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RÉACTION DE LA PAPAUTÉ

de toute l'Église. On mit tout en œuvre pour détruire les quelques décrets réformateurs des Bàlois en tout ce qui portait préjudice à la domination romaine et aux finances de la curie, mais on n'osa s'attaquer aux principes, aux décisions dogmatiques concernant la subordination du pape.

Pie II, ce ci-devant rhéteur et lettré ambulant, qui autrefois avait défendu la cause du synode de Bàle (513), était certainement, entre tous, le plus enclin à condamner les décrets de Constance, parce qu'ils étaient précisément toujours suspendus sur la tète des curiaux comme une inquiétante épée de Damocles et troublaient la jouissance de l'autocratie papale. Mais l'opinion publique était trop décidément favorable au concile. Non seulement Pie II n'osa rien entreprendre contre ce dernier, mais encore jugea bien plutôt prudent d'ajouter lui-même, expressément, dans sa bulle de rétractation de 1463, qu'il reconnaissait l'autorité et le pouvoir du concile œcuménique, tels qu'ils étaient définis par le synode de Constance, qu'il vénérait (5,i).

Cependant la race des Torquemada n'était pas éteinte. Petit à petit, moines, cardinaux ou tels qui voulaient le devenir, publiaient des ouvrages où l'on essayait de relever le système papal de la défaite que lui avait infligée les conciles. Ce n'était pas une œuvre difficile : il n'y avait qu'a grouper les riches matériaux offerts par les falsifications d'Isidore, de Gratien et de Thomas, en thèses doctrinales et à en déduire les conséquences, pour fournir la preuve de l'inanité des deux doctrines connexes du système épiscopal et du sytème conciliaire. C'est de celte façon que sont nés les ouvrages de Capistrano, de Jérôme Albanus, de Thomas Campegiii, de Thomas Élisius, de Christophe Marcellus, de Laelius Jordanus et d'autres, qui tombent tous dans le temps de 1460'à 1525 environ. Un seul de ces livres suffit pour juger tous les autres, puisqu'ils se sont tous copiés les uns les autres, et que chaque ouvrage n'est que l'éternelle répétition des mêmes témoignages, des mêmes canons, des mêmes faits apocryphes ou falsifies.

Lorsque sainte Catherine de Sienne, cette àme pure et comblée de grâces, vint trouver Grégoire XI, elle lui dit qu'elle sentait dans la curie romaine la puanteur des vices infernaux. Sur quoi, le pape lui fit remarquer qu'elle n'était arrivée à Rome que depuis

bien peu de jours. La jeune fille, si humble d'habitude, se redressa majestueusement en prononçant ces mots : « J'ose dire que, dans ma ville natale, j'ai senti l'odeur des péchés commis dans la curie plus fortement que ne les sentent ceux qui les commettent journellement (515). »

Partout on éprouvait la même impression. Car on eut dit que, grâce au régime romain et à l'état de choses créé peu à peu, on eût inventé l'art, jusqu'alors ignoré des hommes, de prêter à la corruption et au vice le don d'ubiquité, et de les transporter d'une usine centrale, comme un poison subtil et pénétrant, jusque dans les derniers vaisseaux de l'organisme ecclésiastique. Quiconque cherchait autour de lui dans la chrétienté un remède contre la corruption, ou bien voulait simplement mettre la main à quelque réforme dans son entourage immédiat, se sentait aussitôt arrêté par un statut papal et abandonnait la tentative sans espoir. Partout l'on trouvait des bulles papales, des foudres d'excommunication, des moines mendiants, des courtisans (:il6), des inquisiteurs. Érasme même était fondé à écrire à l'évèque Fisher de Eochester : « Si le Christ ne délivre pas son peuple de cette tyrannie ecclésiastique à mille formes, en fin de compte, la tyrannie des Turcs serait encore plutôt supportable (517). »

C'est ainsi que, depuis le milieu du xve siècle, disparaît de la littérature ecclésiastique cet accent d'espérance dont on avait encore perçu l'écho, soit dans les paroles, soit dans les écrits, au commencement de ce même siècle et à l'époque des synodes de Constance et de Bàle. A partir de ce moment, les pensées tournent toujours dans le même cercle : toute réforme de l'Église est impossible, aussi longtemps que la curie demeurera ce qu'elle est; c'est de là-bas que vient tout le mal; c'est là-bas qu'on l'entretient et le protège; et, là-bas, on ne peut espérer de réforme que d'un miracle de Dieu. Aussi, l'abbé Jacques de Junterburg (518) dit-il : « J'ai peine à croire que l'on puisse arriver à une amélioration de l'Eglise ; car, il faudrait d'abord réformer la cour romaine, et la marche actuelle des événements montre combien l'entreprise est difficile. 11 n'est aucune nation qui s'oppose plus énergiquement à la réforme de l'Eglise que la nation italienne, et, à elle, se joignent tous ceux qui auraient à redouter cette réforme. » Le théologien le plusvénérédesPays-Bas,celuiqu'on appëlaitle «docteur extatique»,

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