CORRUPTION DI CLERGÉ ITALIEN
dit : « Parmi les deux cent cinquante evèques de l'Italie, a peine pourrait-on en trouver quatre méritant le nom de pasteurs spirituels et administrant réellement leur charge. » « Si le peuple italien est assez étranger à la religion chrétienne pour qu'on soit presque autorisé a dire que la confession du Christ est éteinte chez nous, la faute en revient aux évèques et aux curés, car toute notre vie est un continuel sermon d'impiété (3U). »
Il faut reconnaître qu'à cette époque, en Italie, malgré l'Inquisition, on se permettait bien des aveux et des vérités, qui, plus tard, n'eussent pas été tolérés sous le règne des Jésuites et de leur système de silence, d'étouffement et de dissimulation. Certains papes même ne se firent aucun scrupule de confesser des vérités que la majorité des cardinaux et des prélats de la curie durent désavouer comme très maladroites. Adrien VI fit révéler à la nation allemande par son légat Chieregati que, depuis longtemps, une foule d'horreurs s'étaient produites au siège romain ; que tout était corrompu, et que la corruption s'y était étendue de la tète aux membres, du pape aux prélats (543). Si, de temps à autre, surgissait en Italie un évèque homme de bien, il constatait son impuissance dès qu'il voulait mettre la main à l'administration de son diocèse. Le jour où Matteo Giberto, le confident et le dataire de Clément Vil, se rendit enfin à son diocèse de Vérone, il trouva la ville seule déjà divisée en six juridictions ecclésiastiques différentes et se vit aussitôt complètement paralysé, dans toutes ses tentatives de réforme, par autant d'exemptions qu'on lui opposait (546). Le biographe de Giberto rapporte, dans sa description de la situation de la Lombardie, que le peuple ignorait absolument l'Oraison dominicale et le Symbole des apôtres. Beaucoup, ajoule-t-il, ne vont même pas une fois par an a confesse et à la communion; ceux qui passent pour les meilleurs y vont une fois par routine.
Les écrits de l'évèque Isidore Chiari, mentionné plus haut, nous font voir entre autres l'état du clergé et du peuple dans les diocèses du pape. Il trouva en looO que tous les prêtres de son diocèse, à part un ou deux, ne connaissaient pas même les paroles de l'absolution sacramentelle et qu'ils prenaient la formule par laquelle on levait l'excommunication pour celle de l'absolution après la confession. Il fut obligé de leur envoyer des maîtres, parce qu'ils ne pouvaient pas lire la messe correctement. Son clergé était encore
plus généralement méprisé par le peuple pour ses vices que pour son ignorance. La plupart des possesseurs de bénéfices ne savaient pas lire (,rî47). Bref, en comparaison de la situation engendrée par le voisinage immédiat de la curie, l'état des pays plus éloignés était moins désolant. Pendant soixante ans, le grand diocèse de Milan, avec ses 2.300 prêtres, demeura sans évêque. Dans les maisons des prêtres, on ne trouvait que des armes, des concubines et des enfants, et par tout le pays courait le proverbe populaire : « La route la plus certaine pour se rendre à l'enfer est le métier de prêtre. » L'usage des sacrements avait également à peu près disparu. Tels sont quelques traits de l'effrayant tableau que le prêtre milanais Giussano a fait un peu plus tard de la situation dans ces contrées (348).
Lorsque Léon X fut élu en 1513, il accepta un terrible héritage, quiaurait pu remplir d'effroi le plus courageux. Ses prédécesseurs, depuis Paul II, avaient fait leur possible pour couvrir de honte le siège pontifical et pour livrer l'Italie à tous les maux d'une guerre sans fin. Et, pourtant, le premier sentiment qu'il éprouva fut celui d'un homme qui, enfin parvenu à la papauté, voyait s'ouvrir devant lui une vie de jouissances et de bien-être (349).
Les prélats romains supportaient avec une admirable tranquillité de conscience le sentiment que Rome et la curie étaient l'objet de la haine du monde entier. Giberto, cité plus haut, prévoyait que, dans le cas d'une guerre, les Allemands se rueraient en masse sur lltalie, « en raison de la haine naturelle qu'ils nous portent ». Erasme, dès l'origine, leur avait répété bien des fois que le schisme de l'Église, de jour en jour imminent, serait essentiellement le fruit de cette haine. Au reste, les faits parlaient d'eux-mêmes assez éloquemment.
L'évèque de Bitonto lui-même, Cornelio Musso, absolument dévoué à la curie, un de ceux qui furent élus comme orateurs à Trente, ne le taisait point: « Le nom de Rome est haï dans toutes les nations, et ses amis eux-mêmes ne peuvent que gémir de la honte et du mépris qui pèsent sur l'Église romaine (350). » Et si alors, à la onzième heure, les évèques d'un pays se rassemblaient pour délibérer sur les mesures à prendre pour détourner de l'Église le double courant de la corruption et du schisme, on voyait bientôt à leur attitude que la curie avait châtré en eux le pouvoir épis-