décidément plus attendre aucune mesure salutaire du siège de Rome. C'est une aberration pire que l'hérésie des hussites que d'enlever à l'Église ce qu'elle a de meilleur, les conciles généraux; aussi estil à craindre que cette conduite de la curie romaine n'entraîne une défection des fidèles. » Vincent expose ensuite comment le pape Eugène a réussi à gagner presque tous les lettrés par l'appât des bénéfices (5'°). Un autre Allemand (anonyme) déplorait déjà en 1443. cette défection de savants, comme Nicolas de Cusa et l'archevêque Tudeschi : « La courtisane romaine a enivré du vin de son impudicité tant d'amants, surtout parmi les Allemands, que la fiancée du Christ, l'Église et le concile, qui la représente, compte à peine un seul adorateur fidèle entre mille. Et cependant, c'est encore l'Allemagne qui a été maltraitée dans son empereur par les papes plus qu'aucune autre nation : il n'y a que l'empereur allemand qui soit forcé de prêter serment au pape, en vertu de décrétales fabuleuses et inventées (ïM). »

En dernier lieu, au moment de s'éteindre, le concile de Bàle, qu'on avait abreuvé d'outrages, reçut cependant encore une brillante satisfaction : si puissantes, en effet, étaient encore, après la mort d'Eugène, les idées du concile, même à Rome, que le nouveau pape Nicolas V publia sur le conseil des cardinaux une bulle (512), par laquelle il déclarait nuls et sans effets tous les écrits, procès, décrets et censures d'Eugène contre l'assemblée de l'Église à Bàle, même édictés avec l'approbation du concile de Ferrare, de Florence ou de tout autre. Ils devaient être considérés comme n'ayant jamais existé, arrachés des écrits d'Eugène et détruits, comme jadis avaient été détruites, sur l'ordre de Clément V, les bulles de Boniface VIII contre la France et son roi. Ainsi donc, les principes des deux conciles réformateurs sur la suprématie des assemblées générales de l'Église sur le pape, remportaient encore un triomphe complet; les suspicions qu'Eugène, à l'instigation de Torquemada, avait cherché à semer contre le crédit du synode de Constance s'évanouissaient, et la curie ellemême s'inclinait devant le droit supérieur d'une représentation

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