LA HAINE CONTRE ROME
copal. Au synode tenu a Paris, en i528, par les évéqties français de la province de Sens, ceux-ci se virent même obligés de mentionner dans les canons leur impuissance a fermer, par le refus de l'ordination, l'accès de la prêtrise aux incapables et aux indignes, car aussitôt les candidats évincés couraient à Rome et s'y faisaient ordonner (551j. Vingt ans plus tard, les prélats français, réunis "à Melun, protestèrent de nouveau contre l'intervention perturbatrice de la curie : Celle-ci venait subitement d'élever la prétention de disposer des bénéfices en Bretagne et en Provence, et ce malgré le concordat de 1517. C'était vouloir transplanter 'en France toute l'institution simoniaque des réserves, expectatives, régressions et des procès sans fin qui en résultaient : c'était, comme le dirent assez amèrement les évèques au pape, couper à la racine tout espoir d'une réforme de l'Église (332J.
En 1527, une catastrophe, unique dans l'histoire, comme la destinée de Rome elle-même, vint éclater sur la Ville éternelle. La cité sainte, qui depuis un temps immémorial amassait dans son sein les trésors de l'Occident, fut pillée et mise à sac par les Allemands, les Italiens et les Espagnols : on la pressa comme une éponge gonflée. Plusieurs alors ouvrirent enfin les yeux. Cajétan ou de Vio écrivait après le sac de 1527 : « Ce n'est que justice ; les pasteurs de l'Église sont l'objet du mépris ; leur parole n'a plus aucun pouvoir. Nous en faisons l'expérience, nous autres prélats romains ; le juste châtiment de Dieu nous a livrés comme une proie au pillage, à la captivité, non point aux mains des infidèles, mais à celles des chrétiens. Nous ne sommes plus bons à rien, sinon aux cérémonies extérieures, et nous ne sommes capables que de jouir des biens temporels : voilà pourquoi nous sommes écrasés sous la servitude corporelle (5:i3). » L'homme qui écrivait ces lignes était le même qui, en qualité de théologien de la cour, avait conseillé Léon X, l'avait poussé à réunir le honteux synode de Latran, a rendre ses décrets contre Constance et Bàle, à proclamer le droit divin de chaque prêtre à ne pas obéir à son prince, et avait tenu la plume dans tous ces actes ; c'était le même homme qui, ensuite, comme légat en Allemagne, avait envenimé la cause de Luther par son arrogance et conseillé au pape de déclarer hérétiques ceux qui désapprouveraient qu'on brûlât les hérétiques.
Chaque fois, ii cette époque, que, dans les colloques et conférences entre protestants et catholiques, il était question de l'influence de la papauté sur l'Église et de l'administration romaine en matière religieuse, les porte-parole du catholicisme étaient contraints de déclarer : Ici, cesse la défense ; sur ce terrain nous sommes vaincus ; nous ne pouvons nier les choses ni les excuser. Ainsi parlait, en 1519 déjà, Févèque Berthold de Ghiemsee ; ainsi, le cardinal Gontarini ; ainsi, les auteurs du mémoire romain de 1538; ainsi, l'abbé Louis Blosius; ainsi, les théologiens français et belges, Claude d'Espense, Ruard Tapper, Gentian Hervet, l'évèque Lindanus, Jean Hoffmeisler (554).ll y avait même certains moments où les papes étaient obligés d'écouter, de la bouche de leurs serviteurs les plus éprouvés, certaines choses qui, en temps ordinaire, auraient conduit tout droit à un procès d'inquisition. Gaspar Gontarini, cet homme d'État laïque que Paul III, pressé par le besoin, avait soudainement transformé en cardinal, osa dire au pape, sinon textuellement, au moins quant au sens, que le système papal tout entier était l'envers et le contraire du christianisme. Luther, disait-il, avait eu bien raison d'écrire son livre de la captivité de Babylone. « Rien ne peut être imaginé de plus contraire à la loi du Christ, qui est une loi de liberté, que ce système en vertu duquel les chrétiens doivent se soumettre au pape, ce dernier pouvant à son bon plaisir faire les lois, les abroger et dispenser da les observer. Il était impossible qu'un esclavage plus complet que celui-là s'appesantit sur le peuple chrétien (555). »
Mais de pareils avertissements passaient comme le bruit du vent, sans laisser de traces. Paul III n'était point d'humeur à abandonner de son pouvoir arbitraire l'épaisseur d'un cheveu et, pour un Conlarini, il y avait toujours à Rome des centaines de Torquemada, de Gajétan, de Jacobazzi et de Bellarmin.
Le concile de Latran, en 1516, et celui de Trente, dans sa première période, se ressemblèrent en ce sens, que les orateurs dans ces deux assemblées firent des aveux et formulèrent des plaintes dont la franchise et le poids écrasant ont lieu de nous surprendre. Ces discours et les révélations qu'ils contiennent reproduisent tous, sous différentes formes, la pensée : Nous, cardinaux, évèques italiens et curiaux, nous sommes un troupeau d'hommes indignes et sans conscience. Nous laissons, insouciants, d'innombrables